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Petrenko révèle Rachmaninov

dimanche 12 juillet 2009 par Cyril Brun
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Vasily Petrenko
© Mark McNulty

Le cadre est magique, l’ambiance est enchanteresse. Tout se prête pour donner à La Belle au bois dormant ou aux Danses symphoniques de Rachmaninov une force dramatique intense. Sous les colonnes du perron de la Villa Eilenroc, porté par l’air marin, l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo fait son entrée, très attendu. Quelques jours plus tôt, à l’Opéra de Nice, Marco Guidarini avait fait du Concerto pour piano n°1 de Tchaïkovski un triomphe. La prestation de Vasily Petrenko n’en parut que plus pâle.

La première partie, en effet, ne fut à la hauteur ni de l’orchestre, ni du chef, ni du pianiste. On remplirait des pages de ce qui n’était pas bon, cherchant désespérément quelque chose à récupérer. Incompréhensible, voire inadmissible, pour cet orchestre ! Dans un premier mouvement, on serait tenté d’incriminer le chef, mais le Philharmonique a déjà joué sous une mauvaise baguette, sans pour autant perdre totalement de son éclat. À dire vrai, on arrive à l’entracte perplexe, avec une question : que s’est il passé ? Connaissant le sérieux et le professionnalisme de l’orchestre, on se refuse à la seule réponse sensée : ils n’ont pas travaillé. Et pourtant la perfection de la seconde partie nous place devant cette évidence, Tchaïkovski a été totalement délaissé au profit de Rachmaninov. Alors face à cela, on renonce à commenter le pauvre Piotr Illich. Toutes les remarques se réduiraient à une seule : celle du chef qui au début de la première répétition donne ses indications générales d’interprétation et d’équilibrage. Notons que la sonorisation desservit totalement l’orchestre et plus encore le pianiste souvent noyé. Dans le contexte qui fut celui de cette première partie, que dire du jeune pianiste Francesco Piemontesi, sinon qu’il ne brilla pas particulièrement et laissa l’impression d’un piano martelé. Mais une fois encore était-il à même de donner le meilleur de lui-même ?

La déception et la perplexité de cette première partie n’ont d’égal que l’émerveillement et le ravissement de la seconde. S’il est fréquent que l’on peaufine davantage la seconde partie d’un concert, délaisser à ce point la première est difficilement justifiable aux yeux d’un public venu pour la totalité du concert – que dire de ceux qui sont venus juste pour Tchaïkovski !

Toutefois, faisant abstraction des désagréments précédents, il faut bien reconnaître que le sacrifice en valait la peine. Les Danses symphoniques de Rachmaninov furent exceptionnelles, d’une rare perfection. La rencontre de deux talents, celui de l’orchestre et celui du jeune chef, au service d’une partition peu courante et surtout complexe dans son unité. Certes, le détail était d’une précision presque sans faille, mais l’orchestre nous a habitué à cette qualité. Ce qui était plus remarquable c’est, dans cette partition à l’équilibre si fin, une véritable unité des lignes et des ruptures. Vasily Petrenko a incontestablement trouvé le fil si superbement ténu qui porte à lui seul toute l’unité de cette œuvre aux côtés parfois tellement disparates. Les entrées des instruments reprenaient à leur compte cet équilibre entre continuité et rupture, soutenus par un très bel équilibre de l’harmonie et portés par un excellent ensemble tout aussi équilibré entre les cordes et les vents. Certes, quelques rares imprécisions venaient perturber la beauté de l’ensemble – l’une ou l’autre entrée poussive des flûtes, des archets tirés un peu durs de la part des violons et des violoncelles sur le premier thème legato – , mais l’excellent enchaînement des pupitres, les uns issus des autres, sur les mouvements rapides, nous faisait bien vite oublier cet inconfort auditif. Fidèle à eux-mêmes, les cuivres nous servirent une fanfare équilibrée et subtile qui pour autant ne perdit rien de sa force. Si, toujours dans le premier mouvement, on pouvait noter une petite lourdeur de certains tutti, notamment après la descente, très fluide des violons, il faut encore une fois remarquer la fraîcheur et la clarté des cuivres. Équilibre encore pour le marcato, malgré une entrée trop en dehors des flûtes qui suivirent. De même le très bel appel des cuivres fut suivi par des pizzicati trop lourds qui, de ce fait, contrastaient de manière inopportune avec l’appel qui précédait, plus envoûtant et mystérieux. Le désagrément fut vite rattrapé par le très beau solo de David Lefebvre. En dépit de ces quelques remarques qui auraient pu passer inaperçues, l’orchestre s’est caractérisé par une très grande lisibilité de chaque pupitre, ce qui renforça la précision et la différenciation des accents.

Le deuxième mouvement ne dut pas être très loin de la perfection. Extrême douceur des cloches, vraie et profonde vie des nuances et des accents, ont servi une très grande clarté et un équilibre général d’une rare perfection. Soulignons l’extrême douceur très feutrée des violoncelles, notamment sur leurs doubles croches. Mais c’est peut-être le dernier mouvement qui révéla mieux que les autres combien Vasily Petrenko a transformé les ruptures de rythme en logique de mouvement, soutenant ainsi avec brio ce fil si ténu de l’équilibre, qui pourtant fait l’unité d’une telle œuvre.

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- Antibes,
- Villa Eilenroc
- 28 juin 2009
- Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893), Suite d’orchestre, La Belle au bois dormant Op.66a ; Concerto pour piano et orchestre n°1 en si bémol mineur Op.23.
- Sergei Rachmaninov (1873-1943), Danses symphoniques Op.45.
- Francesco Piemontesi, piano
- Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo,
- Vassily Petrenko, direction






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