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Münchner Opernfestspiele 2010 : München, Richard-Strauss-Stadt

dimanche 8 août 2010 par Karine Boulanger
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Diana Damrau (Aminta)
© Wilfried Hösl

Après une production remarquable d’Ariane à Naxos, l’Opéra d’Etat de Bavière propose une nouvelle mise en scène très réussie de la Femme Silencieuse. Créée en 1935 à Dresde par Karl Böhm, mais encore assez rare sur les scènes lyriques, l’ultime collaboration de Richard Strauss et Stefan Zweig est une comédie alerte basée sur la pièce de Ben Jonson mettant en scène un ancien marin bougon et maniaque, ne supportant pas le moindre bruit. Retrouvant son neveu après plusieurs années d’absence, il le chasse cependant, découvrant que le jeune homme a abandonné ses études pour la scène et fait désormais partie d’une troupe d’opéra. Fâché, le neveu, grâce à l’entremise du barbier de son oncle, prend au piège le vieil homme en lui faisant miroiter des noces avec une gentille jeune femme, réputée pour sa modestie et sa discrétion. Bien entendu, celle-ci se révèle être après la cérémonie une femme acariâtre, dépensière et surtout bruyante.

La mise en scène de Barrie Kosky se caractérise par sa sobriété, le plateau restant nu, à l’exception d’un espace central surélevé où prend place la plus grande partie de l’action et où se situent les appartements de Sir Morosus. L’ensemble se distingue par une excellente direction d’acteurs et un sens aigus des mouvements de foule, notamment à l’entrée de la troupe d’opéra au premier acte, passage bouffe particulièrement réussi qui voit le défilé de héros et héroïnes d’opéra (Butterfly, Violetta, Brünnhilde, Wotan, Escamillo, Rigoletto, Tosca, Lucia di Lammermoor, mais aussi les straussiens Salomé et Octavian…) dans une fausse confusion brillamment gérée et d’un effet comique parfait. Au second acte, les trois fausses jeunes filles sont chacune habillées de dirndl allant du plus vulgaire au plus recherché. Au lever de rideau au troisième acte, la plateforme centrale bascule et se relève, formant un coffre géant d’où s’écoulent des pièces de monnaie évoquant la fortune du marin, dilapidée par une épouse coquette et capricieuse. L’apparente simplicité du dispositif, la volonté de montrer le théâtre et ses coulisses, rappellent les choix de la mise en scène d’Ariane à Naxos de Robert Carsen sur cette même scène, une œuvre proposant elle aussi une réflexion sur le théâtre et où représentation et réalité s’entremêlent étroitement.

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Damien Liger (Papagei), Steven Humes (Farfallo), Franz Hawlata (Morosus), Toby Spence (Henry), Diana Damrau (Aminta)
© Wilfried Hösl

Musicalement, cette production se situe au même niveau que les représentations d’Ariane à Naxos avec un ensemble de chanteurs de premier ordre, tenus par la baguette de Kent Nagano. Le chef d’orchestre reste attentif à restituer à la partition toute sa vivacité et son brillant, tout en veillant à laisser s’épanouir le lyrisme et la tendresse marquant certains passages (« Ja, das wär’ schön », acte I) et rendant justice à la verve comique d’une partie des situations (« Still ? um Mitternacht still ? », acte I), les finals des deux premiers actes étant gérés magistralement, portés par une distribution dans l’ensemble impeccable.

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Franz Hawlata (Morosus), Nikolay Borchev (Barbier)
© Wilfried Hösl

Franz Hawlata, malgré une voix très fatiguée et une intonation souvent imprécise (« Ja, das wär’ schön », acte I), utilise son sens du comique pour camper un Sir Morosus irrésistible, attentif à la tristesse et à la nostalgie du personnage, rendant cet « ours mal léché » plutôt attachant. Au second acte, son portrait d’un homme maladroit et amoureux fait merveille dans un duo avec Aminta très tendre, soutenu par un orchestre attentif. Le chanteur sait aussi émouvoir lorsque Sir Morosus se met à nu (« Wie Jugend doch vom Alter spricht », acte II). Toby Spence est remarquable dans le rôle du neveu, exhibant de beaux aigus (fin de l’acte II, duo avec Aminta) et une puissance lui permettant de tenir parfaitement un rôle à l’écriture particulièrement tendue. La vivacité et l’abattage de Diana Damrau sont une nouvelle fois parfaitement appropriés à ce rôle de coquette au grand cœur qu’est Aminta. La rondeur de la voix de la soprano, son sens des nuances lui permettent de camper une jeune femme douce et réservée à l’acte II et traduit bien l’embarras d’Aminta qui commence à regretter la mascarade jouée à Sir Morosus. La virtuosité de ses coloratures lui permet de se jouer des difficultés vocales accumulées au troisième acte. Le reste de la distribution est sans faille, avec notamment une Isotta (Elena Tsallagova ) séductrice et coquette, un barbier plein de gouaille (Nikolay Borchev), une gouvernante cancanière à souhait (Catherine Wyn-Rogers ), des comparses et des chœurs irréprochables.

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- Munich
- Prinzregententheater
- 30 juillet 2010
- Richard Strauss (1864-1949), Die schweigsame Frau, opéra comique en 3 actes, livret de S. Zweig d’après Ben Jonson
- Mise en scène, Barrie Kosky ; décors et costumes, Esther Bialas ; lumières, Benedikt Zehm ; dramaturgie, Olaf A. Schmitt
- Sir Morosus, Franz Hawlata ; l’intendante, Catherine Wyn-Rogers ; le barbier, Nikolay Borchev ; Henry Morosus, Toby Spence ; Aminta, Diana Damrau ; Isotta, Elena Tsallagova ; Carlotta, Anaïk Morel ; Morbio, Christian Rieger ; Vanuzzi, Christoph Stephinger ; Farfallo, Steven Humes ; le perroquet, Damien Liger
- Chor der Bayerischen Staatsoper. Chef de choeur, Andrés Máspero
- Bayerisches Staatsorchester
- Kent Nagano, direction






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