ClassiqueInfo.com




Orphée et Eurydice à Saint-Etienne

samedi 23 juin 2012 par Richard Letawe
JPEG - 46 ko
© Cyrille Cauvet

Pour son dernier spectacle lyrique de la saison, l’Opéra Théâtre de Saint-Etienne proposait au public la création d’une nouvelle production de l’Orphée et Eurydice de Gluck, réalisée en coopération avec le Ballet national de Marseille qui déléguait ses danseurs et son directeur, le chorégraphe Frédéric Flamand qui signait ainsi la mise en scène assisté par un autre belge, le scénographe Hans Op de Beeck.

Situant l’action dans une métropole en pleine mutation, le scénographe offre, avec des moyens minimum, un cadre idéal à la vision du metteur en scène. Le décor est fait d’une série de maquettes et de miniatures, filmées en noir et blanc en gros-plan, et diffusée sur un écran géant translucide qui traverse la scène. L’effet est saisissant, il suffit à Hans Op de Beeck de quelques kilos de sucre en morceaux ou de bouteilles d’eau minérale vides pour représenter un paysage de gratte-ciels, de paquets de sucre fins répandu sur une table et agrémenté de quelques branches pour montrer une vallée stérile aux arbres dénudés, d’un peu d’eau sur une table, d’un bonsai et de quelques morceaux de bois figurant un embarcadère, qui font une crique très convaincante.

JPEG - 68 ko
© Cyrille Cauvet

Ces images, le plus souvent désolées et amères- la destruction finale du décor en morceaux de sucre inondé par des arrosoirs d’eau chaude ne laissant aucun doute sur la facticité du lieto fine- ne sont pourtant pas froides, et en manquent pas de poésie, effet peut-être de ce que le montage de ce décor en miniature est fait à vue, les mains des maquettistes bien visibles, qui confèrent ainsi une touche d’humanité à ce monde au sinon bien austère. Les personnages esquissés par le metteur en scène, sils sont mythiques, n’en sont pas moins humains eux aussi, traités avec finesse et intelligence, avec un Orphée fier et énergique, qui ne semble pas avoir compris que sa quête serait vaine, au contraire de ses doubles dansants, dont la gestuelle montre bien qu’ils n’ont aucune illusion sur l’issue de la quête qu’ils ont entreprise. Ces chorégraphies justement, portées par les jeunes virtuoses en costumes et tailleurs du Ballet de Marseille sont d’une esthétique raffinée, profondément expressives, en parfaite adéquation avec la musique et le livret.

JPEG - 56.1 ko
© Cyrille Cauvet

Dans la fosse, après un début un peu hésitant (attaques floues, léger manque de rythmé dans l’ouverture), l’orchestre, les chœurs et le chef Giuseppe Grazioli trouvent rapidement leurs marques : le soutien aux chanteurs est exemplaire, la coordination avec le plateau impeccable, la précision des interventions chorales remarquable. La sonorité d’ensemble de l’OSSEL est idéale, avec tout juste ce qu’il faut de verdeur dans ce répertoire, les vents, bien détachés de la masse orchestrale se distinguent constamment.

JPEG - 72.6 ko
© Cyrille Cauvet

Le rôle écrasant d’Orphée est placé sur les solides épaules de la mezzo Varduhi Abrahamyan. A part un accent français qui n’est pas toujours très naturel, et qui trouble quelque peu la compréhension des paroles, on ne peut guère reprocher quoique ce soit à cette chanteuse qui réalise une prestation de haut vol. Cet Orphée manifeste un engagement émotionnel qui frôle l’héroïsme, tout en conservant une grande probité technique, la ligne de chant étant de bout en bout d’une tenue irréprochable. Avec des moyens vocaux considérables, un timbre chaleureux, une projection épanouie, un souffle inépuisable, une technique à toute épreuve, Varduhi Abrahamyan laisse apparaître une sensibilité artistique admirable qui en font un Orphée de référence, et la placent parmi les mezzo dont les futures apparitions sont dores et déjà très attendues.

JPEG - 66.7 ko
© Cyrille Cauvet

Ses deux partenaires n’ont pas la même étoffe vocale, mais leur abnégation force aussi l’admiration. Ingrid Perruche, en dépit de quelques aigus difficiles est une Euridyce fraîche et vive, à l’expression touchante, confirmant que le rôle est pour elle, quelle que soit la version jouée, alors que l’Amour de Maïlys de Villoutreys, avec sa diction pure, ses vocalises assurées et son timbre charmeur est un régal pour les oreilles.

Belle soirée donc, et beau succès pour cette nouvelle production qui confirme la qualité de la saison de l’Opéra Théâtre de Saint-Etienne, une maison située un peu à l’écart des circuits lyriques habituels, mais qu’on aurait tort de négliger.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez lâ€â„¢insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse quâ€â„¢un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de lâ€â„¢auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, nâ€â„¢hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Saint-Etienne
- Grand Théâtre Massenet
- 15 juin 2012
- Christoph Willibald Gluck (1714-1787), Orphée et Eurdydice. Tragédie en quatre actes, livret de Pierre-Louis Moline, version revue par Hector Berlioz
- Frédéric Flamand, mise en scène et chorégraphie ; Hans Op de Beeck, scénographie, images et costumes ; Bertrand Blayo, lumières
- Varduhi Abrahamyan, Orphée ; Ingrid Perruche, Eurydice ; Maïlys de Villoutreys, Amour
- Ballet National de Marseille
- Chœur Lyrique Saint-Etienne Loire. Chef de chœur, Florent Mathevet
- Orchestre Symphonique Saint-Etienne Loire
- Giuseppe Grazioli, direction






Accueil | Contact | Plan du site | | icone statistiques visites | info visites 824720

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Opéra   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.16 + AHUNTSIC

Creative Commons License