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Orphée et Eurydice au Staatsoper de Stuttgart

vendredi 14 août 2009 par Richard Letawe
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© Stuttgarter Ballett

Le Staatsoper de Stuttgart a l’habitude de prolonger ses saisons très tard dans le mois de juillet, ce qui fait qu’entre les festivals de Munich, de Baden Baden, Stuttgart et Mannheim, il est possible de programmer de beaux périples lyriques dans le Sud de l’Allemagne sans s’imposer de trop longs déplacements.

C’était ce soir la dernière de l’Orphée et Euridice de Gluck, une production créée durant le mois de juin dernier. Nous n’en attendions rien de particulier, et pourtant, cette production est certainement l’une des plus abouties que nous ayons vues cette saison, car elle combine harmonieusement la musique, le théâtre et la danse, et est à la fois intelligente, sensible et inventive.

Le public prend place dans les travées du théâtre alors que les acteurs sont déjà sur scène, figés. Le décor, dont le centre est tournant, évoque une salle de bal Art Déco, la silhouette d’un corps féminin est dessinée à la craie sur le sol. Orphée et les convives atterrés prennent vie après l’ouverture, se lamentant de la disparition d’Euridice. L’espoir revient avec l’apparition de l’Amour, vêtu en vedette de music hall, transporté à bous de bras par les danseurs de sa suite vers le devant de la scène. Le personnage est un peu loufoque et maladroit, traité avec pas mal d’humour, mais est efficace puisqu’il fournit à Orphée un ange gardien, sous la forme d’un danseur, qui l’accompagnera partout, et déjouera tous les obstacles placés sur sa route. Il résulte de cette présence aux côtés d’Orphée un ballet permanent, qui loin de distraire de l’action la renforce et la diversifie, et la rend finalement plus crédible. De plus, le danseur, Alex Olivera, est particulièrement à l’aise, efficace et éloquent, comme d’ailleurs tous les autres membres du Stuttgarter Balletts. Après avoir affronté les Furies dans un ballet très expressif, Orphée et son double dansant parviennent aux Champs Elysées, dont les habitants, tous vêtus de blanc sont plutôt inquiétants, leur santé mentale semblant atteinte. Le héros n’est d’ailleurs pas au bout de ses peines, car il ne retrouve pas une, mais bien dix Euridices, toutes semblables, en robe blanche, les longs cheveux roux pendant sur leurs épaules. L’idée est simple, mais diablement efficace : on ressent le même trouble qu’Orphée devant ce ballet d’Euridices, qu’il évite soigneusement de regarder, et parmi lequel il ne parvient pas à déterminer d’où vient le chant de sa bien aimée.

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© Stuttgarter Ballett

On connaît la suite, la remontée de deux époux vers la lumière, le coupable regard d’Orphée vers Euridice, qui la condamnerait si l’Amour n’intervenait pas, touché par le chant de détresse d’Orphée. Le long ballet final est magnifiquement chorégraphié, mais les metteurs en scène réservent une surprise : le happy end n’en était pas un, Euridice s’écroule à la fin du ballet, et les acteurs se figent alors, exactement dans la même position que celle qu’ils occupaient au tout début de la représentation. Effet aussi émouvant qu’impressionnant !

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© Stuttgarter Ballett

Musicalement, la soirée est également une réussite très appréciable, grâce à un orchestre un peu vert mais tranchant et dynamique, dirigé avec fougue par Nicholas Kok, un chef inspiré, attentif à ses chanteurs, et qui dirige avec autant de soin les pages lyriques que les ballets. Les choristes sont bons acteurs, et chantent juste, mais dans un français assez incompréhensible.

Christina Landshamer brûle les planches en Amour, chantant avec style et d’une voix brillante, alors que Catriona Smith est une Euridice vibrante, dont semble émaner un rayonnement quasi-céleste. Enfin en Orphée, le jeune ténor brésilien Luciano Botelho a une diction française moyenne, mais pour le reste, se montre parfaitement à la hauteur d’un rôle écrasant, qu’il aborde avec sensibilité et poésie. Le chant est juste et léger, les aigus gracieux, l’émission puissante.

Une soirée magnifique, qui montre qu’on peut encore montrer les chefs d’œuvre du répertoire lyrique avec inventivité et poésie, sans verser dans la caricature et la provocation.

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-  Stuttgart
-  Staatsoper
-  24 juillet 2009
-  Christoph Willibald Gluck (1714-1787), Orphée et Euridice. Opéra en trois actes sur un livret de Pierre-Louis Moliné d’après Ranieri de Calzabigi
-  Mise en scène et chorégraphie, Christian Spuck ; Décors, Christian Schmidt ; Costumes, Emma Ryott ; Lumières, Reinhard Traub ; Dramaturgie, Sergio Morabito
-  Orphée, Luciano Botelho ; Euridice, Catriona Smith ; L’Amour, Christina Landshamer
-  Stuttgarter Balletts
-  Staatsopernchor Stuttgart ; Chef des chœur, Michael Alber
-  Staatsorchester Stuttgart
-  Nicholas Kok, direction





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