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Nathalie Manfrino chante Massenet à Avignon

samedi 7 juillet 2012 par Emmanuel Andrieu
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Nathalie Manfrino
© Robin François

Pour la deuxième fois cette saison - après son incarnation de Marguerite dans le Faust de Gounod - Nathalie Manfrino foulait les planches de l’Opéra-Théâtre d’Avignon. En cette année de centenaire de la mort de Massenet, c’est à un récital entièrement consacré au compositeur stéphanois que la délicieuse soprano française avait convié un public provençal…malheureusement clairsemé.

En première partie, après une exécution d’un bel impact émotionnel du fameux Siegfried Idylll de Richard Wagner - par l’Orchestre lyrique de région Avignon-Provence placé sous la houlette du chef argentin Yeruham Scharovsky -, Nathalie Manfrino s’attaque à des raretés du répertoire massenetien. Elle débute avec le magnifique air d’Ariane (1906) « Ils mentaient, à quoi bon ». Domptant - à la scène - un vibrato qui s’avère bien souvent envahissant dans le disque qu’elle a récemment gravé pour Decca, elle convainc dans cet air pourtant écrit à l’intention du format vocal wagnérien de Lucienne Bréval. Le medium est en effet suffisamment corsé, les graves nourris et la voix large pour rendre justice à cette page.

Elle s’attaque ensuite à l’air de Cléopâtre « J’ai versé le poison », tiré de l’ouvrage éponyme de Massenet - le dernier qu’il composera. C’est ainsi une œuvre qui tranche complètement avec ses opus précédents, où le compositeur tente de retrouver la pureté, l’austérité et le sublime des ouvrages de Gluck et de ses suiveurs, Cherubini et Spontini en tête. Nathalie Manfrino y fait merveille grâce à la noblesse de son phrasé et à sa diction irréprochable. Elle incarne avec majesté la grandeur royale de l’héroïne autant que la féminité de la femme blessée, qui a décidé de mettre un terme à ses jours.

Les deux airs qui suivent, tirés d’Esclarmonde, sont d’une nature et d’un défi tout autre. Ecrit pour Sibyll Anderson, immortalisé au disque par Joan Sutherland, ce rôle hors norme s’inspire du modèle wagnérien et straussien. Là aussi il est question d’une femme dont les amours sont contrariées, « Ô Roland, tu m’as trahie », et Nathalie Manfrino s’y montre bouleversante, grâce à un chant baigné de larmes - et d’une troublante sensualité.

En seconde partie, après une exécution pleine de verve et d’élégance de Ma Mère l’Oye de Maurice Ravel, c’est un répertoire plus « convenu » que la soprano et l’orchestre proposent à l’auditoire : Hérodiade, Werther et Manon. Elle en interprètes les pages les plus célèbres : « Il est doux, il est bon », « Je suis encore tout étourdie » ou encore « Adieu notre petite table ». Dans les airs extraits de Manon notamment, elle s’avère confondante de naturel, de touchante simplicité et de vérité. La couleur virginale de son timbre, son art des nuances et la sensualité de ses accents émerveillent et comblent une audience qui lui fait une incroyable - et légitime - fête à l’issue de ce dernier air inscrit au programme. Et au-delà de ses qualités vocales propres, c’est aussi son bonheur de chanter, son évidente générosité, son enthousiasme communicatif et la sympathie immédiate qu’elle inspire, qui font fondre le public.

En remerciement, elle chante en bis une rareté étonnante, à savoir la fameuse Méditation de Thaïs - transformée en Ave Maria et composé par Massenet pour honorer une commande privée - qui clôt en beauté un concert enthousiasmant !

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- Avignon
- Opéra-Théâtre
- 08 juin 2012
- Maurice Ravel (1875-1937), Ma mère l’Oye.
- Richard Wagner (1813-183), Siegfried Idyll.
- Jules Massenet (1842-1912), Ariane : Ils mentaient, à quoi bon - C’était si bon ; Cléopâtre : J’ai versé le poison ; Esclarmonde : Pastorale ; Esclarmonde : Roland ! Roland ! - Comme il tient ma pensée ; Esclarmonde : Ô Roland, tu m’as trahi - Regarde-les ces yeux ; Grisélidis : La mer, et sur les flots toujours bleus ; Hérodiade : Celui dont la parole - Il est doux ; Werther : Prélude - Clair de lune ; Manon : Je suis encore tout étourdie ; Manon : Restons ici puisqu’il le faut - Allons ! Il le faut ! ; Manon : Adieu notre petite table. En bis : Méditation de Thaïs (version vocale)
- Nathalie Manfrino, soprano
- Orchestre lyrique de région Avignon-Provence
- Yeruham Scharovsky, direction





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