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New York, le rappel.

vendredi 12 septembre 2008 par Thomas Rigail
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Lorin Maazel
DR

Nous étions sorti un peu circonspect du concert de lundi soir. On nous rappelle donc et on nous demande une deuxième chance. Mais volontiers, entendre un bel orchestre, ça n’est pas si désagréable que ça. Mais cela en valait-il la peine ?

Et bien oui, parfaitement ! D’un bout à l’autre du concert, la réussite est bien supérieure au premier soir. L’orchestration de Ma mère l’Oye (et non le ballet, qui change l’ordre et ajoute deux pièces au début) ouvre le concert dans une exécution nette, sans alanguissement ni effet superflu - type d’exécution « modérée » que cette partition supporte très bien. Seuls les bois, comme déjà noté au concert précédent, manquent un peu de vie, de caractère dans le phrasé, de chatoiement, bref d’un enchantement nécessaire chez Ravel. Le jardin féérique permet aux cordes en guise d’apothéose d’afficher une sonorité soyeuse et tout à fait saisissante.

Après un sacre pesant et amorphe, on pouvait craindre le pire pour le Mandarin Merveilleux, œuvre assez proche dans sa conception et son résultat sonore... Maazel nous offre pourtant une interprétation à l’opposée du soir précédent, puissante et tenue, sans problèmes de tempo, remplie de contrastes maitrisés et de moments à couper le souffle sans pour autant jamais tomber dans l’excès. L’introduction, dont la relative lenteur n’est pas rédhibitoire (rien à voir avec le sacre de lundi soir), est tétanisante, avec des cuivres et des percussions tonitruants et diaboliques - au prix de cordes un peu légères, qui manquent d’assurance et peinent à s’imposer derrière ce magma sonore. En tout cas, le ton est donné : cuivres au meilleur de leur forme, engagement de tous les instants, forme maîtrisée qui ne perd jamais de vue ses destinations (les multiples crescendos et accélérations de la partition sont particulièrement réussis). Le solo introductif du deuxième jeu de séduction confirme que le hautbois a une sonorité médiocre et que la petite harmonie est le point faible de l’orchestre : elle manque de mystère et de caractère, et fait perdre un peu de tension à ce moment de la pièce. Mais l’entrée du Mandarin est fracassante (quels trombones !) et la poursuite finale enfiévrée, malgré quelques problèmes de mise en place sur les derniers instants. Une version exceptionnelle donc, qui sans opter pour des choix originaux (ils paraissent de toute façon hors de propos dans cette musique) offre une efficacité maximum. Que n’aurions-nous pas donné pour un Sacre du printemps avec cette ampleur et cette énergie !

En deuxième partie, la Symphonie n°4 de Tchaïkovski. La fanfare d’introduction est un peu criarde et la sonorité était peut être le seul défaut récurrent de cette très solide interprétation : la couleur d’ensemble, typique du New York Philharmonic, un peu sèche et aride, avec des cordes aigres et des bois un peu fades - les flûtes surtout (premier mouvement, exposition du thème mes.35 et suivantes) -, ne sont peut être pas la plus adaptée à cette symphonie dans laquelle on peut attendre plus de rondeur. Mais cela n’est pas très important face à l’intensité de l’exécution, l’absence de vulgarité, la maîtrise des contrastes successifs, le brio individuel des groupes instrumentaux - à commencer par les altos qui offrent une superbe phrase mes.121 à 127. Le climax qui précède le retour de la fanfare à partir de la mes.173 est également particulièrement réussi, mettant en valeur les qualités de l’orchestre - précision de la texture, puissance et rigueur des cuivres - que l’on a appris à attendre au cours de ces deux concerts, et annonce un développement tendu.

Le deuxième mouvement évite tout sirupeux, avec un thème de hautbois très bien phrasé - rendons lui cela - et des violoncelles qui enchainent tout aussi bien. Le thème secondaire voit réapparaitre un tic de Maazel, la tendance à ralentir les fins de phrases (mes.48 et 49 par exemple), sans que cela soit dommageable pour le lyrisme nuancé, sans trop plein, du mouvement. On regrettera juste, pendant le climax de la première partie mes.166 et suivantes, des cors et des timbales un peu trop volumineux, alors que la section centrale est bien équilibrée.

Le troisième mouvement est rapide et enlevé, avec des pizz bondissants et des bois qui mes.133 et suivantes imitent à merveille la sonorité de l’orgue de barbarie avec des attaques franches et une très bonne cohésion. La section cuivres/clarinette qui suit à partir de la mes.170 est également très bien nuancée, démontrant une fois de plus à la fois l’excellence des individualités et la cohérence de la vision d’ensemble de Maazel, le mouvement n’apparaissant jamais comme une succession de fragments isolés. On est loin de l’exécution fade et rigide de Chailly avec le Gewandhausorchester de Leipzig en juin également à Pleyel, ici les séquences sont non seulement en place mais caractérisées et pleines de vie, sans non plus céder à un figuralisme grossier ou aux effets ostensibles. Le quatrième mouvement, enchainé directement, est du même ordre : éclatant, vigoureux, avec de superbes cuivres encore une fois mes.84 à 91. Que dire de plus, à part qu’après avoir entendu ces réussites, on ne comprend pas comment Maazel a pu rater à ce point le sacre du soir précédent ?

En bis, Maazel a le parfait mauvais goût de nous offrir une cinquième danse hongroise presque burlesque et la Farandole de L’Arlésienne de Bizet, tout cela étant parfaitement pompeux et bruyant - on aurait apprécié plus de subtilité, mais ne boudons pas notre plaisir.

Sans être le jour et la nuit - l’orchestre présentait déjà de grandes qualités le soir précédent - ce deuxième concert parisien constituait une réussite interprétative nettement supérieure à ce que l’on avait entendu dans le sacre et le concerto de Gerswhin. Aucun des défauts - mollesse générale, incohérence de la forme, déséquilibres instrumentaux, non-respect de l’esprit des partitions - ne sont apparus de manière aussi rédhibitoire que lundi soir. Cette fois-ci, nous étions face à une véritable incarnation et à un orchestre réellement mis au service des partitions, sans jamais trop en faire. Une belle réussite en somme et une salutaire compensation à un premier concert décevant.

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- Paris
- Salle Pleyel.
- 9 Septembre 2008.
- Maurice Ravel (1875-1937) : Ma mère l’Oye (orchestration de 1911) ; Béla Bartók (1881-1945) : Le Mandarin Merveilleux op.19 ; Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : symphonie n°4 en fa mineur op.36
- New York Philharmonic
- Lorin Maazel, direction











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