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« Ne loupez pas Lupu ! »

mercredi 22 avril 2009 par Philippe Houbert
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Radu Lupu
DR

Tel est bien le contenu du texto que toute personne ayant réservé sa place à ce concert pré-pascal aurait du recevoir afin de lui rappeler que le pianiste roumain se produisait en première partie, soit à 19 heures et des poussières, le temps pour Ivan Fischer d’expédier l’ouverture de Coriolan, et non à 20 heures, horaire habituel des concerts à la salle Pleyel. Ceci aurait permis d’éviter que de nombreux spectateurs, dont notre collègue Théo Bélaud, ratent le seul moment notable d’un concert bien décevant par ailleurs.

Mais quel moment !

Cela faisait quelque temps que nous n’avions pas entendu Radu Lupu dans Mozart au concert.
On sait que le concerto n°27, dernier de la série, est des plus redoutables, par sa simplicité même, et que, même au disque, on peut compter sur les doigts d’une petite main les versions qui rendent compte de ce chef d’œuvre incomparable (Guilels, Richter, Serkin, Kempff, Haskil).

Nous n’hésitons pourtant pas à affirmer que ce que Radu Lupu a donné le 11 avril était de ce niveau. Oh certes, ce n’est pas sur l’apparence ni les attitudes que le pianiste roumain va essayer de nous séduire. Entrée lourde d’un ours mal réveillé, promenant une sorte de morgue désabusée : un peu Ion Tiriac des mauvais jours. Mais dès que le musique commence, on le sent transformé, ailleurs. Le seul pianiste qui, au concert, nous ait donné cette impression de métamorphose physique, fut Rudolf Serkin, professeur Nimbus en arrivant sur scène, transformé en enfant avec des étoiles dans les yeux dès qu’il jouait. Comparaison qui s’impose d’autant plus que Lupu et Serkin se retrouvent sur le même répertoire restreint, travaillé jusqu’à plus soif : Mozart, Beethoven (mais pas tout), Schubert, Brahms, et quelques babioles autour.

Mais qu’il est difficile de caractériser ce jeu et d’en faire ressortir ce qui le rend unique ! Est-ce à cette position, assis très au fond de sa chaise, les bras presque tendus, que l’on doit ce toucher affirmé sans être brutal, ces articulations qui paraissent si simples mais que personne d’autre ne nous donne aujourd’hui dans Mozart, cette dramaturgie sans excès et sans sensualité forcée ? On ne sait si c’est par agacement à l’égard du chef Ivan Fischer, mais Lupu prend les rênes de la direction à de nombreuses reprises, notamment durant tous les dialogues avec la petite harmonie où le pianiste dirige de la main gauche (nous avons eu nettement le sentiment que Lupu trouvait la direction de Fischer trop lente).
Que dire de plus, si ce n’est qu’il fallait être de pierre pour ne pas craquer devant la beauté incommensurable du passage en mineur au début du développement du premier mouvement, la cadence du même (est ce l’émotion ressentie qui fit faire un beau couac à l’un des cors du Concertgebouw lors du retour orchestral ?), le phrasé d’une simplicité biblique du Larghetto (« trop difficile pour les adultes, trop facile pour Lupu » aurait dit Schnabel). Du très grand art, au point de faire oublier l’accompagnement orchestral, somme toute assez banal.

Malheureusement, Ivan Fischer, laissé à lui-même pour le reste du programme consacré à Beethoven – ouverture de Coriolan avant le concerto, ouverture Les Créatures de Prométhée et symphonie n°8 en seconde partie – nous livra une interprétation qui, à défaut de cœur, de sang et de nerfs, se contenta d’une démonstration de muscles.
Tout fut joué une bonne nuance dynamique au-dessus de ce qu’indique la partition – ce qui empêche évidemment toute lisibilité dans l’échelle dynamique (crescendo des cordes graves inaudible à la fin du premier mouvement de la symphonie), avec une formation du Concertgebouw qui ne se souciait guère de l’apport des Gardiner, Brüggen ou autres Harnoncourt (même problème récemment avec la deuxième symphonie donnée par le Gewandhaus et Riccardo Chailly), le tout aboutissant à des lourdeurs assez hors sujet (finale de la symphonie) et mettant mal à l’aise un orchestre qu’on avait connu à plus belle fête, notamment lors de mémorables Tableaux d’une exposition avec Maris Jansons l’an dernier.

De l’humour dans l’allegro scherzando ? Point du tout ! Du chant dans le « tempo di minuetto » ? Vous n’y pensez pas ? Des références à papa Haydn dans le finale ? Pas de ça chez nous, adressez vous à son frère Adam, peut être.

Décidément, après une quatrième symphonie de Mahler où chaque note était sur-interprétée (l’an dernier avec l’Orchestre du Festival de Budapest – mais il paraît que le récent disque est bien meilleur), Ivan Fischer, chef très surévalué à notre sens, nous livra un Beethoven body-buildé, fort prisé du public, devons-nous ajouter. Des muscles, mais pas de nerfs.

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– Paris
- Salle Pleyel
–11 avril 2009
- Ludwig Van Beethoven (1770-1827), Ouverture de « Coriolan » Op.62 ; Ouverture des « Créatures de Prométhée » Op.43 ; Symphonie n°8 en fa majeur Op.93
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Concerto pour piano et orchestre n°27 en si bémol majeur KV595
- Radu Lupu, piano
- Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam
- Ivan Fischer, direction






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