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Macbeth à l’Opéra de Bordeaux

mardi 7 février 2012 par Gilles Charlassier
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Tassis Christoyannis, Macbeth ; Lisa Karen Houben, Lady Macbeth
© Frédéric Desmesure

Presque dix ans après Frigeni, l’Opéra de Bordeaux présente une nouvelle production du premier des trois opéras de Verdi inspirés par Shakespeare, et offre l’occasion d’entendre la version remaniée de Macbeth par le compositeur pour l’Opéra de Paris, en 1865 – amputée du ballet. La production a été confiée à Jean-Louis Martinoty, qui fait une nouvelle démonstration de la générosité référentielle de son imagination scénographique, et met particulièrement en avant les deux rôles principaux.

La noirceur du drame se retrouve d’emblée sur une scène presqu’entièrement baignée d’ébènes parfois fumants. C’est qu’il est ici question du sombre côté de l’homme, que Macbeth incarne de manière remarquable, pour ne pas dire exemplaire. Des panneaux réversibles, tantôt colonnes, tantôt miroirs, confèrent au plateau une élasticité spatiale intéressante, à peine altérée par des réglages ici ou là hasardeux – l’envers de la mobilité du dispositif sans doute. La duplicité apparaît d’ailleurs rapidement comme l’une des clés de la lecture du metteur en scène français. Les sorcières, par exemple, arborent au revers de leur visage un masque squelettique, soulignant l’omniprésence de la mort en ces lieux, un peu comme un tain qui réfléchit l’âme tourmentée du héros. La richesse du canevas d’allusions se remarque non seulement dans les citations du texte shakespearien placées en exergue sur le rideau au début de chaque acte, mais aussi dans les projections de toiles qui jalonnent le spectacle. Les tableaux de Ronan Brissot, qui ponctuent les entractes, rendent un hommage évident à Goya, pour le sabbat, ou encore à William Blake. De même, Le Triomphe de la Mort de Jacques Brissot, collaborateur régulier de Jean-Louis Martinoty, regarde en direction de l’école flamande et germanique – Baldung, Breughel ou encore Bosch.

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Lisa Karen Houben, Lady Macbeth
© Frédéric Desmesure

C’est cependant dans la focalisation puissante sur Macbeth et son épouse que se livre l’énergie herméneutique de la production. Les réjouissances à l’arrivée du roi sont contenues dans les coulisses – conformément à la répartition acoustique demandée par la partition de Verdi – et on n’assiste qu’au progrès de l’avidité et de la nécessaire et corrélative tentation homicide dans l’âme des époux, sur lequel est braqué un projecteur psychologique qui les isole presque. La fête en devient presqu’anecdotique – à l’inverse de ce qu’un Tcherniakov en faisait. Cela produit un curieux effet d’accélération dramaturgique sur les airs, sensible au réveil des hôtes après la nuit de crime. Un tel resserrement s’avère pertinent avec la scène finale, conclusion sur la mort du héros éponyme – et non le couronnement de Malcolm.

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© Frédéric Desmesure

Un tel parti pris se révèle évidemment un écrin idéal pour les performances des chanteurs, à commencer par l’incarnation magistrale de Tassis Christoyannis. Déjà salué la saison passée à Genève dans Les Vêpres Siciliennes, Guy de Monfort seul protagoniste réellement valide de la production de Christof Loy, le baryton grec confirme avec cette prise de rôle son idiomaticité dans le répertoire verdien. La rondeur du timbre et des harmoniques supportent admirablement le charisme de sa voix et de son instinct dramatique, qui s’épanouit au fur et à mesure de la soirée. Le rôle de Lady Macbeth est lui aussi tout aussi exigeant, si ce n’est davantage, surtout dans la version parisienne qui enrichit la partition du sombre air « La luce langue ». Si Lisa Karen Houben, vampire tentateur plus vrai que nature dans son physique élancé, s’efforce de caractériser ses interventions avec un sens de la couleur indéniable, l’irrégulière stroboscopie de la ligne dirime ces louables intentions.

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© Frédéric Desmesure

Bien que passablement secondarisé par la mise en scène, le reste de la distribution ne démérite nullement. Brindley Sherrat exprime plus de viril courage que de paternelle bienveillance – cette rudesse n’est pas pour déplaire dans la scène inaugurale. Calin Bratescu exhibe un Macduff vaillant et charnu, quand Malcom bénéficie de la jeunesse de Xin Wang. Aurélie Ligerot fait une apparition convaincante en dame d’honneur, tandis que Loïck Cassin et Georgios Papafstratiou, respectivement médecin et sicaire, complètent valablement le plateau.

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Brindley Sherrat, Banco
© Frédéric Desmesure

Les forces orchestrales de la maison témoignent de la qualité du travail réalisé par le directeur musical Kwamé Ryan. De la caractérisation de la pâte sonore se détachent entre autres les pupitres de cordes, adroitement éclairés. Ce souci d’expressivité profite de l’assagissement des cuivres, qui pourraient s’autoriser ça et là une plus franche rutilance. Enfin, le chœur s’acquitte honorablement des nombreuses interventions qui lui sont confiés, conduit avec efficacité par Alexander Martin.

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- Bordeaux
- Grand-Théâtre
- 25 janvier 2012
- Giuseppe Verdi (1813-1901) Macbeth. Opéra en quatre actes. Livret de Francesco Maria Piave et Andrea Maffei, d’après la tragédie de Shakespeare.
- Mise en scène, Jean-Louis Martinoty ; Décors, Bernard Arnould ; Costumes, Daniel Ogier ; Lumières, François Thouret ; Création vidéo, Gilles Papain.
- Tassis Christoyannis, Macbeth ; Brindley Sherrat, Banco ; Lisa Karen Houben, Lady Macbeth ; Aurélie Ligerot, Dame d’honneur de Lady Macbeth ; Calin Bratescu, Macduff ; Xin Wang, Malcom ; Loïk Cassin, Medico ; Georgios Papaefstratiou, Sicario ; Hélène Claise et Macéo Vallet, Apparitions.
- Chœur de l’Opéra National de Bordeaux ; direction, Alexander Martin.
- Orchestre National Bordeaux Aquitaine
- Kwamé Ryan, direction.






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