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Philhar’ : merveilleuse machine sans pilote

jeudi 13 octobre 2011 par Philippe Houbert
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François Leleux
© Uwe Arens/Sony Classical

En relatant le premier concert de la saison de l’Orchestre philharmonique de Radio France, Thomas Rigail vantait les mérites de la formation que de nombreux mélomanes considèrent de plus en plus comme la meilleure de France. Il était donc intéressant de voir ce que son chef titulaire, Myung-Whun Chung, allait en tirer dans un programme original alliant concerto trop peu joué et symphonie injustement méconnue.

Le concerto pour hautbois de Mozart est la version originale de ce qu’on connaît mieux dans sa version pour flûte. Les biographes, flutistes et hautboïstes ont beau faire, ils n’arriveront pas à nous persuader qu’il s’agit là d’un chef d’œuvre égal aux concertos pour violon et piano (même les premiers du genre). Œuvre brillante, proche du style galant dont l’école de Mannheim était l’un des porte-drapeaux, le concerto pour hautbois fut commandé par le grand virtuose Giuseppe Ferlendis. La version qu’en donnèrent François Leleux, premier hautbois solo du Chamber Orchestra of Europe, et le Philhar’, fut assez bizarre dans sa réalisation. Là où le hautboïste mettait tout en œuvre pour faire montre de son extrême virtuosité et de son sens du chant, le chef s’évertua à maintenir l’orchestre en retrait, certes avec de belles cordes lisses, mais comme hors du jeu auquel nous invitait le soliste. Au point que nous eûmes, à plusieurs reprises, l’impression que François Leleux, agacé par la placidité du chef, tentait de dynamiser les cordes. En tout cas, une belle démonstration de virtuosité et de variations d’intensités dans le finale, si proche de l’air de Blondine de l’Enlèvement au sérail. Bis tout à fait inutile que cette très mauvaise transcription d’un des airs de la Reine de la Nuit.

En deuxième partie, nous était proposée la Symphonie n°6 d’Anton Bruckner, « petite » symphonie coincée entre la cathédralesque Cinquième et la grande trilogie finale. Ces qualificatifs ne visent que les proportions de l’œuvre car la richesse des idées est au moins aussi importante que chez ses voisines, le compositeur lui adjugeant le surnom de « die Keckste » (la plus effrontée). Bruckner eût eu du mal à reconnaître sa « Keckste » dans la version qu’en donna Chung. Le Maestoso initial débute de façon trop peu mystérieuse et l’exorde est trop bruyant (quand les chefs respecteront ils les dynamiques écrites, surtout à Pleyel où les tutti ff saturent rapidement ?). Le deuxième thème manque complètement de charme en dépit d’une petite harmonie qui se classe sans problèmes dans le top 10 des orchestres du monde entier. Enfin, le troisième thème est dépourvu du caractère extatiquement religieux requis, là encore malgré la beauté des cordes et des cuivres. Hormis un deuxième énoncé de l’exorde beaucoup plus réussi, le reste du premier mouvement se déroule dans un prosaïsme désespérant.

L’Adagio, bien que de meilleure tenue générale, confirma cette profonde déception. Le climat de recueillement ne peut s’installer avec un énoncé du premier thème aussi péremptoire. Et l’immense talent d’Hélène De Villeneuve, dans la magnifique méditation au hautbois, ne suffit pas à compenser l’incapacité de Myung-Whun Chung à conduire les longues phrases brucknériennes. Et l’on ne cesse de rêver d’entendre de tels pupitres de cordes sous la férule d’un chef plus concerné, plus en affinité avec ce répertoire. Le Scherzo sera la meilleure partie du concert, malgré l’absence de caractère fantastique dans l’énoncé du thème et un trio bien en place mais dirigé trop scolairement. Le Finale, mouvement le plus faible de la partition, fera illusion jusqu’au développement où la belle machine orchestrale semble brusquement à court de carburant, Chung ne sachant quoi en faire.

Bref, un ratage qui amène à se poser beaucoup de questions. Comment un chef qui, au fil des années (douze années désormais), ne nous aura apporté de réelles satisfactions que dans un répertoire très limité (Berlioz, Ravel, Messiaen, …) a-t-il pu ne pas totalement gâcher le bel outil orchestral mis à sa disposition ? Ou, plutôt, comment un orchestre, déjà de bon niveau sous l’ère Marek Janowski, est il devenu la meilleure phalange française avec un chef aussi dénué de génie ? Excellente gestion de l’orchestre ? Qualité des recrutements ? Créativité des chefs invités ? Qualité du travail technique en répétition ? Un peu de tout cela ? En tout cas, on attend avec impatience le nom du successeur de Myung-Whun Chung et, nous, dans ces primaires, on vote Esa-Pekka Salonen !

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- Paris
- Salle Pleyel
- 23 septembre 2011
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Concerto pour hautbois et orchestre en do majeur KV285d (KV314)
- Anton Bruckner (1824-1896), Symphonie n°6 en la majeur
- François Leleux, hautbois
- Orchestre Philharmonique de Radio France,
- Myung-Whun Chung, direction






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