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Orange 2009 : Sublime et fragile Violetta

lundi 27 juillet 2009 par Cyril Brun
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© Philippe Gromelle

Si elle n’avait pas eu lieu dans le cadre fascinant du Théâtre antique, si elle n’avait fait partie de la programmation, o combien prisée, des Chorégies d’Orange avec toute la magie qu’elles inspirent, il est probable que cette Traviata aurait paru bien pâle, malgré des interprètes remarquables et une mise en scène agréable quoique peu originale.

Que manquait-il à tant d’atouts présents pour faire d’une agréable soirée un grand moment de musique ? Peut-être moins de jeu et d’interprétation convenus, certainement plus de lyrisme de la part de l’orchestre et plus d’ensemble avec le chœur. On ne peut pas reprocher grand-chose à la qualité technique de l’orchestre, relativement fin et extrêmement précis et rigoureux. Mais fidèle au style qui est celui de son chef, la partition fut trop électrique et de ce fait pleine de ruptures, pour une interprétation qui tirait par moments sur le classicisme, sans pourtant jamais délaisser legati et rubati. Cette ambiance électrique, sans totalement désarticuler l’œuvre, n’en brisa pas moins souvent les grands airs tant attendus du public. Dès l’ouverture, l’œuvre apparaît précipitée, tandis que les accents conclusifs, ces fameux trois coups seront systématiquement secs et rudes. Cette exécution toujours précise, écourtant presque toutes les fins de note, à la mode classique, ne fut pas sans engendrer de nombreux décalages. Le premier air fut ainsi repris comme par surprise par le chœur. Les contours très secs provoquèrent des entrées relativement raides du chœur, ce qui se ressentit relativement sur le solo de flûtes. Il faut souligner ici la qualité générale des flûtes, instruments souvent difficiles à intégrer à l’orchestre. Leurs entrées furent toujours équilibrées, rarement saillantes, leurs solos comptèrent parmi les plus grands moments de cette soirée, même si sur l’un d’eux les entrées des cors furent peu convaincantes. L’entrée pianissimo du chœur qui suivit, fut aussi d’une grande douceur, pleine d’intensité. Il est dommage que celle-ci ait été perturbée par une diction plus difficile sur l’accelerando. Ainsi, arrivés sur le tutti fortissimo, les accents du chœur et de l’orchestre étaient légèrement décalés, ce que les trois coups conclusifs, toujours aussi raides, ont contribué à masquer. Même rudesse sur les débuts des notes d’accompagnement des violons, trop appuyées, tandis que les accents des trompettes étaient trop en dehors. Mais sur le solo final de l’acte I, l’orchestre s’est révélé d’une extraordinaire douceur, soulignant à merveille le jeu superbe de Violetta.

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© Philippe Gromelle

En fait, toute la soirée fut sise entre la qualité technique de l’orchestre et cette rudesse renforçant l’impression statique que laissa une mise en scène en tableaux. Il fallut attendre toutefois la fin du deuxième acte pour que les respirations de l’orchestre épousent celles des solistes et soulignent adéquatement la dramaturgie. L’ouverture du troisième acte fut le moment le plus déséquilibré. Les différences d’accents entre le chœur et l’orchestre entraînèrent de nombreux décalages sur tous les thèmes du bal masqué. Mais il faut souligner la grande précision de l’orchestre toujours impeccable dans les enchaînements. Toutefois, emblématique de cette soirée, l’intermède musical entre les deux actes manquait d’homogénéité et ce quelque chose d’insatisfaisant omniprésent s’y retrouvait fortement. C’est ce même inconfort qui finalement fissura l’interprétation et que l’on retrouva sur le solo final de Violetta. Là encore l’orchestre un peu lourd ne reprit pas la fragilité de Violetta. En revanche, la marche funèbre fut peut-être le moment le plus émouvant de l’orchestre.

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© Philippe Gromelle

Sur ce tapis orchestral instable, les chanteurs furent magnifiques. Si Marzio Giossi avait une voix un peu sourde, il fit vivre d’une extrême douceur toutes ses interventions paternelles. Patrizia Ciofi fut sublime en tout. Une voix magnifique faite de subtilité et de fragilité, un jeu théâtral d’un rare niveau. Sa présence sur scène comblait à elle seule tout le théâtre. La mort de Violetta n’avait aucun artifice. Répondant scéniquement admirablement, Vittorio Grigolo compléta parfaitement le duo amoureux, en dépit d’un organe assombri par une rhinopharyngite. S’il est vrai que sa voix manquait d’éclat, affadissant un peu les duos avec Violetta, il garda une remarquable aisance et ne fit jamais défaut à la partition.

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- Orange
- Théâtre Antique
- 15 juillet 2009
- Giuseppe Verdi (1813-1901), La Traviata, opéra en quatre actes, sur un livret de Francesco Maria Piave
- Mise en scène : Frédéric Bélier-Garcia
- Patrizia Ciofi, Violetta
- Laura Brioli, Flora Bervoix
- Christine Labadens, Annina
- Vittorio Grigolo, Alfredo Germont
- Marzio Giossi, Girogio Germont
- Stanislas de Barbeyrac, Gastone de Letorieres
- Jean Marie Delpas, Il Barone Douphol
- Armando Noguera, il Marchese d’Obigny
- Nicolas Courjal, il Dottore Grenvil
- Julien Dran, Giuseppe
- Marc Malardenti, il commissario
- Yvan Sautejeau, il domestico
- Chœur des opéras d’Avignon, de Toulon, de Tours, ensemble vocal des Chorégies d’Orange
- Ballet de l’Opéra d’Avignon
- Orchestre philharmonique de Radio France
- Myung Whun Chung, direction











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