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Natalia Gutman et Elisso Virsaladzé, deux géantes au Louvre

vendredi 5 juin 2009 par Carlos Tinoco
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Natalia Gutman ; Elisso Virsaladzé
DR

Le violoncelle de Natalia Gutman est parfois râpeux. L’archet écrase la corde, fait entendre sa reprise, notamment au talon, dérape à l’occasion d’un bariolage. La justesse peut être approximative, la note est souvent prise par en dessous, notamment lors des glissandos. Le violoncelle de Gutman n’est décidément pas du beau violoncelle. C’est du violoncelle sublime. Il y a de l’infini dans ce chant-là. Quant au piano de Virsaladzé ? Parfait, si la perfection existe en musique. Etourdissant. C’est un ouragan qui a soufflé sur l’auditorium du Louvre.

Il s’agissait pourtant d’un remplacement au pied levé suite à des problèmes d’épaule de Truls Mork. « Un remplacement ? Encore ? Ces musiciens sont fragiles… C’est qui la violoncelliste ? Une Russe ? Le programme dit qu’elle a été l’élève de « Rostro ». Et la pianiste ? Une Russe aussi ? Elle est née à Moscou ? Elle joue trop fort. Qu’est-ce qu’elle tape ! Elle ne sait faire que ça ! Et le violoncelle, c’est pas du Casals ! » Ça pérorait dans les travées. Forcément, des remplaçants, ça ne peut pas être du même niveau. Sauf que, outre leur notoriété (surtout pour Natalia Gutman, s’agissant de l’hexagone), ces deux petites dames russes qu’on imagine prenant le thé devant un samovar sont de l’airain des colosses. Elle tape, Virsaladzé ? Oui, son piano est souvent percussif, comme pouvait l’être celui d’un Serkin, et d’ailleurs, en fermant les yeux, c’est justement son duo avec Casals qu’on entendait parfois dans la première sonate op. 5 de Beethoven. Parfois, car Gutman et Virsaladzé ne sont la copie de personne, c’est un couple unique.

1796, c’est la date de la composition de la sonate Opus 5 n°1, l’année aussi de la campagne d’Italie qui voit naître aux yeux de l’Europe ce futur empereur qui fascinera Beethoven. Il y a un souffle épique dans cette sonate, et le traitement du duo piano-violoncelle obéit aussi à une logique d’affrontement. Elisso Virsaladzé n’était pas au Louvre l’accompagnatrice de Natalia Gutman car dans cette écriture le piano n’accompagne pas le violoncelle, il se mesure à lui. Les phrases de Gutman étaient des élancements douloureux et les réponses de Virsaladzé des tourbillons fiévreux. Leur emprise ne s’est relâchée à aucun moment ; elles nous ont donné un Beethoven titanesque, l’un des plus beaux qu’on ait entendu, au concert comme au disque.

La sonate op. 36 de Grieg, à l’écriture pourtant piégeuse car un peu répétitive (notamment dans le dernier mouvement), a été emporté dans cet élan lyrique passionné. Gutman et Virsaladzé ont porté son postromantisme jusqu’à l’incandescence. Il restait l’Opus 19 de Rachmaninov, celle-là même qu’avaient jouée quelques jours plus tôt Gabriela Montero et Gauthier Capuçon. La même ? Non, il doit y avoir erreur. Rachmaninov a dû composer deux sonates pour violoncelle op. 19. Gutman et Virsaladzé ont joué l’autre, la russe, celle qui gronde, celle où le piano est rageur et tourmenté. Celle où le violoncelle gémit sans cesse. En cette fin de concert au Louvre, la Volga était en crue.

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- Paris
- Auditorium du Louvre
- 03 juin 2009
- Ludwig Van Beethoven (1770-1827), Sonate pour piano et violoncelle en Fa majeur Op.5 n°1
- Edvard Grieg (1843-1907), Sonate pour piano et violoncelle en la mineur Op. 36
- Serge Rachmaninov (1873-1943), Sonate pour piano et violoncelle en sol mineur Op.19
- Natalia Gutman, violoncelle
- Elisso Virsaladzé, piano











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