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Besançon 2012 : un concert routinier

mercredi 17 octobre 2012 par Nicolas Mesnier-Nature

Cet avant-dernier concert du festival de Besançon nous permet de faire le point sur l’interprétation artistique d’un tel programme et sur les rapports entre les musiciens.

Gerd Albrecht (né en 1935) a obtenu très jeune le premier prix de direction de Besançon, en 1957. Il a toujours défendu la musique contemporaine, assurant de nombreuses créations de partitions devenues maintenant presque des classiques, tel le Requiem de Ligeti. Peut-être est-ce la raison pour laquelle, dans Météorites (2002), nous avions le sentiment d’une grande aisance, voire d’une impassibilité devant la difficulté tout à fait étonnante : direction minimale, quelques indications du doigt et une battue omniprésente. Nous avions exprimé nos doute quant au bien fondé de certaines compositions de la japonaise – notamment son Quatuor – mais il semble que l’orchestre soit beaucoup plus probant, surtout quand on y trouve un sens, une direction dont le public a besoin pour y projeter une réalité afin d’y trouver des correspondances qui lui assurent une certaine imagerie mentale bénéfique. L’espace, les objets qui s’y meuvent, l’infini sont bien rendus dans cette composition riche d’orchestration et originale quant au traitement des sons (papier froissé, sac de billes en mouvement etc.).

Un tout jeune pianiste se confronte ensuite à l’Empereur de Beethoven. Et les premières difficultés surgissent. Peut-on projeter une vision personnelle d’un des monuments du répertoire à 21 ans ? Le problème est qu’actuellement, on veut tout jouer tout de suite. L’ambition, la pression de l’entourage de l’artiste, le profit immédiat, la facilité des déplacements et certainement aussi la baisse d’exigence d’un public à l’écoute de moins en moins critique et cultivée, tout prêt à s’enflammer aux plus grossiers effets - « plus ça fait du bruit, mieux c’est dans le chapiteau de cirque qu’est la salle de concert » - , mis à part quelques mélomanes avertis qui ne sont jamais ceux qui crient « bravo » à la fin d’un morceau, ni ceux qui applaudissent entre les mouvements, bref, le contexte actuel avec lequel il faut bien composer, tout cela engendre des prestations musicales qui laissent parfois interrogateur. Qui menait la barque hier soir, d’après vous ? Le vieux maître à la baguette, routinier dans Beethoven, impassible, fatigué et mécanique, ou le jeune premier au clavier, dont la facilité à en découdre avec Beethoven, à aligner les traits et à jouer du bout des doigts dans l’Andante, à assurer son concerto sans chercher ce qui se trouve derrière les notes ? Il n’y eut pas d’échanges entre les deux partenaires, et même de grossières erreurs : une fausse entrée qui arrive un accord en décalage (seul moment où les deux artistes échangèrent un regard complice souriant), quelques fausses notes au clavier dans les traits pour le concerto, des imprécisions aux cordes dans le premier mouvement, un canard malencontreux au basson dans le dernier mouvement pour la Symphonie n°5, un orchestre qui de toute façon ne regarde pas un chef qui le dirige en bon vieux kappelmeister, dans un style d’outre-tombe complètement anachronique, qui n’a pas grand chose à dire et fait bande à part. Tout cela est bien creux, vide d’intentions. Qu’on ne se leurre pas : un chef fait tout, même et surtout dans un concerto. Mais ce soir, il n’y avait pas de chef, et pas vraiment de pianiste.
Un concert de bureaucrates qui nous laisse de marbre.

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- Besançon
- Scène nationale – Le Théâtre
- 22 septembre 2012
- Misato Mochizuki (née en 1969), Météorites
- Ludwig van Beethoven (1770-1827), Concerto pour piano n°5 l’Empereur en mi bémol majeur op.73 ; Symphonie n°5 en ut mineur op.67
- Nikolaus Rexroth, piano
- Orchestre symphonique de Bâle
- Gerd Albrecht, direction






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