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Otello, superbe soirée italienne par l’ORW

lundi 23 mai 2011 par Richard Letawe
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© Jacques Croisier

Avant-dernière production de la saison de l’Opéra Royal de Wallonie, cet Otello de Verdi, après les représentations à Liège était donné pour un soir au Palais des Beaux-Arts de Charleroi. Comme l’excellent Barbier de Séville précédent, cette production, nouvelle, était mise en scène par le directeur de la maison, Stefano Mazzonis di Pralafera.

Il n’y a pas de choc théâtral à attendre de la part de cette mise en scène qui se contente de suivre consciencieusement le livret, jouant essentiellement sur la somptuosité de costumes fastueux, aux broderies soignées et aux étoffes luxueuses. Pour autant, le spectacle est bien réglé, les acteurs et choristes sont sobrement dirigés, l’action est très lisible, et on n’a jamais l’impression d’assister à une procession de chanteurs et de figurants déguisés. Seule originalité de cette production sans risques mains pertinente, l’arrivée sur scène aux moments-clé des personnages principaux sur des plate-formes roulantes, comme s’ils étaient les pièces de la partie d’échecs dont Iago est le joueur.

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© Jacques Croisier

On peut donc se concentrer pleinement sur la partie musicale de ce beau spectacle, ce qui est heureux car son niveau est comme souvent à l’ORW largement au dessus de ce qu’on peut espérer généralement d’une maison qui ne peut concurrencer financièrement les grands opéras internationaux. Dans une œuvre qui ne souffre guère de défaillance orchestrale, Paolo Arrivabeni est dans un de ses meilleurs soirs, gérant parfaitement le plateau et ses rapports avec la fosse, dosant avec précision les tempi, assurant à ses chanteurs un accompagnement aussi sécurisant et transparent que possible, et tirant de ses pupitres des couleurs, une chaleur de sonorités et une précision d’ensemble remarquables.

Avoir réussi à attirer le couple Daniella Dessi-Fabio Armiliato, qui faisaient ainsi leurs débuts à l’ORW était la plus belle promesse de cette nouvelle production. Otello représentait une prise de rôle pour le ténor italien, que l’on peut estimer réussie malgré quelques défauts passagers. Pourtant, Fabio Armiliato est un acteur assez moyen, qui semble n’avoir retenu du personnage que ses colères et sa jalousie maladive. Eternellement figé dans un rictus de colère, raide comme la justice, il n’incarne pas vraiment la grandeur et la noblesse d’Otello, et peine à rendre la passion exclusive qu’il voue à son épouse, qu’il semble avoir répudiée dès son débarquement à Chypre. Vocalement, on retrouve un peu les mêmes défauts, avec un chant puissant et héroïque, mais qui manque parfois de nuances et de lyrisme. Néanmoins, à part quelques aigus légèrement scabreux et une ligne un peu hachée lors du premier acte, il faut aussi saluer la sincérité de l’interprète, la solidité du chant, la beauté du médium, et le courage du ténor qui va au bout de ses moyens, et parvient même à alléger l’émission dans un quatrième acte de toute beauté, où le timbre se pare alors de jolies teintes cuivrées.

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© Jacques Croisier

Ces nuances et demi-teintes qui manquent à Armiliato, on les trouve à satiété dans le chant de sa partenaire et épouse Daniella Dessi qui réalise dans cette production de l’ORW une prestation digne des plus beaux éloges. La technique vocale est au dessus du lot, l’intonation parfaite, et le timbre moelleux. Ses aigus, qu’elle laisse flotter avec une délicatesse infinie sont d’un éclat et d’une pureté qu’on entend rarement, et quand de surcroît, toute cette science vocale est mise au service d’une interprétation « émouvante et richement vécue, on ne peut que rendre les armes face à cette grande chanteuse qui donne des ailes à son époux.

Iago est incarné par Giovanni Meoni, noble chanteur aux manières vocales très stylées et au legato de toute beauté. Le chant est puissant, la diction incisive, l’autorité du personnage est là. Il ne manque qu’un peu de noirceur et de métal à un timbre un peu grisâtre, mais la musicalité n’est jamais prise en défaut, et l’acteur intègre parfaitement son Iago à la façade sympathique aux désires du réalisateur.

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© Jacques Croisier

La distribution est complétée par un excellent Cassio de Cristiano Cremonini, à la fois vaillant et naïf, et par des comprimarii qui sont à la hauteur de leur tâche. Ajoutons encore la prestation pleine de panache de chœurs excellemment préparés à la réussite de la soirée, qui confirme le très haut niveau atteint par cette saison de l’ORW qui se poursuivra à partir du 07 juin par Salomé, dont le rôle-titre sera tenu par June Anderson.

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- Charleroi
- Palais des Beaux-Arts
- 11 mai 2011
- Giuseppe Verdi (1813-1901), Otello. Opéra en quatre actes sur un livret d’Arigo Boito d’après Shakespeare
- Mise en scène, Stefano Mazzonis di Pralafera ; Décors, Carlo Sala ; Costumes, Fernand Ruiz ; Lumières, Franco Marri
- Otello, Fabio Armiliato ; Desdemona, Daniella Dessi ; Iago, Giovanni Meoni ; Cassio, Cristiano Cremonini ; Lodovico, Luciano Montanaro ; Roderigo, James Edwards ; Emilia, Sophie Fournier ; Montano, Roger Joakim ; un araldo, Marc Tisson
- Chœurs et Maîtrise de l’Opéra Royal de Wallonie, Chœurs d’Opéra de Namur. Chef de chœur, Marcel Seminara
- Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie
- Paolo Arrivabeni, direction











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