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Münchner Opernfestspiele 2010 : Tannhaüser

mardi 17 août 2010 par Karine Boulanger
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© Wilfried Hösl

Plus de quinze ans après sa création, la production de Tannhaüser de David Alden figurait en clôture du Festival d’opéra de Munich, défendue par une solide distribution réunie autour du Tannhäuser de Peter Seiffert.

La mise en scène de David Alden [1], reprise par les soins de Natascha Ursuliak, s’articule autour de deux thèmes principaux : l’inconscient du poète créateur et le contexte nationaliste de l’Allemagne de la fin du XIXe siècle. Les décors monumentaux mais sobres de Rori Toren présentent quelques éléments architecturaux signifiants dominés par le noir et le blanc : une immense colonne, une lourde corniche, et une paroi amovible percée de portes symbolisant les choix de Tannhäuser, mais aussi ceux d’Elisabeth. Le rideau s’ouvre dès l’ouverture sur un plateau peuplé par toute une série de créatures étranges, certaines issues des chansons de geste médiévales, d’autres encore évoquant les fantasmagories de Jérôme Bosch. Ce monde dominé par des parois blanches fait place au cauchemar, le poète devenant prisonnier de cet univers, tandis que la porte symbolisant le monde extérieur, s’éloigne de plus en plus. C’est dans cet univers, vêtue de rouge et juchée sur le socle de la colonne placée sur la droite du plateau, qu’apparaît Vénus, une femme séductrice et dominatrice. Lorsque Tannhäuser parvient à quitter le Venusberg, il est projeté dans un monde désolé, clos au fond par un mur près de s’écrouler, où les pèlerins partant pour Rome ploient sous le poids d’énormes rochers symbolisant leurs péchés.

Au second acte, le décor évoque une salle de spectacle au fond de laquelle apparaît l’inscription « Germania nostra » en grandes lettres blanches, tandis que les chœurs entrent progressivement pour honorer le Landgrave. Elisabeth, tenant des lys, est enveloppée d’un voile blanc, placée sur une table, encadrée de chandeliers, telle une madone. Au troisième acte, le décor paraît s’être effondré, la corniche fragmentée à terre, les murs lézardés, l’inscription lacunaire. Après toutes ces années, la production a sans doute perdu un peu de sa force, mais bénéficie d’une direction d’acteurs efficace, à défaut d’être particulièrement fouillée.

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© Wilfried Hösl

La distribution est dominée par le Tannhäuser de Peter Seiffert, l’un de ses meilleurs rôles, lui permettant de faire valoir le lyrisme de sa voix, mais aussi sa puissance, le chanteur n’étant jamais couvert par l’orchestre, y compris pendant les finals. Passée une légère incertitude au premier acte dans la première partie de « Dir töne Lob ! », Peter Seiffert utilise le mordant de sa voix et sa vaillance pour traduire toute la volonté du poète, déterminé à quitter le Venusberg. La scène du concours est tendue, mais la fin du second acte montre un interprète poignant, clamant « Erbarm dich mein ! » de façon déchirante, parfois au bord du sanglot. Le récit du troisième acte est magistral, malgré une légère fatigue dans les phrases les plus exposées, Tannhäuser entamant la scène plein de sarcasme, d’aigreur et d’amertume (« Den Weg zum Venusberg »), puis brisant la ligne de chant sur « Die Stätte, wo ich raste ist verflucht ». L’interprétation culmine sur le récit de la condamnation du pape avec un « Da sank ich in Vernichtung » atone.

Face à cet interprète exceptionnel, Petra-Maria Schnitzer tire le meilleur parti de sa voix de grand lyrique, ample et puissante, pour son entrée éclatante (« Dich, teure Halle », acte II), soutenue par un orchestre fébrile. Trouvant avec la sainte hongroise l’un de ses meilleurs rôles, la soprano possède la jeunesse requise pour le duo avec Tannhäuser (« So stehet auf »), marqué par la délicatesse de ses interrogations. L’autorité de l’interprète éclate dans la seconde partie de l’acte II, avec un « Der Unglücksel’ge » émouvant mais ferme et un « Seht mich, die Jungfrau » d’une très grande douceur. La prière du troisième acte, en revanche, peine à émouvoir malgré la qualité du chant. Petra Lang en Vénus semble malheureusement en méforme, la voix dure, impérieuse plutôt que séductrice, affligée d’un vibrato envahissant et à l’intonation précaire. La chanteuse semble plus à l’aise dans les parties aiguës de la partition, les graves restants trop légers et le chant avare de nuances.

Christian Gerhaher est en revanche un Wolfram exceptionnel, sa longue fréquentation du Lied lui permettant de doser les effets, de jouer sur les mots et la diction. L’air de concours (acte II) est superbement chanté, avec un réel sens de la poésie, mais aussi une véritable puissance qui permet au chanteur d’avoir l’autorité nécessaire pour faire face à Tannhäuser lors de la querelle du concours, mais aussi pour lui opposer une véritable réplique lors du retour de Rome. L’air du troisième acte est exceptionnel, porté par la douceur du phrasé des violoncelles. Hans-Peter König dispose d’une très belle voix de basse, traduisant parfaitement la noblesse du personnage du Landgrave (scène avec Elisabeth, allocution précédant le concours, acte II). Les plus petits rôles sont dans l’ensemble très bien tenus, en particulier le jeune pâtre au chant nuancé et à l’intonation sûre, seul le Walter d’ Ulrich Reß à la voix fatiguée déparant l’ensemble.

Les chœurs n’appellent que les plus grands éloges, tout comme l’orchestre, dirigé par Kent Nagano, réussissant le tour de force d’enchaîner Lohengrin, Die schweigsame Frau et Tannhäuser sur trois jours. L’ouverture est marquée par le thème des pèlerins martelé, amené peut-être un peu brutalement, le chef semblant privilégier les cuivres par rapport aux cordes (un choix qui, plus tard, déséquilibre légèrement le final de l’acte I), enchaînée directe à la bacchanale presque exaspérée. Le chef d’orchestre veille constamment à offrir un véritable soutient aux chanteurs (supplications de Vénus, acte I), sans jamais les couvrir. Nagano montre de nouveau de grandes qualités dramatiques (final de l’acte II) avant d’ouvrir le troisième acte par un prélude aux tempi allants, puis un chœur des pèlerins majestueux. Une belle conclusion pour l’un des plus riches festivals d’opéra européens.

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- Munich
- Nationaltheater
- 31 juillet 2010
- Richard Wagner (1813-1883), Tannhäuser, opéra en 3 actes
- Mise en scène, David Alden, reprise de Natascha Ursuliak ; décors, Rori Toren ; costumes, Buki Shiff ; chorégraphie, Vivienne Newport ; lumières, Pat Collins
- Hermann, Hans-Peter König ; Tannhäuser, Peter Seiffert ; Wolfram von Eschenbach, Christian Gerhaher ; Walter von der Vogelweide, Ulrich Reß ; Biterolf, Christan van Horn ; Heinrich der Schreiber, Kenneth Roberson ; Reinmar von Zweter, Christoph Stephinger ; Elisabeth, Petra-Maria Schnitzer ; Venus, Petra Lang ; un pâtre, quatre écuyers, solites du Tölzer Knabenchor
- Chor der Bayerischen Staatsoper. Chef de choeur, Andrés Máspero
- Bayerisches Staatsorchester
- Kent Nagano, direction

[1] filmée en 1995 avec René Kollo, Nadine Secunde, Waltraud Meier et Bernd Weikl dirigés par Zubin Mehta, publiée par Arthaus











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