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Nouvel an, une soirée à l’opéra : histoire d’une réappropriation ?

dimanche 15 janvier 2012 par Nicolas Mesnier-Nature
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Karine Deshayes
© Aymeric Giraudel

Micropolis à Besançon est une salle sonorisée polyvalente, la plus grande de Franche-Comté. Lors du concert d’inauguration (Symphonie n°9 de Beethoven), les bisontins avaient été assez perplexes relativement à la qualité acoustique des lieux. Le système de sonorisation « Carmen » dans une salle sourde ne convenait pas aux concerts traditionnels. L’actualité classique n’allait visiblement pas se dérouler en ces lieux.

Faisant fi de ce mauvais départ, le nouveau chef de l’Orchestre Besançon Montbéliard Franche-Comté, Jean-François Verdier, a osé retourner avec ses musiciens dans cette salle rectangulaire toute en parterre et gradins, avec une sonorisation améliorée. Les quelques trois milles places étaient occupées.

Il nous l’avait promis en final d’une précédente manifestation : notre nouveau chef allait essayer de faire quelque chose à Micropolis, et que ça sonne bien. Un grand concert de début d’année, ouvertement populaire dans les meilleurs sens du terme, placé sous le signe de l’opéra.

Mascagni, Mozart, Massenet, Puccini, Verdi, Rossini, Gounod : extraits orchestraux sous forme d’ouvertures ou d’intermèdes, agrémentés d’airs et de chœurs connus. La formule grand public est séduisante au départ mais risquée puisqu’elle risque de perdre sa cohérence par un trop grand éclectisme et tourner à la représentation de cirque par l’alignement de vedettes du chant et de tubes faciles et racoleurs.

Mais c’est sans compter la motivation de Jean-François Verdier d’ouvrir le répertoire vocal aux moins initiés et faire des piqûres de rappel aux plus blasés.

Et de commencer par le prélude de Cavalleria Rusticana immédiatement suivie par le chœur d’ouverture. L’orchestre et les voix, ou plutôt le nouvel orchestre et les nouvelles voix : un Orchestre de Besançon Montbéliard Franche-Comté à la nouvelle dynamique et le premier concert donné par le Chœur Régional de Franche-Comté, formation née en 2010 du rapprochement des choeurs de Besançon et de Montbéliard, placé sous la direction de Brigitte Rose. Long alignement sur trois rangs et sur toute la scène de chanteuses et chanteurs qui vont apprendre encore beaucoup et gagner en maturité, sans nul doute.

Qui peut se targuer de reconnaître immédiatement l’air de Sesto et les chœurs de la Clémence de Titus et d’Idoménée ? Entre eux viennent se glisser les rassurants « Ach ich fühl’s » et « Voi che sapete » de la Flûte enchantée et des Noces de Figaro. Remplacée au dernier moment, la soprano Aline Kutan malade n’a pu assurer sa prestation. Jaël Azzaretti est devenue au pied levé Pamina, Sophie, Lauretta et Juliette : diction parfaitement claire, voix bien timbrée, aigus clairs et puissants, sans larmes inutiles dans Puccini, virtuose dans les vocalises de Gounod. Sobre face au micro dans sa robe noire, elle est l’antithèse de la mezzo Karine Deshayes, victoire de la musique classique 2010 comme « artiste lyrique de l’année », plus démonstrative et puissante, parée d’une longue robe rouge sang. En duo dans Werther, le mixte des voix fonctionne. En solo, l’air de Cherubino et surtout l’air de Rosine du Barbier de Séville « Una voce poco fa » fait vibrer de ses vocalises étourdissante les murs de l’immense salle. Le dernier air virtuose tiré de la Cenerentola sonne très grande cantatrice, ample et généreux, très enlevé.

Geneviève Laurenceau tenait un premier violon de luxe ce soir à l’orchestre, et aussi le solo : solo dans l’introduction de l’acte III des Lombardi de Verdi, et surtout Méditation de Thaïs imposant aux 3.000 sièges un silence complice.

L’ensemble choral de Franche-Comté restera un rien timide dans le chœur à bouches fermées de Madama Butterfly, mais trouvera moins de réserves dans les deux ensembles tiré de la Traviata : chœur des gitanes et des matadors, fin de concert en terre connue.

Tout du moins le croyait-on : à public enthousiaste qui le fait sentir, rappels obligatoires, prévisibles : la barcarolle des Contes d’Hoffmann d’Offenbach en duo de chanteuses, « Va pensiero » (deux fois) tiré de Nabucco, duo des fleurs de Lakmé, reprise de « O mio babbino caro » et du final de Cenerentola et pour clore en beauté l’inénarrable Marche de Radetzki qui clôt traditionnellement les concerts du nouvel an viennois avec applaudissements rythmés en règle du public.

Par le biais d’un orchestre qui sait se plier au style de chaque composition, une grande partie du public aura découvert la personnalité sympathique de Jean-François Verdier lors de son allocution finale. Souhaitant renouveler cette expérience pour l’instant unique à Besançon, et totalement positive ce soir, il y a à espérer l’instauration d’un concert traditionnel du nouvel an brassant un large public et obéissant à une même qualité interprétative.

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- Besançon
- Micropolis
- 05 janvier 2012
- Pietro Mascagni (1863-1945), Cavalleria Rusticana, prélude et chœur d’ouverture
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), la Clémence de Titus, air de Sesto et chœur n°24 ; la Flûte enchantée, air de Pamina ; Idoménée, chœur final ; les Noces de Figaro, air de Chérubin
- Jules Massenet (1842-1912), Werther, air de Sophie et air de Charlotte ; Méditation de Thaïs
- Giacomo Puccini (1858-1924), Manon Lescaut, intermezzo ; Gianni Schicchi, air de Laurette ; Madame Butterfly, chœur à bouches fermées
- Giuseppe Verdi (1813-1901), Les Lombards, introduction de l’acte III ; Nabucco, ouverture ; la Traviata, chœur des zingarelles et des matadors
- Charles Gounod (1818-1893), Roméo et Juliette, ariette de Juliette
- Gioacchino Rossini (1792-1868), Le Barbier de Séville, air de Rosine, la Cenerentola, rondo final
- Jaël Azzaretti, soprano
- Karine Deshayes, mezzo-soprano
- Geneviève Laurenceau, violon solo
- Chœur régional de Franche-Comté. Chef des chœurs, Brigitte Rose
- Orchestre de Besançon-Montbéliard Franche-Comté
- Jean-François Verdier, direction






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