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Opéra de Poche à Carnac : l’Isola disabitata

mardi 21 août 2012 par Richard Letawe
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Sébastien Brohier, Enrico
© Lagoutte

On ne saurait imaginer un cadre plus insolite pour une représentation lyrique que celui trouvé par le festival Opéra de Poche à Carnac, qui monte ses productions à deux pas du port, au chantier Joseph Gouzer et fils, ostréiculteurs. Dans son atelier qui sert aussi de billetterie, le propriétaire des lieux propose des huîtres, du pain et du beurre aux spectateurs, puis on entre dans son hangar, une pièce de belles dimensions qui permet de disposer une petite scène et un piano, et qui offre une excellente visibilité au public, aucune colonne ne venant masquer la vue. Le cadre est totalement incongru quand on le compare à celui des théâtres traditionnels, mais l’opéra est ainsi véritablement partout chez lui, et l’accueil sympathique et sans chichi qu’on y reçoit peut permettre une première prise de contact avec l’art lyrique pour un public novice.

Bien entendu, de telles conditions ne permettent pas de monter Aïda, les Troyens ou Boris Godounov. La programmation se limite donc à des œuvres courtes, aux effectifs légers, mais propose tout de même une production différente chaque jour, et beaucoup de raretés, avec cette année The Old Maid and The Thief de Menotti, le Docteur Miracle de Bizet, un spectacle lyrique intitulé Voyage en Orient, la première en France de Wen Ji de Lin Pin Jing, Moro dont ClassiqueInfo avait suivi la création, Don Pasquale, et pour clôturer, devant une salle comble, l’Isola disabitata de Haydn dont nous rendons compte ce soir.

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Xavier Mauconduit, Gernando
© Lagoutte

Avec des moyens extrêmement réduits, Simon Hatab qui réalise sa première mise en scène lyrique, réussit à donner vie et fantaisie à cette histoire assez loufoque de deux sœurs qui se sont réfugiées sur une île déserte pour fuir la compagnie des hommes. L’une, Costanza pense avoir été abandonné par son tout frais époux durant son voyage de noces- il a en réalité été capturé par des pirates barbaresques- et trompe son ennui en sculptant des torses masculins, alors que l’autre, Silvia n’en a jamais rencontré, et a pour seule compagne de jeu une chèvre. Gernando l’époux de Costanza a finalement réussi à fuir ses ravisseurs en compagnie de son ami Enrico, et a retrouvé la trace de sa pauvre épouse. Ils débarquent tous deux sur l’île, et leur rencontre avec Silvia d’abord, qui ne sait à quoi elle à affaire, puis les retrouvailles entre les époux ne manqueront pas de provoquer quelques quiproquo savoureux. Au final, le couple se réconcilie évidemment, et un autre, sans surprise se forme, celui de Silvia et d’Enrico. Le metteur en scène ne peut pas jouer sur les costumes, qui sont ici de simples tenues de vacanciers qui pourraient être celles du public, ni sur les accessoires, mais se concentre sur sa direction d’acteurs, énergique et vivante, qui donne ainsi corps et sentiment à des personnages auxquels le livret n’accorde pas beaucoup d’épaisseur.

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© Lagoutte

Le quatuor de chanteurs de ce soir a beaucoup de mérites, d’abord celui de l’endurance et de la versatilité, puisque ses membres ont œuvré durant tout le festival et chanté presque tous les soirs dans des répertoires très différents. Dans le rôle de Gernando, le ténor Xavier Mauconduit, un beau chanteur au timbre léger et à l’émission franche. Les aigus sont parfois légèrement étranglés, mais la noblesse de la ligne est parfaite, et il délivre un « Non turbar quand’io mi lagno » à la fois puissant et sensible. Son compère Enrico est moins à l’aise : la voix manque de soutien, avec quelque aigus instables, au volume faible, et une émission très nasale. Néanmoins, le chant est soigné, avec un médium très agréable, et le timbre est d’un assez beau métal. Reste à dominer la tessiture, qui le dépasse encore pour le moment.

Les demoiselles montrent plus de métier, et réalisent des prestations très étonnantes dans un cadre aussi modeste. Isabelle Fallot est une Costanza digne, à la stature tragique, vocalement très fiable, avec des aigus ronds et bien couverts, et qui n’hésite pas à déployer une puissance très appréciable. Son grand air, « Se non piange un’infelice » est remarquable de sensibilité. Enfin, la Silvia de Lucie Mouscadet est une belle révélation, réussissant à donner la vivacité et la fraîcheur requises par son candide personnage, qui ne le reste pas longtemps après sa rencontre avec Enrico… Vocalement, sa prestation est superbe : le timbre est ravissant, l’intonation très sûre, et surtout, elle négocie les notes de passage avec une virtuosité spectaculaire. Elle surmonte ainsi avec une déconcertante facilité les chausse-trappes de son air de bravoure, « Come il vapor s’ascende ».

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© Lagoutte

Au piano, très sollicitée elle aussi puisqu’elle a joué cinq soir sur sept, Agnès Rouquette a quelques difficultés à maîtriser l’articulation de l’ouverture, il est vrai redoutable. Par la suite, son jeu est bien posé et plus équilibré, et elle fournit à ses chanteurs un remarquable soutien, participant pleinement à la réussite de cette soirée très spéciale.

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- Carnac
- Chantier Joseph Gouzer & fils
- 09 août 2012
- Joseph Haydn (1732-1809), L’isola disabitata
- Simon Hatab, mise en scène et scénographie
- Isabelle Fallot, Costanza ; Lucie Mouscadet, Silvia ; Xavier Mauconduit, Gernando ; Sébastien Brohier, Enrico
- Agnès Rouquette, piano






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