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Noces et divorces chez les Almaviva

vendredi 29 juin 2012 par Richard Letawe
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Henriette Bonde Hansen, Susanna ; David Bizic, Figaro
© Guillaume Bonnaud

Diptyque mozartien pour terminer la saison de l’Opéra National de Bordeaux avec un projet original, remonter une production de Don Giovanni dix ans après sa création, et faire travailler le même metteur en scène sur les Noces de Figaro, les deux opéras étant présentés en alternance.

La contrainte à laquelle devait se plier le metteur en scène était d’utiliser le plus possible d’élément de la scénographie en commun pour les deux opéras afin que l’alternance soit possible. Alors qu’il avait imaginé un Don Giovanni se déroulant durant les années 30 ou 40 sous un régime fasciste, il décide de placer les Noces de Figaro vingt ans plus tôt, dans un cadre Art-Déco. La luminosité et l’élégance des décors, la beauté des costumes et des coiffures flattent l’œil, mais il ne nous semble pas que ce déplacement de l’action vers les années folles apporte une plus-value très déterminante par rapport à une scénographie du XVIIIème siècle. En revanche, il faut souligner la pertinence et l’originalité de la réflexion de Laurent Laffargue à propos des rapports entre les personnages, qui est ici assez inhabituelle. En effet, le Comte n’est pas comme souvent un chasseur de femmes hautain, volage et autoritaire, mais plutôt un homme encore jeune, sensuel et amoureux, de Suzanne mais aussi de son épouse, avec laquelle il a conservé une relation très intime. Susanna est très sensible aux attentions dont elle fait l’objet, et il est manifeste que leurs relations sont très poussées, on le voit dès le duo initial, où elle se dérobe un instant pour rejoindre Almaviva qui assistait de loin à la scène. Ces Noces montrent en fait un monde dans lequel les individus secouent les conventions, et sont sur le point de vivre leur passions librement : Suzanne continuera à cocufier son Figaro, l’acte II est tout entier marqué par le torride trio entre Chérubin, la Comtesse et la servante, le Comte aura d’autres coups de foudre, mais son épouse risque bien de lui rendre la pareille.

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Trevor Scheunemann, Il Comte di Almaviava ; Susanna Philips, la Contessa di Almaviva
© Guillaume Bonnaud

Les personnages sont tous attachants, versatiles, passionnés, humains en somme, saut peut-être Figaro, qu’on voit rarement aussi monolithique et obtus que dans cette production, se croyant très malin à tirer les ficelles, alors que ce sont les épouses qui mènent le bal. Heureusement pour lui, le quatrième acte -qui se déroule en costumes du XVIIIème, le Comte ayant organisé un bal masqué pour les convives- lui donne plus d’épaisseur, une tendresse dans ses rapports avec Suzanne qui lui manquaient auparavant.

Une mise en scène aussi intéressante méritait une distribution au sommet, ce qui n’est malheureusement pas le cas ce soir. Au rayon des satisfactions, le Comte de Trevor Scheunemann, physique avantageux, bon acteur, et chanteur soigné et charmeur, ainsi que la Susanna d’Henriette Bonde Hansen, qui n’a pas le timbre le plus séduisant, mais qui convainc par sa simplicité et son aisance scénique.

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Vincent Delhoume, Basilio ; Trevor Scheunemann, Il Comte di Almaviva ; Jennifer Holloway, Cherubino ; Henriette Bonde Hansen, Susanna
© Guillaume Bonnaud

Le Figaro de David Bizic est solide, mais dépourvu de fantaisie et d’imagination, ne laissant qu’un vague souvenir dans les mémoires, alors que Jennfier Holloway est un Cherubino au chant correct, mais que le metteur en scène aurait dû discipliner dans son jeu de scène : il a des attitudes de teenager contemporain beaucoup plus que celles d’un adolescent des années 1920. La Comtesse de Susanna Philips a des moyens opulents, un timbre flatteur, mais les domestique mal, la ligne de chant est anarchique, les aigus mal contrôlés. Enfin, outre le Bartolo très digne de François Harismendy, on notera que Basilio et Marcelline se font sucrer leurs airs à l’acte IV, regrettable dans le cas de Sophie Pondjiclis, une des très bonnes titulaires du rôle.

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Henriette Bonde Hansen, Susanna ; Jennifer Holloway, Cherubino ; Susanna Philips, la Contessa di Almaviva
© Guillaume Bonnaud

A la tête de l’Orchestre de Bordeaux, un jeune chef dynamique, Mikhail Tatarnikov, déjà auteur d’une belle carrière en Russie, mais qui ne nous a guère convaincu ce soir. Les phrasés sont taillés à la serpe, mais sans que cela débouche sur une véritable urgence dramatique, les mésententes avec le plateau sont nombreuses, le rythme est mécanique, et les airs manquent de tendresse.

Cette représentation laisse donc des sentiments mitigés, la partie musicale étant en deçà de ce qu’on peut espérer d’une maison de cette envergure, même si la distribution n’est pas déshonorante, alors que la mise en scène porte un regard neuf et original, une gageure pour un opéra aussi souvent monté que les Noces de Figaro.

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- Bordeaux
- Grand Théâtre
- 17 juin 2012
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Le Nozze di Figaro
- Laurent Laffargue, mise en scène ; Philippe Casaban, Eric Charbeau, décors ; Hervé Poeydomenge, costumes ; Patrice Trottier, lumières
- Trevor Scheunemann, Il Comte di Almaviva ; Susanna Philips, la Contessa di Almaviva ; Jennifer Holloway, Cherubino ; Henriette Bonde Hansen, Susanna ; David Bizic, Figaro ; Sophie Pondjiclis, Marcellina ; François Harismendy, Bartolo ; Vincent Delhoume, Basilio ; Bruno Moga, Don Curzio ; Olivera Topalovic, Barbarina ; David Ortega, Antonio
- Chœur de l’Opéra National de Bordeaux. Chef des chœurs, Alexander Martin
- Orchestre National de Bordeaux Aquitaine
- Mikhail Tatarnikov, direction






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