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Münchner Opernfestspiele 2010 : reprise de Lohengrin

samedi 7 août 2010 par Karine Boulanger
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© Wilfried Hösl

Un an après sa création in loco, la direction de l’Opéra de Munich proposait de nouveau la production de Lohengrin dans la mise en scène de Richard Jones, avec une distribution en partie renouvelée. Si le concept de la mise en scène et son aspect visuel n’invitent pas à de plus amples commentaires que ceux qu’ils avaient déjà suscités l’année précédente, la partie musicale en revanche, différait légèrement de celle de la dernière édition, tout en restant de très haut niveau.

En effet, après l’impressionnante prise de rôle de Jonas Kaufmann, son remplacement, pour cause de débuts au Festival de Bayreuth, par Robert Dean Smith dans le rôle titre semblait avoir quelque peu fait retomber l’effervescence causée l’année dernière autour de cette nouvelle production de l’œuvre de Wagner. Pourtant, on aurait eu bien tort de bouder cette reprise car le ténor américain retrouve avec Lohengrin un rôle parfaitement à adapté à ses moyens. Habitué depuis plusieurs années des rôles wagnériens plus lourds, tels que Siegmund ou surtout Tristan, Robert Dean Smith revient régulièrement à Lohengrin, un rôle dans lequel sa voix lyrique, au timbre relativement clair et aux aigus encore aisés est particulièrement mise en valeur. La musicalité du chanteur, son sens de la poésie (« Das süße Lied verhallt », acte III), mais aussi son autorité (fin de l’acte II) lui permettent de dresser un portrait complet, auquel il ne manque peut-être qu’un peu plus de puissance pour faire face aux grands ensembles dominés par les chœurs et l’orchestre (acte II). « In fernem Land » (acte III) est superbement chanté, avec un grand sens des nuances.

Face à lui, Anja Harteros est une Elsa toujours aussi émouvante, dotée de moyens impressionnants, d’un timbre immédiatement reconnaissable, plus corsé que ceux choisis d’ordinaire pour ce rôle. La chanteuse fait aussi valoir un sens exceptionnel des nuances (« Ich sank in süßen Schlaf », acte I, presque murmuré, par exemple, « Sein Ehgemahl » énoncé rêveusement avec une certaine sensualité, acte II). L’ensemble culmine sur un duo d’une grande douceur avec Lohengrin à l’acte III, bénéficiant d’un beau soutien de l’orchestre dirigé par Kent Nagano, basculant sur l’insistance d’Elsa à apprendre l’identité du héros, passant rapidement de l’inquiétude à une panique déchirante lorsqu’elle formule enfin sa demande.

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© Wilfried Hösl

Les interactions avec Ortrud, défendue cette année par Waltraud Meier, bénéficient des tempéraments des deux actrices, la mezzo montrant une fausse sollicitude envers la jeune Elsa à l’acte I (introduction orchestrale de « Seht ihn ! Sie naht », puis attente du deuxième appel du héro) avant de maîtriser difficilement sa haine à l’acte II (transition après « Euch Lüften » où la douceur du phrasé d’Harteros contraste subitement avec la dureté de l’appel d’Ortrud). Waltraud Meier dessine le portrait d’une femme violente, plus manipulatrice que séductrice, accablant Telramund de mépris et de sarcasme (duo de l’acte II). La cantatrice semble cependant fatiguée, manquant d’autorité dans la seconde partie de l’acte II (« Zurück Elsa ! ») et frisant l’accident pour les imprécations de la fin de l’acte III. Wolfgang Koch insuffle au rôle de Telramund un côté plus calme, plus insinuant qu’à l’accoutumée. La voix est assez claire, sans que la partie grave de la tessiture ne pose cependant le moindre problème. Si le chanteur ne commet jamais l’erreur de crier dans ce rôle, on remarque cependant une certaine tendance à détimbrer à des fins expressives (duo avec Ortrud, acte II, après une première partie particulièrement investie).
Günther Groissböck, doté d’une belle voix de basse, prête au roi Heinrich son autorité naturelle et une certaine sévérité. Le héraut, confié à Evgeny Nikitin, et les plus petits rôles n’appellent que des éloges, tout comme les chœurs, malgré une légère imprécision lors de l’arrivée de Lohengrin (« Ein Wunder ! », acte I).

Comme l’année précédente, la représentation était dirigée par Kent Nagano qui, après un prélude un peu incertain, manquant de consistance, livre une interprétation d’une grande force dramatique, souvent dominée par des tempi relativement rapides, au risque de brouiller un peu l’architecture du final du premier acte. Le prélude du second acte est inquiétant, le duo entre Ortrud et Telramund très bien mené, animé, le chef veillant à ne pas couvrir les interprètes (imprécations d’Ortrud), culminant sur un très beau « Es gibt ein Glück » magnifiquement soutenu par les cordes. Le troisième acte se situe sur les mêmes sommets et démontre, s’il en était besoin, les qualités de l’orchestre (précision des attaques, homogénéité des pupitres).

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- Munich
- Nationaltheater
- 29 juillet 2010
- Richard Wagner (1813-1883),Lohengrin, opéra romantique en 3 actes
- Mise en scène, Richard Jones ; décors et costumes, Ultz ; lumières, Mimi Jordan Sherin ; mouvements chorégraphiques, Lucy Burge ; video, Silke Holzach ; dramaturgie, Rainer Karlitschek
- Heinrich der Vogler, Günther Groissböck ; Lohengrin, Robert Dean Smith ; Elsa von Brabant, Anja Harteros ; Friedrich von Telramund, Wolfgang Koch ; Ortrud, Waltraud Meier ; Héraut, Evgeny Nikitin ; 4 nobles brabançons, Francesco Petrozzi, Kenneth Roberson, Todd Boyce, Il Hong ; 4 écuyers, solistes du Tölzer Knabenchor
- Chor der Bayerischen Staatsoper. Chef de choeur, Andrés Máspero
- Bayerisches Staatsorchester
- Kent Nagano, direction






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