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Münchner Opernfestspiele 2009 : Occasion manquée pour Idomeneo

lundi 10 août 2009 par Richard Letawe
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© Wilfried Hösl

Pouvoir assister à la représentation d’un opéra dans les lieux mêmes de sa création est un privilège rare s’agissant du répertoire du XVIIIème siècle et au-delà. C’est le cadeau qu’a fait le Staatsoper de Bavière à son public en produisant Idomeneo au Théâtre Cuvilié de la Résidence, qui vit sa création en 1781, et dont la restauration a été achevée le 14 juin 2008, quatre jours avant la première de cette production, dont la reprise de ce soir est assurée par une distribution à peu près identique.

Joyau du rococo bavarois, le Théâtre Cuvillié fournit à l’Opéra de Bavière une troisième salle, idéale pour l’opéra seria et le répertoire baroque, mais dont la jauge très limitée rend un usage trop fréquent économiquement suicidaire. On attendait donc une production exceptionnelle dans ces lieux historiques, et c’est malheureusement tout le contraire. On a droit à une production tout à fait banale, qui ne tient aucun compte de la magnificence du cadre, ni de l’intimité qui peut s’instaurer entre artistes et public.

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© Wilfried Hösl

Dieter Dorn aligne dans sa mise en scène les poncifs du regietheater, anachronismes, laideur des costumes, ridiculisation des personnages, affadissement des situations, banalité des décors. On voit en vrac ici Idomeneo en samurai, trucidant des guerriers de science fiction, puis poursuivi par des ninjas. Ilia est en nuisette (une prisonnière doit toujours être en sous-vêtements), les femmes crétoises ont dû s’habiller dans le noir, car rigoureusement aucune de leurs pièces de vêtement bariolées n’est assortie aux autres, ce qui leur donne un aspect de fripières tout à fait affreux. L’action semble avoir lieu dans un local technique, ou une salle de gymnastique, mais cela n’a pas d’importance, car il ne se passe de toute manière pas grand chose, et à la fin, Idoménée abdique au milieu des décombres, en pyjama, chaussé de bottes d’égoutier. Le traitement du ballet final est un bel exemple du laisser-aller du metteur en scène : les hommes viennent déposer des draps blancs sur les débris (geste purificateur ?), mais cette tâche est accomplie avant la fin du ballet. Comme il faut bien passer le temps, la fosse est progressivement relevée au maximum pendant que l’orchestre joue. L’effet est sympathique et surprenant, mais cela ressemble aussi surtout à une démission du régisseur devant ce ballet dont il ne savait que faire.

On sort donc extrêmement frustré de cette production qui n’est jamais à la hauteur de l’enjeu, et qui ne sort jamais de l’ordinaire, quand elle n’est pas franchement ridicule… Quel besoin d’utiliser un théâtre baroque si c’est pour y faire ce qu’on peut voir partout ailleurs, et qui aurait pu avoir lieu dans un hangar, un théâtre moderne, un stade de foot ou un hall de gare. Il aurait pourtant suffi de s’inspirer du cadre plutôt que de le violenter pour faire quelque chose de beau et d’intéressant. Occasion manquée donc.

Il aurait fallu des interprètes exceptionnels et totalement investis pour sauver cette soirée de l’oubli, ce qui n’est certes pas le cas. D’abord, Kent Nagano, à la tête d’un orchestre d’une trentaine de musiciens serrés dans cette petite fosse, fait un travail propre et efficace, mais semble faire de la figuration : peu de mordant, des phrasés sans âme, aucune option personnelle, laissant l’impression qu’un métronome est à l’œuvre plutôt qu’un chef. Notons tout de même qu’il se réveille dans un dernier acte qui ne laisse plus ce sentiment de survol, mais quand on a entendu René Jacos la même saison dans cette œuvre, que cette direction paraît fade et huileuse en comparaison.

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© Wilfried Hösl

Les chanteurs ne brillent pas non plus d’un éclat très vif. On se doutait bien que Juliane Banse connaîtrait quelques problèmes dans le rôle d’Ilia, mais pas à ce point de déconfiture. La voix est aigre et sèche, les aigus sont mal assurés, et le timbre est fibreux et sans velouté. Elle sert un « Se il padre perdei » relativement correct malgré une intonation approximative, mais ses autres airs sont médiocres, en particulier un « Zefiretti » atone, sans fraîcheur, d’une lourdeur de ligne consternante. Rainer Trost est une déception en Arace, car la voix est belle et vaillante, le timbre clair et l’émission sûre, mais incapable de vocaliser, il massacre « Se il tuo dol » avec constance. Il se rattrape un peu dans « Se cola ne fati è scritto », où la sensibilité de ses phrasés est plutôt séduisante, malgré qu’il reste encore sur sa réserve. Notons tout de même qu’il doit être difficile de chanter pendant qu’on se macule le torse de sang.

L’Idoménée de John Mark Ainsley laisse aussi une impression mitigée. Son chant est propre, sûr et stylé, mais manque d’investissement dramatique. Elégant et musical, « Vedrommi intorno » confine à la neutralité, et « Fuor del mar » est courageusement assumé, mais sans véritable nécessité dramatique, et seul son dernier air « Torna la pace al core » lui inspire des accents plus sincères. Annette Dasch ne trouve pas non plus la clef du personnage d’Elettra, qu’elle chante avec beaucoup de goût, mais dont le caractère impérieux et emporté n’est guère incarné par cette voix douce et veloutée, menée un rien trop placidement.

Pour illuminer le souvenir de cette soirée un peu triste, il y avait heureusement les chœurs, d’une justesse et d’une précision impeccables, et surtout Pavol Breslik en Idamante. Celui-ci est décidément le ténor mozartien idéal, qu’on retrouve dans tous les rôles avec plaisir et envie, tant sa musicalité sensible, la richesse de ses phrasés, la beauté radieuse du timbre et l’assurance technique produisent à chaque phrase qu’il prononce, que ce soit dans les récitatifs ou dans les airs, un ravissement absolu.

Malgré un volet musical honorable, même si trop rarement transcendant, cet Idomeneo restera donc comme une formidablement occasion manquée, alors qu’on en avait pourtant tellement espéré au vu de son cadre exceptionnel.

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- Munich
- Cuvilliés-Theater
- 23 juillet 2009
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Idomeneo. Dramma per musica en trois actes, livret de Giambattista Varesco.
- Mise en scène, Dieter Dorn ; Décors et costumes, Jürgen Rose ; Assistant chorégraphe, Marco Santi ; Lumières, Tobias Löffler
- Idomeneo, John Mark Ainsley ; Idamante, Pavol Breslik ; Ilia, Juliane Banse ; Elettra, Annette Dasch ; Il Gran Sacerdote, Kenneth Robertson ; la Voce, Christian Van Horn
- Chor und Extrachor der Bayerischen Staatsoper. Chef des choeurs, Andrès Maspero
- Bayerisches Staatsorchester
- Kent Nagano, direction











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