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Neue Vocalsolisten Stuttgart : l’excellence

lundi 27 juin 2011 par Philippe Houbert
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Neue Vocalsolisten
© Martin Sigmund

Fin de saison parisienne pour l’EIC, assez décevante dans son ensemble et dénotant un manque de souffle et de renouveau dans les approches programmatiques. C’est pour cette raison que nous abordions le traditionnel concert monté par l’EIC en collaboration avec le festival Agora de l’Ircam avec une certaine circonspection. Trois compositeurs au programme : un italien né en 1953, un autrichien et un français nés tous deux en 1974.

Ivan Fedele a conçu nombre de ses œuvres en prenant en compte les effets de spatialisation et l’application de formules mathématiques. Rien de tel avec Animus Anima II, créé en 2009 à l’Arsenal de Metz sur une commande des Neue Vocalsolisten Stuttgart. L’œuvre, qui dure une vingtaine de minutes, est conçue comme quatre figures – le début, eros, la voix et anghelos – auxquelles l’anima emprunte des paroles à offrir au chant. Chaque partie alimente la suivante comme le feraient des petits ruisseaux nourrissant une rivière. L’auteur du texte, Giuliano Corti, précise que, afin d’éviter les pièges de la syntaxe, seuls des mots sans article sont retenus. Pas de conjugaisons ni de pronoms et seulement « des mots qui gardent une signification et génèrent des variations de sens à travers le jeu des rapprochements, des répétitions et des durées ». Animus Anima débute par un rideau de murmures et de bruits d’où surgissent quelques lignes vocales identifiables. La latinité de l’œuvre en fait une petite sœur de certaines compositions de Nono ou de Berio, mais les madrigalismes très nombreux dans les parties 1, 2 et 4 l’apparentent plutôt au second qu’au premier. On pense souvent à A-Ronne entendu tout récemment, l’humour et l’imagination permanente en moins. Il s’agit néanmoins d’une œuvre très intéressante, certainement très jubilatoire à exécuter. On pense notamment aux vocalises de la mezzo dans Voce et à l’impressionnant début d’Anghelos (l’annonciation), si proche du meilleur Messiaen. Les Neue Vocalsolisten Stuttgart y furent éblouissants de virtuosité.

« Par ici ! » de Johannes Maria Staud nous intéressa moins. Commande de l’EIC pour le festival Agora 2011 et prenant son inspiration dans quelques vers du « Voyage » de Baudelaire, cette pièce instrumentale réunit une flûte/flûte en sol, une clarinette en si bémol, un basson un cor en fa, une trompette en ut, un clavier numérique micro-tonal conçu par l’Ircam (Robin Meier), un violon, un alto, un violoncelle et une contrebasse. Si le début de l’œuvre, très lent et étiré, parvient à créer une certaine tension, la partie rapide donne le sentiment d’avoir entendu ça une bonne centaine de fois ces dernières années. La pièce tourne vite en rond, évoquant un brouillon qu’il fallait remettre au plus vite pour être créé, plus qu’une œuvre mûrement achevée.

Après l’entracte, les membres de l’EIC (clarinette, cor, percussion, piano, alto et violoncelle) et les Neue Vocalsolisten Stuttgart, donnaient la Cantate n°1 de Bruno Mantovani. Ce dernier affubla d’entrée un numéro à son œuvre, pour se forcer à en écrire au moins une seconde, conte-t-il avec humour, ce qu’il fit d’ailleurs tout récemment. La connaissance acquise de l’œuvre, via une exécution donnée par le même ensemble vocal et les musiciens de 2e2 m au théâtre Trianon de Paris il y a quelques années ainsi que par un enregistrement réalisé par les mêmes, permit évidemment une écoute plus active de cette très belle oeuvre fondée sur onze poèmes de Rainer Maria Rilke. Malgré cet apparent morcellement, la Cantate forme bien un tout homogène, les instrumentistes faisant le lien entre chaque poème. On y retrouve d’entrée le style reconnaissable de Mantovani, avec ces volutes violentes héritées de Boulez. Le premier interlude, débutant au violoncelle pour se poursuivre par des vagues pianistiques tremblotantes sur une tenue de cor est une des plus belles inspirations du jeune directeur du CNSMD de Paris. Le Gesang der Frauen an den Dichter (II), avec ses échanges de syllabes, énoncées très lentement, est un autre passage marquant de l’œuvre, de même que Herbst (IV), le très schumannien Lied der Bildsäule (V), l’interlude qui suit, la Pieta (VI) criée par la soprano sur des gammes au piano, le superbe échange de syllabes du Träume, die in deinen Tiefen wallen (VII), les vocalises sur Auferstehn (fin du X), jusqu’au déchaînement vocal et instrumental du dernier poème se fondant dans une étude à l’alto et aux percussions. Formidable œuvre composée en 2002, puis largement remaniée en 2006 et qui démontre, bien mieux que le récent Akhmatova, le talent de Mantovani pour l’écriture vocale. La qualité des textes fait peut être aussi la différence pour stimuler l’inspiration.

Un très beau concert pour conclure cette saison, un EIC manié avec grande subtilité par Susanna Mälkki et sans doute le plus bel ensemble vocal de musique contemporaine du moment, les Neue Vocalsolisten Stuttgart.

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- Paris
- Cité de la Musique
- 17 juin 2011
- Ivan Fedele (né en 1953), Animus Anima II, pour ensemble vocal
- Johannes Maria Staud (né en 1974), Par ici !, pour ensemble instrumental. Création mondiale
- Brunon Mantovani (né en 1974), Cantate n°1, pour six chanteurs et ensemble instrumental
- Robin Meier, réalisation informatique musicale Ircam
- Franck Berthoux, ingénieur du son Ircam
- Neue Vocalsolisten Stuttgart : Sarah Sun et Susanne Leitz-Lorey, sopranos ; Truike van der Poel, mezzo-soprano ; Daniel Gloger, haute-contre ; Martin Nagy, ténor ; Guillermo Anzorena, baryton ; Andreas Fischer, basse
- Ensemble Intercontemporain
- Susanna Mälkki, direction











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