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Orlando à l’Opéra de Lille

jeudi 21 octobre 2010 par Richard Letawe
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© Frédéric Iovino

Pour ouvrir sa saison, l’Opéra de Lille a choisi un opéra de Haendel, Orlando, dans une toute nouvelle production qui doit être ensuite reprise au Théâtre des Champs-Élysées et à l’Opéra de Dijon durant cet automne. Aux commandes scéniques de cette production, David McVicar, qui a régulièrement été à l’affiche à Lille depuis la réouverture de l’Opéra, avec Don Giovanni, Faust, ou encore Giulio Cesare. Dans la fosse évidemment, Emmanuelle Haïm et son ensemble le Concert d’Astrée, qui sont en résidence à Lille depuis 2004.

David McVicar propose de cet Orlando une mise en scène typique de son style : soignée et élégante, aisément compréhensible, bourrée de détails judicieusement choisis et extrêmement bien dirigée. Il situe sa lecture sous le signe des Lumières, Zoroastro n’étant plus ici un mage mais un naturaliste et un concepteur d’automates. Le décor est élégant et équilibré, peuplé de gens de bonne compagnie, un monde calme et raffiné dont le héros, avec son caractère batailleur et ses emportements amoureux, vient troubler le sage ordonnancement. La fantaisie et la finesse du travail scénique reposent sur le fait que McVicar respecte ses personnages, les prend au sérieux et traduit leurs états d’âme dans sa dramaturgie, qui intègre judicieusement figurants et chorégraphies dont l’apport n’est jamais gratuit, créant un effet virevoltant très enthousiasmant. Il se permet même d’ajouter un personnage muet, amour, qui est bien plus qu’un figurant, et qui souligne finement les ressorts psychologiques des protagonistes. Belle à contempler mais aussi passionnante à scruter dans le détail, la mise en scène de cet Orlando est à mettre à l’actif d’un véritable artisan dont on aurait bien du mal à se remémorer d’un ratage, et qui a su ici se libérer de sa légère tendance au décoratif.

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© Frédéric Iovino

A la tête d’un Concert d’Astrée en bonne forme, Emmanuelle Haïm donne une interprétation très stylée de la partition, à laquelle manque cependant un peu de spontanéité, tempi et accents choisis pour chaque page de cet Orlando semblant trop prémédité. Aucune faute de goût dans cette belle lecture, aux phrasés bien dosés, qui sait ménager ses effets et offre une grande variété de climats, mais qui laisse l’impression qu’un peu plus de liberté et un souffle plus constant auront des chances d’apparaître lors de représentations ultérieures.

Parmi une distribution globalement satisfaisante mais qui ne comporte personne de très marquant, nous avouons ne pas saisir pourquoi Lucie Crow (Dorinda) a suscité autant d’engouement dans le public. Voilà certes une belle actrice, à l’attachante présence scénique, mais quelle chanteuse anarchique, aux forte tonitruants, incapable de soutenir la ligne de chant et de maîtriser ses aigus. Elle a de bonnes intentions, et sait se montrer touchante au début du deuxième acte, mais détimbrages et fautes d’intonation sont tout de même bien gênants. Nathan Berg, qui conserve un beau grain de voix, mais dont l’usure vocale se marque par un fort vibrato, est également un Zoroastro assez insuffisant.

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© Frédéric Iovino

Contre-ténor à la voix un peu blanche et peu puissante, Stephen Wallace est pourtant un très beau Medoro, profitant à merveille d’un médium doux et chaleureux, qui propose un chant très stylé, aux accents très tendres et aux phrasés suaves. Henriette Bonde-Hansen est également très séduisante. Son chant manque par moment un peu d’énergie, mais le soin porté aux phrasés, la noblesse de la ligne de chant, la précision et les nuances des vocalises sont tout à fait dignes d’éloges, et lui permettent d’incarner une Angelica patricienne, qui évolue dans les costumes raffinés de cette production avec un naturel désarmant. Enfin, il y a malheureusement peu à dire de Sonia Prina dans le rôle-titre, qui fait valoir sa virtuosité et son abattage, mais qui n’est néanmoins pas vraiment mémorable, essentiellement par manque de personnalité et de caractérisation, évoluant à peu près tout le temps et sans nuances dans un même registre survolté et spectaculaire.

Cet Orlando est donc, malgré un niveau musical de qualité mais qui n’atteint jamais tout à fait l’excellence, une belle production de début de saison pour l’Opéra de Lille qui poursuivra du 18 au 20 novembre avec Aventures, nouvelles aventures de Ligeti, avant l’Elixir d’amour puis la création de La métamorphose d’après Kafka de Michaël Levinas. Orlando sera repris du 03 au 09 novembre au Théâtre des Champs-Elysées et du 20 au 25 novembre à l’Opéra de Dijon.

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- Lille
- Opéra
- 12 octobre 2010
- Georg Friedrich Haendel (1685-1759), Orlando. Opéra en trois actes Livret d’après Orlando furioso de l’Arioste
- Mise en scène, David McVicar ; Scénographie et costumes, Jenny Tiramani ; Lumières, Davy Cunningham ; Chorégraphie Andrew George ; Assistante à la mise en scène Marie Lamber
- Sonia Prina, Orlando ; Henriette Bonde- Hansen : Angelica ; Stephen Wallace, Medoro ; Lucy Crowe, Dorinda ; Nathan Berg, Zoroastro ; Colm Seery, Amore.
- le Concert d’Astrée
- Emmanuelle Haïm, direction






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