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Opéra HD : une initiative sympathique, mais…

jeudi 20 novembre 2008 par Dominique Joan
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Karita Matilla
© Metropolitan Opera

D’aucuns l’auront remarqué, le Metropolitan Opera de New-York a entamé voici près de deux ans un programme de diffusion de ses productions par satellite et en direct en salles de cinéma. Ce concept alléchant méritait que l’on s’y intéresse de près. En effet, entre une ouverture de saison des plus prometteuses reprenant la Salomé de 2004 servie par une Karita Mattila dont les performances straussiennes ne sont plus à prouver, et une dizaine de rendez-vous avec le gratin de la scène lyrique mais aussi quelques jeunes découvertes, il eut été dommage de passer outre. Passées ces considérations, se pose l’angoissante question du rendu. Si l’avancement actuel de la technique a certainement pu justifier l’essor de ces retransmissions, l’accent mis sur la haute fidélité ne doit pas faire oublier la distance réellement ressentie par le spectateur : ce qui peut rassurer l’auditeur novice se révèle un peu frustrant pour le mélomane averti, mais pas forcément pour les raisons que l’on pourrait croire.

L’opéra en haute définition, c’est tout d’abord un lieu peu conventionnel : imaginez un multiplexe dont la programmation penche plutôt du côté commercial qu’art et essai (le prix à payer pour se permettre la Haute-Définition). Heureusement, notre « séance » se cale entre deux pics d’affluence. Nous sont donc épargnés les hordes de marmots et les relents de soda. Un tapis rouge devant une salle, une « ouvreuse » sur son trente-et-un : pas de doute, voici l’endroit où les hostilités auront lieu. On passera sur le côté gentiment kitsch de cette mise en scène (champagne à l’entracte servi dans des flûtes en plastique et pop-corn salé), place au concert ! Ou plutôt faudrait-il dire à l’avant-représentation : une petite mise en abyme sur l’écran géant où l’on s’amuse à regarder l’imposante salle du Metropolitan se remplir, et toujours en direct. Puis, cinq minutes avant la représentation, on retrouve Deborah Voigt en « guest-star » à l’antenne qui nous emmène des coulisses à la scène quelques secondes avant le lever de rideau. Presque comme l’opéra sur Arte, sous-titrage en moins. On y accompagne Karita Mattila qui se prête brièvement au jeu des questions/réponses, même si le moment semble (à peine) mal choisi. Finalement, les premières notes se font entendre et on se plonge désormais dans le vif du sujet. Les premières impressions sonores sont hélas assez décevantes, pas tant par la qualité sonore que par l’effet « THX » qui ne se prête pas à merveille à la musique. Le traitement spatial, sans être mauvais, ne reproduit pas l’effet habituellement ressenti en salle. Le son est appréhendé avec trop de proximité, au point qu’on aimerait avoir un peu plus de recul. Néanmoins, l’oreille s’accommode assez rapidement à cet environnement sonore déstabilisant, tandis que l’œil est littéralement plongé dans l’image haute définition. Et c’est là que l’on ressent à nouveau un énorme fossé, en cela qu’on est totalement tributaire de ce qui nous est proposé à l’écran. La réalisation est pourtant louable, encore que l’on n’aperçoive jamais l’orchestre (pourtant valeureux), mais il manque la vision globale et le coup d’œil dans la fosse. L’effet de plan rapproché devient même particulièrement oppressant et entre en réelle contradiction avec ce auquel nous sommes habitués, en raison des proportions gigantesques de l’écran. Que dire enfin des défaillances techniques (interruptions de transmission), qui, même si elles sont très rares, ont une forte propension à exaspérer les spectateurs que nous sommes.

Au final, il demeure l’impression de visionner un dvd sur un écran démesuré. Ce sentiment un peu mitigé au vu des moyens mis en œuvre est rattrapé par l’effet « live » et l’ambiance obscure et silencieuse de la salle, mais que chacun se rassure : l’opéra en Haute-Définition ne pourra jamais (du moins en l’état actuel) faire de l’ombre à une représentation en bonne et due forme, et on ne peut penser que ce soit l’objectif d’une telle initiative. Pour autant, il ne faut pas en discréditer le principe, qui est de pouvoir suivre une saison de qualité qu’il serait par ailleurs difficile d’aborder (ne serait-ce que géographiquement et financièrement). Un sage point de vue est ainsi de considérer la retransmission en direct d’opéras comme une offre musicale qui vient en complément de celle qui peut exister ou qui pourrait manquer, sans toutefois jouer sur le même registre.

Quelques mots tout de même sur cette production de Salomé, dont la mise en scène est orchestrée par Jürgen Flimm, qui associe une vision moderne à un arrière-plan plus en accord avec le contexte de l’œuvre. Toute l’action se passe dans une ambiance de cocktail très « art-déco » (qui n’est pas sans rappeler une certaine Arabella présentée au Châtelet en 2002 avec … Karita Mattila à nouveau !) sur un fond plus aride qui évoque les terres de Judée. Ici, l’étalage de richesse souligne l’aspect décadent, et Karita Mattila en Salomé développe à merveille le côté « enfant gâtée » aussi faussement innocente que détestable en parvenant à dégager une juvénilité impressionnante. Ce qui agace en premier lieu prend tout son sens lorsqu’au gré des changements d’humeur (et notamment lorsqu’à trois reprises elle se fait repousser par Iaokanaan (Juha Uusitalo), elle joue de son registre grave glaçant qui rappelle l’auditeur à la réalité du personnage instable et inquiétant qu’est Salomé, et où l’on retrouve toute l’exigence vocale d’un rôle de soprano dramatique. On retiendra également une danse des sept voiles suggestive qui ne laisse aucun doute quant à l’ambiguïté malsaine des rapports entre Hérode et sa belle-fille, et qui, bien que manquant un peu de grâce, produit un effet certain [1]. Enfin, le mélange de folie, de naïveté et d’insensibilité qui émane de la Salomé que nous propose Karita Mattila dans le long épilogue achève un saisissant travail de contraste entre l’exubérance des débuts et une pesante atmosphère finale.

Du reste de la distribution, on saluera la performance du couple Hérode - Hérodias (respectivement Kim Begley et Ildiko Komlosi ), qui joue habilement le ton de la perversité et la contradiction réciproque de l’autre. Les seconds rôles soutiennent parfaitement la comparaison, si ce n’est le page d’Hérodias (contralto) dont la présence vocale est quelque peu en retrait.

L’orchestre du Metropolitan est irréprochable sous la baguette d’une des grandes figures actuelles de la maison en la personne de Patrick Summers, bien que ce dernier se montre parfois un peu expéditif à certains moments où le discours musical straussien, dans son dessin post-romantique, demanderait plus d’assise et se laisserait davantage désirer dans ses points culminants. Il n’en demeure pas moins un doigté et une précision au sein des différents pupitres que l’on savoure d’autant plus que les équilibres sonores viennent valoriser ce monument d’orchestration qu’est la Salomé de Richard Strauss. Renseignements sur la saison MET HD : http://www.metoperafamily.org/metop...

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[1] N’oublions pas que l’œuvre fut interdite durant près de deux décennies à New York après sa création en raison de son caractère choquant











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