ClassiqueInfo.com



Ouverture du Cycle "Haydn et ses héritiers" à Monaco

mercredi 3 juin 2009 par Cyril Brun

L’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, sous la baguette de son directeur artistique inaugurait dimanche le cycle « Haydn et ses héritiers ». Série de trois concerts autour des maîtres d’Esterhazy, de Vienne et de Bonn, trois symphonies de Haydn, trois concertos pour piano de Beethoven et diverses œuvres de Mozart pour célébrer l’année Haydn.

Passionné et expressif, Yakov Kreizberg a cherché à entraîner ses musiciens dans le sillon tracé par la ligne mélodique expressive, caractéristique commune des trois pièces. Encore que ce soit prendre des raccourcis que d’affirmer un tel rapprochement. Du reste, Yakov Kreizberg n’a pas traité de la même façon cette caractéristique classique.

La symphonie dite « funèbre » de Haydn ouvrit cette matinée avec beaucoup d’équilibre. Les cors avec une grande homogénéité s’intégraient parfaitement et délicatement aux cordes, malgré une indépendance prononcée sur la reprise. Globalement, l’orchestre sut marquer les accents de façon ferme et précise, sans toutefois abîmer la ligne mélodique. Cependant, les violons laissèrent souvent retomber les fins de phrase, comme un choriste qui ne soutient pas le son. Les contrebasses souffrirent du même travers dans le deuxième mouvement, qui pâtit également d’un certain empâtement sur les contretemps des cordes. De la même manière dans le troisième mouvement, la seconde partie du thème en rythme pointé n’était pas assez rebondie, malgré les gestes expressifs du chef qui tentait d’imprimer cette marque à l’orchestre. Il faut en revanche noter la grande finesse des seconds violons et le beau lyrisme déployé par les cordes pour donner vie à la mélodie. L’introduction du quatrième mouvement permit aux violons et aux violoncelles d’exprimer leur connivence dans un bel ensemble et de belles suites d’enchaînement repris par tous les pupitres sans aucune rupture. Pour souligner la richesse mélodique et la toujours extraordinaire profondeur harmonique de Haydn, le chef semble avoir mis l’accent sur la complémentarité instrumentale, ce qui dans l’œuvre de Haydn constitue, de fait à ce moment, un apport aussi riche que nouveau.

Cette complémentarité est un des aspects importants de l’œuvre de Beethoven, allant jusqu’à tisser autour d’eux la ligne mélodique. Toutefois, ce concerto pour piano n°3, quoique novateur en d’autres domaines, reste relativement classique en ce qui concerne le traitement mélodique et les lignes instrumentales. – Un connaisseur qui voudrait être précis trouverait naturellement et justement à redire sur un tel raccourci. – Une fois encore, les fins de phrase avec une suite de croches n’étaient pas très nettes du côté des cordes. Ces croches, en C barré étaient du reste trop allongées. Au piano – toujours aussi métallique – Jean Bernard Pommier dût chercher les sforzando des cordes et des trompettes pour tenter une interprétation plus unifiée. De même sur le « dialogue fugué » entre le basson et la flûte, on pouvait regretter une différence d’interprétation. Distance également entre l’orchestre relativement et expressivement contenu et les flûtes plus en dehors. Avec l’expressivité du chef, qui cherche plus à donner la parole aux musiciens qu’à leur imposer son jeu, l’orchestre est à son tour devenu expressif en donnant vie et respiration aux nuances à la fois contenues et exprimées. Au piano Jean- Bernard Pommier est plus stressé sur les trilles, sa main gauche plus frappée n’a pas la douceur de l’orchestre. Contraste d’autant plus saisissant après le solo avec l’extrême douceur quasi féline des timbales, puis la netteté irréprochable du final. C’est avec la même extrême douceur que l’orchestre ouvrit le mouvement lent, suivi cette fois par un second solo de piano beaucoup plus fluide. Le troisième mouvement se révéla plus confus notamment sur les tutti. Les réponses de violons et de flûtes se distinguent mal, tandis que les quatre doubles- croches de l’ensemble s’agencent difficilement. L’ensemble assez correct, du strict point de vue musical, laisse toutefois insatisfait. Il n’y eut du reste pas de bis.

Mozart fut à la fois plus enlevé et plus délicat. L’ensemble des violons fut approximatif lors du crescendo tutti de l’introduction. Leur entrée fut aussi délicate après l’appel d’ouverture. La flûte, très bien intégrée, fut cependant relativement précipitée dans sa descente. Le deuxième mouvement manqua de rigueur sur la mélodie, alors que les soufflets d’accords furent absolument parfaits. Globalement il manquait de respiration sur les croches posées insuffisamment aérées, presque crispées. Comme à plusieurs reprises dans le concert, la ligne harmonie semble délaissée au profit de la mélodie. Certes nous sommes en plein classicisme, mais on sentait là un décalage trop important dans l’attention portée entre « melos et pathos ». Le troisième mouvement fut nettement plus précis, et cette fois-ci l’équilibre des deux lignes fut souligné par l’ensemble et l’à propos des nuances et des soufflets. Le même équilibre, renforcé par de très beaux enchaînements mélodiques, donna vie et expression au quatrième mouvement, même si on pourrait regretter un manque de rupture lors des changements de thème (un des modes chers à Mozart pour les enchaînements, même s’il l’a surtout utilisé pour l’opéra). Le final en puissance et en beauté fut plus précis et surtout put ravir le public par la belle fluidité de l’ensemble juste avant le crescendo.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez l’insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse qu’un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de l’auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, n’hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Monte-Carlo
- Auditorium Rainier III
- 31 mai 2009
- Joseph Haydn (1732-1809), Symphonie n° 44 en mi mineur, Hob. I : 44 « Funèbre »
- Ludwig van Beethoven (1770-1827), Concerto pour piano n° 3 en ut mineur Op.37
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Symphonie n°41 en Ut majeur KV551 « Jupiter »
- Jean-Bernard Pommier, piano
- Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo
- Yakov Kreizberg, direction











Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 804019

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Musique symphonique   ?    |    Les sites syndiqués OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 2.1.8 + AHUNTSIC

Creative Commons License