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Petite Messe solennelle au Théâtre des Champs-Elysées

dimanche 26 septembre 2010 par Hélène Biard

Lorsque le comte Pillet-Will commande la petite Messe solennelle à Rossini en 1863, celui-ci s’est retiré de la scène lyrique depuis trente-cinq ans et ne compose plus que pour ses amis les plus proches. La production de Rossini est d’ailleurs fort abondante : plus de cent cinquante mélodies, des pièces instrumentales, ou encore le célèbre duo des Chats entre autres œuvres qu’il présente comme des pêchés de vieillesse. Cette messe dont il parle comme étant son dernier « pêché mortel de vieillesse » a été composée pour huit choristes, quatre solistes, deux pianos et un harmonium. Lorsque le vieux maestro mit la dernière main à cette commande, il joignit une postface à la fois spirituelle et pleine d’incertitude liée à la crainte de la mort (« Bon Dieu la voilà finie cette pauvre petite messe. Est-ce bien de la musique sacrée que je viens de faire ou bien de la sacrée musique ? J’étais né pour l’opéra buffa, tu le sais bien ! Peu de science, un peu de cœur, tout est là. Sois donc béni et accorde moi le paradis »).

Créée le 03 mars 1864 dans le salon privé de commanditaire, elle ne sera donnée en tout et pour tout que trois fois du vivant du compositeur qui orchestra son œuvre en 1867 de peur qu’un autre le fasse à sa place après son décès. C’est la version d’origine qu’on entend ce soir au Théâtre des Champs-Elysées dans le cadre de la série « Les grandes voix ».

Rossini en composant cette messe a voulu une œuvre tout en simplicité, d’où l’effectif restreint, vocalement autant qu’instrumentalement. Une telle volonté, si elle peut étonner procède du désir d’ élever sa prière vers Dieu avec humilité et sans fioritures. Le concert de ce soir fait appel à un chœur plus étoffé que ce qui est écrit (dix-huit chanteurs), donnant ainsi plus de poids à ses interventions. Le Chœur de l’Academia di Santa Cecilia, bien préparé, fait entendre de très belles choses. Il est regrettable que Rossini ne lui ait pas donné une place plus importante dans sa composition, car l’homogénéité des voix et la justesse des parties a capella sont exemplaires. Le chœur se fond avec une maîtrise parfaite dans une interprétation d’ensemble de haute tenue.

Le quatuor de solistes réuni pour cette soirée a laissé une très belle impression. La jeune Désirée Rancatore ne se laisse pas impressionner par la partition, et même si l’attaque du Crucifixus est légèrement prise en dessous, elle donne une brillante interprétation de sa partie de soprano. Anna Bonitatibus séduit l’auditoire avec une voix ronde, pleine et généreuse ; elle se montre très convaincante pendant toute la soirée, aussi bien dans les ensembles que lors de l’Agnus Dei qu’elle chante avec beaucoup de sensibilité. Antonino Siragusa prend un plaisir évident à chanter cette messe. Son Domine Deus est donné avec panache ; d’aucuns iront arguer que la voix est trop claire ; Certes, il a une voix légère, mais ses talents belcantistes sont évidents, et il ne démérite jamais au long de cette soirée. Bien connue du public parisien, la basse Michele Pertusi connaît parfaitement cette messe, ayant notamment chanté la version orchestrale sous la direction de Riccardo Chailly. Recconnu depuis de nombreuses années comme un rossinien remarquable, il donne le ton avec maestria dans les ensembles, et si la Quoniam est lancé avec peut-être un peu trop d’enthousiasme, Michele Pertusi couvre toute la tessiture de l’aria sans problème.

Andrea Lucchesini assure la direction depuis le piano d’un geste ferme, donnant avec une rare maîtrise le ton de la soirée : simple, humble et sans fioriture ainsi que le souhaitait Rossini. Il est brillamment accompagné par Gabriele Carcano au piano et Slava Chevliakov à l’harmonium ; c’est dans le Preludio religioso qui sert de transition instrumentale entre le Et resurrexit et le Sanctus que les trois claviéristes s’expriment avec talent et simplicité, restituant ainsi l’esprit de la petite Messe solennelle telle que Rossini l’avait souhaité.

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- Paris
- Théâtre des Champs Elysées
- 13 Septembre 2010
- Gioacchino Rossini (1792-1868), Petite messe solennelle
- Désirée Rancatore, soprano ; Anna Bonitatibus, mezzo soprano ; Antonino Siragusa, ténor ; Michele Pertusi, basse
- Coro dell’Academia nazionale di Santa Cecilia
- Gabriele Carcano, piano ; Slava Chevliakov, harmonium
- Andrea Lucchesini, piano et direction











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