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Paris chante la gloire de la Mère Russie

mardi 11 mai 2010 par Thomas Rigail
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Guennadi Rozhdestvensky
DR

Année France-Russie oblige, pour ce concert avec l’Orchestre de Paris, Guennadi Rozhdestvensky a prévu un long programme ambitieux en forme d’ode à la Russie, avec trois œuvres relativement peu courantes en concert dont la fresque de Prokofiev adaptée du film Ivan le terrible.

L’Orchestre de Paris a-t-il les moyens de rendre justice à un tel programme ? Dans La grande Pâque russe de Rimski-Korsakov, on ne pourra manquer de remarquer les difficultés des cordes à donner des phrasés convaincants dans les sections rapides, cédant souvent à un flottement et à des défauts de mise en place en sus et place de la droiture exigée (à G, à V...) en dépit de tempos assez lents - marque d’un problème non pas de capacité mais de discipline orchestrale, que l’on avait déjà notée dans le récent concert de l’orchestre avec Osmo Vänska. A contrario, on notera des cuivres pas toujours d’une grande précision mais vaillants (malgré un solo de trombone à M assez raté) et bien sonores, et des bois un peu en retrait malgré de bons solos, la direction de Rozhdestvensky ne cherchant pas à les mettre en valeur (et c’est parfois dommage). Cette direction assez lente, pas aussi narrative que l’œuvre le permet, n’est du reste pas complètement satisfaisante : bien détaillée mais manquant souvent d’impact et de capacité à rebondir, elle ne parvient pas à compenser les faiblesses de l’orchestre et n’apparaît pas particulièrement cohérente.

Le Concerto pour piano de Rimski-Korsakov est plutôt une rareté dans les salles de concert : il n’est pas certain que cela soit dommage, tant l’œuvre ressemble à un pastiche du deuxième concerto de Liszt et reste, en dépit des talents d’orchestrateur de son compositeur, une œuvre anecdotique. Pour faire passer la pilule d’une écriture pour piano des plus limitées (qui se résume le plus souvent à des arpèges et des gammes brisées vers l’aigu puis vers le grave, avant d’enchainer dans le sens inverse), il faut un peu de légèreté d’esprit et une certaine distance vis-à-vis du texte. Viktoria Postnikova n’en fait pas trop mais dans une partie aussi faible, le moindre superflu fait tendre l’œuvre vers le sirupeux, et l’interprétation n’évite pas une certaine naïveté mielleuse. La direction de Rozhdestvensky ne sortant pas l’orchestre du prosaïsme (et on ne peut que remarquer le gros problème de mise en place dans tout l’orchestre, y compris des premiers violons plus du tout ensemble, à Q) l’ensemble restera donc dans l’anecdote sans vraiment démériter. En bis, la barcarolle des Saisons de Tchaïkovski est du même ordre : un peu trop sentimentale et approximative sur la fin.

La version oratorio de la musique du film Ivan le Terrible, écrite par Prokofiev remplira généreusement la deuxième partie du concert. Dans cette version utilisant un narrateur et des répliques du film (Guennadi Rozhdestvensky lui-même se donnant le rôle du Tsar) pour relier les séquences musicales, le texte, soustrait au génie formel de Eisenstein, est réduit à une longue enfilade de tirades ultra-nationalistes dénuées de tout intérêt et la forme musicale ne dissimule guère son origine de musique de film : suite de courtes pièces, entrecoupées de narrations disparates, plus qu’oratorio comme le voulait le chef d’orchestre Alexander Stasevich qui s’occupa de mettre en forme l’œuvre après la mort de Prokofiev, elle apparaît particulièrement disparate et mal organisée. En plus d’être décousu et interminable, c’est d’assez loin le plus mauvais Prokofiev, une œuvre d’un pompiérisme nationaliste navrant, qui plus est engluée dans une écriture pauvre et répétitive, dont on ne peut guère tirer que quelques minutes intéressantes. Il aurait été sans doute préférable de choisir la version de concert réalisée par Christopher Palmer, qui élimine toutes les récitations ineptes et confuses qui brisent la continuité de la musique.

L’œuvre par sa forme fragmentée et son écriture limitée pose moins de problèmes d’interprétation que les pièces de Rimski-Korsakov, et elle semble avoir été mieux répétée : les cuivres sont bien présents, le chœur manque parfois un peu de clarté mais montre suffisamment de nuances et d’enthousiasme, les cordes ont moins de difficultés à phraser et la mise en place est globalement meilleure que dans la première partie. Larissa Diadkova livre un chant précis et investi (il faut au moins cela quand on doit se lancer dans un « chant du castor »), et Alexei Tanovitski se sort avec verve de son seul moment de chant, également l’un des rares moments vraiment intéressants de la partition, la chanson de Fédor Basmanov et des Opritchnikis.

Jouer des pièces rares du répertoire russe, c’est très bien, mais on peut quand même se poser la question de l’intérêt véritable des pièces en question quand tout un pan de ce même répertoire, aux noms moins connus mais au contenu musical bien plus substantiel (Miaskovsky, Popov, Roslavetz, Medtner, Mossolov... la liste est longue), reste oublié dans nos contrées.

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- Paris
- Salle Pleyel
- 07 mai 2010
- Nicolaï Rimski-Korsakov (1844-1908), la grande Pâque russe op.36 ; Concerto pour piano op.30
- Sergueï Prokofiev (1891-1953), Ivan le Terrible op.116a
- Viktoria Postikova, piano
- Igor Chernevich, récitant
- Larissa Diadkova, contralto
- Alexei Tanovitski, basse
- Choeur de l’Orchestre de Paris ; Maîtrise de Paris. Didier Bouture, Geoffroy Jourdain, chefs de choeur
- Orchestre de Paris
- Guennadi Rozhdestvensky, direction






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