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Pollini, bien sûr, mais où est passé Chailly ?

mercredi 16 septembre 2009 par Philippe Houbert
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Riccardo Chailly
DR

Comme on pouvait s’y attendre, le grand concert de la rentrée musicale parisienne a fait salle comble. Pensez donc : un immense pianiste, un chef célébré, un orchestre parmi les Grands d’Europe …. Et pourtant ce concert nous aura laissé en partie sur notre faim. Et que dire des questions que le contenu et les artistes produits ce soir-là nous amènent à nous poser …

Nonophonie :

Ce concert s’inscrivait dans le cadre des « Pollini Perspectives », cycle de neuf concerts donnés en la salle Pleyel entre janvier 2009 et juin 2010, concocté par le grand pianiste milanais. Pourquoi avoir choisi de positionner Composizione per orchestra n°1 de Luigi Nono en début du cinquième concert du cycle ?

On sait l’amour que Pollini porte au grand compositeur vénitien. Le remarquable DVD signé Bettina Ehrhardt intitulé « A trail on the water – Abbado, Nono, Pollini » (TDK) en porte témoignage, ainsi que la dédicace au couple Pollini de …sofferte onde serene… que le pianiste mettra en regard de quelques œuvres de Chopin le 13 octobre prochain.

Composizione n°1 fut composée en 1951. Opus 3 de Nono, elle est le reflet de son apprentissage à Darmstadt. Œuvre sur le son, très imprégnée de Webern, mais avec aussi de curieux clins d’œil du côté de Mahler et de Chostakovitch. Partition tantôt cristalline, tantôt très sombre, mais que Chailly transforme en numéro de virtuosité orchestrale, grave contresens selon nous. D’où notre question initiale : pourquoi avoir placé cette œuvre en début de concert comme ces ouvertures qu’on joue pour combler un trou dans un programme et qui ne servent qu’à faire briller l’orchestre. Et le Gewandhaus brilla, mais un peu hors sujet.

Quelle Italienne ?

Riccardo Chailly nous proposa ensuite la symphonie n°4 de Mendelssohn, dite « Italienne ». Oui mais voilà, quelle version de l’Italienne les musiciens du Gewandhaus de Leipzig nous proposèrent-ils sous la férule de Chailly ? Cela, ce n’est certes ni le programme complet des « Pollini Perspectives » ni l’indigne 4 pages remis aux spectateurs en guise de programme « light », ni même certains de nos confrères qui semblent ne même pas avoir remarqué la différence avec la version connue des mélomanes, qui vont nous l’apprendre.

Et bien, dans ce silence, nous avouerons notre ignorance, en émettant juste l’hypothèse que ce que nous entendîmes à Pleyel doit être une version intermédiaire entre la symphonie telle qu’elle fut terminée en 1833 et la révision connue de 1837 mais seulement publiée en 1851.
Contrairement à l’Ecossaise, donnée par les mêmes chef et orchestre la saison dernière, les différences entre les versions entendue et habituelle sont très sensibles dans les mouvements 2, 3 et 4. : mélodies différentes, orchestrations dissemblables. La force de l’habitude nous conduit sans doute à préférer la version traditionnelle. La postérité n’a pas que des torts !

Toujours est-il que, tradition ou pas, mais comme malheureusement dans l’ Ecossaise la saison dernière, Chailly nous a fortement ennuyé.
Le premier mouvement n’a jamais trouvé son élan, son rebond, sa construction. Des premiers violons pas ensemble dans l’énoncé du premier thème, une raideur fort peu italienne, des bois ne chantant pas, une amorce de développement sans la moindre once de mystère, une réexposition pas en place, des brusqueries (subit diminuendo) que cette symphonie ne requiert pas, voilà les ingrédients que le Gewandhaus et son chef nous offrirent en ce premier mouvement.

Si l’entrée des cordes dans le deuxième fut plus convaincante, on chercherait en vain la nostalgie mystérieuse de l’hymne processionnel initial. Et la déception est grande de découvrir que Chailly, si éblouissant dans les Mahler réalisés avec le Concertgebouw, peine ici à trouver l’articulation entre les thèmes, se contentant de nous proposer des moments juxtaposés.

Le troisième mouvement fut de meilleure facture, avec la belle élégance de l’énoncé initial mais la version adoptée est très loin de valoir le chant douloureux de la définitive. Les cors furent trop présents dans le trio, manquant d’âme. Une belle mise en place mais qui nous laissa froid.
Si le finale fut brillant, on aurait du mal à y retrouver un « saltarello », tellement le caractère italien fut oublié au profit d’une performance orchestrale un peu ostentatoire et très représentative du son « international » si décrié par certains. Où sont passées les couleurs du Gewandhaus d’antan ?

Maurizio tout seul :

La seconde partie du concert proposait le concerto pour piano n°4 de Beethoven. Œuvre tant et tant jouée par Pollini et très symbolique de l’évolution du style interprétatif d’un pianiste trop souvent jugé comme marmoréen.

Jamais n’avons-nous entendu le thème initial joué aussi rapidement, loin du piano joué la tête entre les mains que bon nombre d’interprètes nous infligent ici. Presque comme un lever de rideau. Et tout ce qui suivra sera ainsi : un Pollini très, très loin, de l’adjectif « appolinien » qu’on a trop voulu lui coller, pas tout à fait dionysiaque mais quand même très débridé. D’où, il est vrai, certains traits pas toujours très précis. Mais quel naturel ! quels phrasés ! quelle dynamique ! quelle autorité dans les attaques ! quel lyrisme dans la cadence !

Cette dernière, ainsi que la fin du II et l’énoncé du thème principal du III, furent des moments comme on en entend peu dans une saison. En écoutant cela, nous nous disions, quelques jours après la retransmission d’une sublime Quatrième de Mahler par Claudio Abbado à Lucerne, que les grands interprètes ramènent la musique à des éléments extrêmement simples : du chant, donc des phrasés et le sens des respirations, et le respect des dynamiques.

Riccardo Chailly et les musiciens du Gewandhaus de Leipzig furent ici des accompagnateurs scrupuleux à défaut de parvenir à se mettre au niveau du pianiste italien.

En conclusion, un concert qui aurait dû servir de référence pour toute une saison, mais qui n’atteignit cette ambition que par le génie de Maurizio Pollini.

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- Paris
- Salle Pleyel
- 08 septembre 2009
- Luigi Nono (1924-1990), Composizione per orchestra n°1
- Félix Mendelssohn (1809-1847), Symphonie n°4 en la majeur opus 90 « Italienne »
- Ludwig van Beethoven (1770-1827), Concerto pour piano et orchestre n°4 en sol majeur opus 58
- Maurizio Pollini, piano
-  Gewandhausorchester Leipzig
-  Riccardo Chailly, direction






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