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Passions Baroques à Montauban : Nathalie Stutzmann, récital Vivaldi

mardi 8 novembre 2011 par Laurent Marty

Même si l’on associe son nom plutôt au répertoire romantique, Nathalie Stutzmann n’en est pas pour autant étrangère à la chose vivaldienne. On se souvient de son enregistrement du Stabat Mater avec Vladimir Spivakov, d’un classicisme un rien narcissique et, surtout, de sa participation à la monumentale - et réussie - intégrale de l’œuvre sacrée du Prêtre roux par Robert King. Rien d’étonnant, donc, à la voir consacrer un récital à cette musique qui semble de surcroît connaître un certain succès commercial. On est un peu surpris, en revanche, de voir annoncer également son nom comme chef d’orchestre mais on la sait musicienne complète, alors pourquoi pas ?

Le problème, c’est que Nathalie Stutzmann dirige PENDANT qu’elle chante. Elle entre sur scène, s’installe face à l’orchestre et dirige dos à la salle le ritornello introductif. Soit. L’air débute. Elle se tourne alors vers le public et chante en se dandinant et balançant les bras, de droite, de gauche, avec force mimiques inspirées dans les silences de sa partie. Ce spectacle démonstratif finit, pour tout dire, par devenir gênant. On attend d’une chanteuse qu’elle fasse renaître dans son récital les héroïnes qu’elle incarne. Comment se concentrer, ne serait-ce qu’un instant, sur les diverses situations dramatiques quand l’œil perçoit un spectacle si peu gracieux ?

D’autant qu’on reste peu convaincu du résultat musical. Cela débute fort mal, avec un Stabat Mater distendu entre un alanguissement général du tempo, exsangue, et des rubatos systématiques et exagérés qui soulignent la moindre phrase de transition. L’œuvre se délite au point d’en perdre par moments toute substance mélodique. Difficile de reconnaître certains passages ainsi étirés d’autant que la chanteuse s’égare dans une ornementation quelque peu hors de propos, embellissant la moindre inflexion dès l’exposition et pas seulement dans les Da capo. Rien de très religieux là-dedans… ni de très vivaldien.

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© Jean-Jacques Ader

La seconde partie, consacrée à des arias tirées d’œuvres plus ou moins connues, permettait en tout cas de goûter le timbre de Nathalie Stutzmann dans un très beau programme relativement peu couru. Leur tessiture ne met pas à mal un aigu devenu un peu tendu, même si l’on attend aujourd’hui une virtuosité plus nette dans les passages, telle que nous l’offrent Max Emmanuel Cencic ou Philippe Jarrousky qui ont certaines de ces pages à leur répertoire. L’investissement de la chanteuse, en tout cas, donne beaucoup de vie à l’ensemble… à condition de fermer les yeux.

Dommage que sa direction soit à ce point désarticulée, accumulation d’effets baroqueux passés à la moulinette romantique (on goûte en particulier fort peu cette façon toute « spinosienne » d’accentuer le moindre écart de dynamique par les raclements du théorbe et d’un violoncelle narcissique en diable, ou ces rubatos incessants et hors style), car la couleur de l’orchestre est ronde et agréable, la virtuosité des musiciens patente - particulièrement dans le Concerto pour deux violons RV578 (dont il aurait été bon d’écrire dans le programme qu’il provenait de l’Estro Armonico op. 3) qui a permis d’apprécier le jeu chaleureux de Thibault Noally.

Enfin, on s’interroge sur le titre donné à ce récital, « Prima donna, les rivales des castrats ». Déjà, tous les airs entendus ne provenaient pas d’opéras et il n’y a pas de « prima donna » à l’église. Surtout, certaines des ces pages ont été écrites spécifiquement… pour des hommes, comme le rôle de Lotario dans Tieteberga (et non Tiertiberga, comme écrit dans la plaquette), créé par le castrat Francesco Natali, et celui de Perseo dans Andromeda liberata.

Bref, un récital dont le propos musical, bien vague, et le succès public, réel, semblent nous en dire plus sur un certain air du temps que sur Vivaldi…

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- Montauban
- Théâtre Olympe de Gouges
- 23 octobre 2011
- Antonio Vivaldi (1678-1741) : Concerto RV 578 ; Stabat Mater RV 621 ; Airs tirés de Juditha Triumphans, Arsilda, L’Olimpiade, Tieteberga et Andromeda liberata.
- Ensemble Orfeo 55
- Nathalie Stuzmann, contralto et direction











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