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Munich, comme si vous y étiez

mercredi 23 décembre 2009 par Karine Boulanger
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Anja Harteros
DR

Le Théâtre des Champs-Elysées présentait, pour une unique soirée, une version concert de la Bohème avec les forces de l’Opéra de Munich. Le moins que l’on puisse dire est que l’ensemble, à quelques bémols près, faisait honneur à la réputation de la grande maison bavaroise.

La distribution était à bien des égards représentative de celles que parvient à réunir l’opéra avec, autour de personnalités attachées régulièrement au Staatsoper, des interprètes connus ou non réunis pour l’occasion et complétant harmonieusement l’affiche. Anja Harteros fait partie des chanteurs qui ne laissent jamais indifférent. Son répertoire est éclectique, de Haendel à Wagner, en passant par Mozart, Verdi et Puccini, et l’interprète possède un tempérament qui, allié à une voix naturellement expressive, fait souvent merveille et gomme parfois quelques défauts stylistiques ou vocaux. Le rôle de Mimi risquait d’être trop étroit pour une telle artiste, dont la voix au timbre métallique ne possède pas, a priori, la rondeur à laquelle nous sommes habitués pour ce personnage. Pourtant, Anja Harteros parvient a suggérer la fragilité du personnage, maîtrisant l’ampleur de la voix, jouant sur les piani parfois au risque de détimbrer, nuançant son phrasé, n’hésitant pas à rendre les respirations audibles. Cette Mimi, très étudiée n’en perd pas pour autant tout naturel et émeut à de nombreuses reprises. Le tempérament et le sens de la tragédie de la chanteuse est en parfaite adéquation avec le troisième tableau ; le quatrième tableau, quant à lui, est admirable de simplicité (« Sono andati »).

Vittorio Grigòlo, remplaçant Joseph Calleja initialement prévu, dispose d’une voix lyrique, brillante, capable de belles nuances, mais à l’intonation parfois déficiente (attaques trop hautes au premier tableau). Malgré l’habitude du rôle qu’à manifestement le chanteur, Rodolfo semble parfois à la limite de ses moyens, comme en témoignent des aigus tenus à la limite de la rupture (« Che gelida manina »). On regrettera aussi une nette tendance à chanter forte/fortissimo, en contradiction avec le chant si nuancé de sa partenaire.

Parmi les comparses de Rodolfo, on distinguera Levente Molnár en Marcello, Christian van Horn (Colline) livrant un air très émouvant au quatrième tableau (« Vecchia zimarra »). Christian Rieger (Schaunard) n’est cependant pas au même niveau, au chant manquant de tenue et à la diction inintelligible. Elena Tsallagova, soprano d’essence plutôt légère et avare de couleurs, manque trop de sensualité pour camper une Musetta réellement convaincante, dont elle ne semble d’ailleurs retenir que le côté « peste ». Le personnage perd ainsi son côté attachant et son piquant. Le rôle de Benoît avait été confié à Alfred Kuhn, chanteur dont la longue carrière suscite certes le respect, mais qui ne peut désormais que pratiquer une sorte de parlando dans tous les rôles qui lui sont désormais confiés.

L’ensemble était placé sous la direction d’Asher Fisch, vivante, très émouvante au quatrième tableau. Les chœurs étaient de leur côté sans reproches pour cette très belle version de concert de la Bohème.

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- Paris
- Théâtre des Champs Elysées
- 15 décembre 2009
- Giacomo Puccini (1858-1924), la Bohème, opéra en 4 tableaux, livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica d’après les Scènes de la vie de bohème de Henri Murger
- Mimi, Anja Harteros ; Musetta, Elena Tsallagova ; Rodolfo, Vittorio Grigòlo ; Marcello, Levente Molnár ; Schaunard, Christian Rieger ; Colline, Christian van Horn ; Parpignol, Nam Won Huh ; Benoît, Alfred Kuhn ; Alcindoro, Rüdiger Trebes ; douanier, John Chest ; sergent des duanes, Il Hong
- Chor der Bayerischen Staatsoper ; Chef de chœur, Andrés Máspero
- Das Bayerisches Staatsorchester
- Maîtrise de Radio France ; chef des chœurs, Sofi Jeannin
- Asher Fisch, direction











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