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Münchner Opernfestspiele 2009 : Macbeth

dimanche 2 août 2009 par Richard Letawe
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© Wilfried Hösl

Cette saison, l’Opéra de Bavière a fait la part belle à Verdi, ce qui se retrouve bien entendu dans la programmation du festival de juillet, qui propose cinq de ses opéras : Luisa Miller, Nabucco, Falstaff, Otello et Macbeth qui nous occupe ce soir.

La mise en scène de ce Macbeth est l’œuvre de Martin Kusej, dont nous avons souvent subi les parti pris et les idées de relecture saugrenues, mais qui pour cette fois réalise un spectacle un peu bizarre, pas toujours intelligible, mais qui au moins se laisse regarder, et ne nous afflige pas ses habituels décors en murs blancs.

Kusej place l’action dans une époque difficile à préciser, entre aujourd’hui et les années 40. Sa principale idée est de remplacer les sorcières par des enfants à la blondeur excessive, qui nous laissent l’impression qu’ils sortent d’un album photo de la famille Goebbels. On ne verra les véritables sorcières qu’une fois, au début de l’acte III, lorsqu’elles préparent leur sabbat. On les voit alors en sous-vêtements, pissant debout dans des bassines et des casseroles que déposent les gamins à leurs pieds. Il est difficile de raconter cette mise en scène, qui part un peu dans tous les sens, lasse parfois (cette petite tente constamment dressée au milieu du plateau, d’où sort tout le monde, Duncan, Lady Macbeth, les enfants,… ; le chœur des sicaires sous les inévitables néons,…), mais qui a au moins le mérite d’être glauque et malsaine à souhait, de montrer la tension sexuelle à l’œuvre entre Macbeth et sa femme, et de contenir quelques scènes très réussies. On pense à l’acte II, le plus cohérent, qui commence avec une Lady Macbeth accrochée juchée sur un immense lustre , symbole de son ambition dévorante, et se termine par un finale sinistre, où toute la foule des courtisans est vêtue de costumes moyenâgeux, un tableau qui laisse un sentiment de tristesse, de peur et de précarité. Quant au chœur Patria opressa, c’est un tableau d’horreur à la Géricault d’une chambre de torture où les corps sanguinolents du peuple se font martyriser par leurs bourreaux. Certaines idées sont cependant mal exploitées, comme le spectre de Banco lors du finale de l’acte II, qui apparaît ici sous la forme des enfants portant le masque du mort, vision saisissante, mais que le metteur en scène évente en n’en faisant rien, les enfants restant sur place les bras ballants. On regrettera également des mouvements d’acteurs très conventionnels, et les costumes sans envergure et banals des personnages principaux, souvent vêtus d’incontournables pardessus.

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© Wilfried Hösl

Musicalement, cette représentation tient remarquablement son rang, présentant même quelques prestations de premier choix, au premier rang desquelles on placera le rôle-titre, Zeljko Lucic, absolument irréprochable, qui bénéficie d’une voix idéale pour Verdi, avec un timbre corsé, des aigus faciles, un médium onctueux, et une ligne de chant souple et sûre. Très sobre, d’une élégance presque mozartienne, son style vocal tout en nuances confère à son personnage une stature noble et digne et une véritable complexité de caractère qui évite de l’enfermer dans le rôle trop caricatural du méchant basique. Son air final « Ne suo tuo regio sasso » est ainsi d’une sincérité poignante et d’une intensité exemplaire, suscitant une longue ovation de la part du public.

Autre magnifique chanteur, le ténor Dimitri Pittas, qui tient le rôle de Macduff avec beaucoup de prestance, de générosité et d’urgence. La voix est puissante et bien projetée, le chant est juste, et les aigus sont radieux, projetés sans problème. Seul bémol, une émission un peu nasale, qui vient troubler un timbre d’une belle luminosité. Rôle souvent négligé, Malcolm est ici incarné par Fabrizio Mercurio, jeune ténor très prometteur, à la voix solide et au chant juste et soutenu. On apprécie également Lana Kos en dame de parage, et en médecin Christian Van Horn, basse tout terrain du Staatsoper, qui sont tous deux irréprochables. En Banco, Roberto Scandiuzzi, même s’il n’a pas tout à fait la profondeur de grave nécessaire réalise une prestation digne et pleine d’humanité.

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© Wilfried Hösl

Reste le cas de la Lady Macbeth de Nadja Michael, artiste intéressante, qui se meut avec aisance dans cette production qui la sollicite beaucoup, mais chanteuse très perfectible, dont l’investissement dramatique et le tempérament généreux ne masquent pas les insuffisances vocales : une justesse aléatoire, une diction italienne très pâteuse, des graves excessivement poitrinés, des aigus souvent stridents. Tout cela en fait une Lady Macbeth assez peu convaincante, qui tente de transformer ses errements vocaux en symptômes de la noirceur de son personnage.

Dans la fosse enfin, l’orchestre bavarois est en excellente forme, et bénéficie en la personne de Nicola Luisotti d’un chef survolté, qui se lance à corps perdu dans le drame, et qui dirige cette partition exaltante avec une précision exemplaire.

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- Munich
- Nationaltheater
- 21 juillet 2009
- Giuseppe Verdi (1813-1901), Macbeth, Opéra en 4 actes sur un livret de Francesco-Maria Piave d’après Shakespeare
- Mise en scène, Martin Kusej ; Décors, Martin Zehetgruber ; Lumières, Reinhard Traub ; Costumes, Werner Fritz ; Dramaturgie, Sebastian Huber, Olaf A. Schmitt
- Macbeth, Zeljko Lucic
- Banco, Roberto Scandiuzzi
- Lady Macbeth, Nadja Michael
- Dama di Lady Macbeth, Lana Kos
- Macduff, Dimitri Pittas
- Malcolm, Fabrizio Mercurio
- Medico, Christian Van Horn
- Chor der Bayerischen Staatsoper. Chef des chœurs, Andres Maspero
- Das Bayerisches Staatsorchester
- Nicola Luisotti, direction






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