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Ouverture de l’année Haydn à Monte-Carlo

mercredi 4 mars 2009 par Cyril Brun
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David Lefèvre
© Jean-Michel Sordello

Il est parfois intéressant de s’arrêter à la réaction du public pour parler d’un concert. Et, disons-le, ce soir le public monégasque fut quelque peu… surprenant ! Connaisseurs, habitués ou simplement fins mélomanes ne se sont pas laissés impressionner par la masse et l’entrain jovial de l’orchestre. Si dans bien des salles les valses du Chevalier à la rose et plus encore le Beau Danube sont un succès assuré quelle que soit l’interprétation, il est intéressant de constater que le public fut bien davantage convaincu par la première partie, pourtant plus difficile que par la seconde. L’invitation à la valse ne séduit pas un public dont certains, auditeurs réguliers du concert du Nouvel An, commentaient : « Ce n’est pas si bien qu’à Vienne ». Pur snobisme ? Peut-être, mais de fait il manquait quelque chose qui trahissait l’orchestre monégasque.

Comme d’habitude, l’exécution était impeccable dans l’ensemble, et sauf à entrer dans le détail – ce que nous ferons plus loin – là n’était pas l’objet de la déception (relative tout de même) de ce public austro-monégasque. La standardisation des orchestres et les exigences d’enregistrement – ce qui était le cas ce soir-là – ont introduit une modification de la place des instruments de l’orchestre. Modification, qui pour être souvent dommageable à bien des interprétations, joue encore bien davantage en défaveur d’un orchestre qui compte dans son public des oreilles viennoises. En effet, une des caractéristiques interprétatives des valses viennoises se situe dans la place (topographique) et le rôle attribués au pupitre de contrebasses que la Philharmonie de Vienne a conservé comme un mur au fond de l’orchestre. Autre élément qui pour être plus discret est pourtant LA caractéristique de la valse viennoise, l’allongement du second temps. Si un chef invité se trouve bien avisé de ne pas modifier la disposition de l’orchestre, il est plus regrettable qu’Andreas Delfs n’ait pas intégré cette nuance rythmique tant au Danube qu’au Chevalier à la rose. Il s’en est suivi une grande linéarité d’interprétation. La rigueur rythmique appréciable (et incontournable, n’en déplaise aux interprétations romantiques) pour le classicisme de Haydn a malheureusement fait perdre tout son charme à la plus célèbre des valses. Une valse précipitée dès les premières mesures, mais pour laquelle nous pouvions apprécier la finesse des violons monégasques qui, pour le coup, n’avaient rien à envier à la phalange autrichienne. La régularité métrique fut encore alourdie par le marquage des temps très en dehors et des respirations écourtées. On retrouvait les mêmes lourdeurs pour le Chevalier à la rose qui dès le début manqua son piano subito. Une vraie question se pose à propos du choix du chef allemand de surdimensionner les accents et les interventions de percussions, particulièrement dans l’introduction et la conclusion. Outre l’aspect cuivré renforcé par des percussions extrêmement frappées, les violons disparaissaient littéralement sous ces explosions presque berlioziennes. En rompant à ce point la ligne mélodique et en exagérant le pathos, le risque était grand de briser l’unité au point que chaque instrument, d’ordinaire si uni aux autres, avait repris son indépendance, s’égrenant par-dessus la ligne de violon. Il devenait dès lors difficile de prendre le rythme de valse et celle-ci eut beaucoup de mal à partir. De cette indépendance jaillirent avec les éclats cuivrés autant de lignes différentes que de pupitres, jusqu’à l’indépendance radicale de la caisse claire arrivée beaucoup trop tôt au point culminant de son crescendo, comme emballée par l’explosion ambiante. Dans cette course, respirations et articulations (surtout dans les valses) furent souvent négligées, alors qu’elles constituent l’âme de la valse.

Rien de tout cela dans la première partie en revanche. Haydn eut droit à toute l’attention et la finesse du style régulier et rythmé classique. Précision d’une grande finesse qu’est cependant venu ponctuellement altérer le jeu moins enlevé des altos sur leurs arpèges ou des basses parfois alourdies. L’ours du quatrième mouvement fut en revanche rien moins qu’excellent, un vrai ravissement tout aussi bucolique que musical ! Enfin, soulignons la prestation très applaudie du violon super soliste de l’orchestre, David Lefèvre, jouant, dans une joie partagée, devant son public.

Difficile Concerto pour violon de Stravinski ! Difficile et délicat. Délicat dans la justesse, la nouveauté, la technicité, le rapport à l’orchestre. Mais c’est une véritable prouesse que réalisa David Lefèvre, pourtant gêné sur la fin par des problèmes musculaires, ce qui ne l’empêcha pas de dévoiler sa grande dextérité dans le quatrième mouvement. L’orchestre ne fut pas en reste, et de concert avec son premier violon, il nous livra deux superbes finales au premier et au second mouvement. Dans le tonnerre d’applaudissements qui suivit, il y avait à la fois l’admiration du public pour le soliste et son sincère attachement à son orchestre ovationné à travers l’un de ses membres.

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- Monte-Carlo
- Auditorium Rainier III
- 01 mars 2009
- Joseph Haydn (1732-1809), Symphonie en do majeur, Hob. I. : 82 « L’Ours »
- Igor Sracvinski (1882-1971), Concerto pour violon en ré majeur
- Richard Strauss (1864-1949), Der Rosenkavalier (Le Chevalier à la Rose) : Grande suite opus 59
- Johann Strauss fils (1825-1899), An der schönen blauen Donau (Sur le beau Danube bleu), valse, opus 314
- David Lefèvre, violon
- Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo
- Andreas Delfs, direction











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