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Lille

Paul Mann dirige Chostakovitch

Orchestre National de Lille
samedi 17 novembre 2007 par Richard Letawe

L’Orchestre National de Lille terminait sa saison d’abonnement avec ce concert, dont la direction aurait dû être assurée par Michael Christie, remplacé finalement par Paul Mann, chef originaire de New York.

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Paul Mann
DR

Nous ferons dans cet article le compte-rendu du premier concert de la série, donné au Nouveau Siècle de Lille, le programme étant repris quelques jours plus tard à Liège, où nous avons eu le plaisir d’être présent, pour un résultat très semblable, puis à trois reprises dans différentes entités de la Région Nord Pas de Calais.
Soliste de ce soir, Simon Trpceski commence par dédier ce concert à sa mère, dont c’est aujourd’hui l’anniversaire. Il se lance ensuite dans le périlleux concerto n°3 de Prokofiev, qu’il avale d’une seule bouchée, en véritable acrobate du clavier, semblant se jouer de l’œuvre et de ses difficultés comme s’il était en train de faire ses gammes. Son jeu est fin, souple et véloce, et l’articulation est nette et précise. La sonorité est brillante, et la sûreté digitale du pianiste, qui ne semble jamais forcer, est très impressionnante et sans accrocs. Il ne fait pas que parcourir avec les doigts le clavier à toute vitesse, mais se montre également rêveur et poète dans quelques magnifiques passages des deuxième et troisième mouvements, et signe une grande prestation, aussi brillante que sensible. L’orchestre offre un accompagnement caustique et coloré, un peu trop démonstratif par moments, et mis à la peine de temps à autres par la vélocité du pianiste.

Paul Mann se présente ensuite sur l’estrade pour diriger la symphonie n°11 de Chostakovitch, sous-titrée « L’année 1905 ». Cette symphonie fut commandée par le régime soviétique pour la commémoration du quarantième anniversaire de la Révolution de 1917. Chostakovitch s’inspire des événements du 09 janvier 1905, qui virent à Saint-Pétersbourg les troupes tsaristes tirer sur la foule, et qui sont généralement considérés comme le prélude sanglant à Octobre 17.
Paul Mann donne de cette œuvre aux vastes dimensions une interprétation spectaculaire, misant beaucoup sur le brio orchestral, et retrouvant peut être le caractère cérémonieux et officiel qu’en espéraient les commanditaires. Il construit bien son interprétation en menant lentement et de façon processionnelle le long premier mouvement. Le chef est patient et précis, on voit la foule se masser sur la Place du Palais, tout est en place pour le massacre. Celui-ci est décrit dans le deuxième mouvement, intitulé « Le 09 janvier ». Très à l’aise, Paul Mann entre à fond dans le drame, et n’hésite pas à déchaîner les fracas orchestraux les plus violents, tout en gardant à l’ensemble clarté et lisibilité. Ayant réalisé un sans faute sur les deux premiers mouvements, Paul Mann déçoit un peu dans le suivant, Mémoire éternelle, qui est assez froid et désincarné, manquant de vécu et de douleur. Le Tocsin, mouvement final, est énergique et tonitruant, mais manque un peu de démesure et de violence, et semble trop encadré, trop policé, malgré des percussions écrasantes. Paul Mann est un bon chef, très applaudi par l’orchestre, mais il n’a pas encore tout à fait la carrure et le souffle pour animer chaque instant de cette symphonie. On ne peut s’empêcher de penser qu’un mois plus tôt, c’est Dmitri Kitaenko qui dirigeait l’ONL. Il est probable que dans cette œuvre, il aurait porté le concert à des sommets encore plus élevés.

Confronté à une partition longue et difficile, l’Orchestre National de Lille ne se désunit pas, et impressionne par sa cohésion et sa puissance. Le pupitre des vents, dont en particulier un magistral Philippe Gérard au cor anglais, et celui des percussions sont très à l’honneur, de même que des cors très inspirés. On peut regretter des cuivres un peu moins constants, ainsi que la sonorité des cordes, qui jouent magnifiquement, avec engagement et justesse, mais qui manquent un peu du vrai son russe, plus âcre et plus strident. L’orchestre réalise néanmoins une prestation de très haute volée, qui couplée avec le concerto de Prokofiev donne un des meilleurs concerts de la saison nordiste.

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- Lille
- Nouveau Siècle
- 01 juin 2007
- Sergueï Prokofiev (1891-1953), Concerto pour piano n°3 en Ut majeur Op.26
- Dmitri Chostakovitch (1906-1975), Symphonie n°11 en sol mineur « L’Année 1905 » Op.103
- Simon Trpceski, piano
- Orchestre National de Lille
- Paul Mann, direction






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