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Münchner Opernfestspiele 2007 : Il Turco in Italia

lundi 3 décembre 2007 par Richard Letawe
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© Wilfried Hösl

Dans la programmation du Festival de Munich, l’opéra de ce soir fait exception. Production créée au Staatsoper de Hambourg, ce Turco in Italia n’avait pas encore été monté durant la saison, et est présenté durant ce festival en avant première, avant d’être repris à l’automne.

Nous visitons également ce soir un autre théâtre, le Prinzregententheater, situé sur la rive droite de l’Isar, dans un quartier un peu périphérique par rapport au Nationaltheater, qui est lui situé en plein centre historique. Le Prinzregententheater est un bel édifice, à l’architecture inspirée de l’Antiquité. La salle a la forme d’un amphithéâtre, donnant de chaque siège une bonne vue de la scène. L’acoustique est excellente, la fosse très profonde permet à l’orchestre de jouer puissamment sans couvrir les chanteurs.

Christoph Loy, le metteur en scène de cette production ne cherche pas midi à quatorze heures : Il turco in Italia est une comédie, il signe donc une mise en scène drôle et simple, et s’efforce avant tout de divertir l’assemblée, en situant l’action dans les années 50-60, mais toujours à Naples. Le vaste plateau est assez dépouillé, pour permettre les nombreux changements de lieux du livret, qui sont clairement figurés par quelques éléments de décor. Certains de ces éléments sont de belles trouvailles, comme par exemple à l’acte I, la Baie de Naples qui se déploie en un clin d’œil sur une grande toile que les choristes, déguisés en machinistes du Staatsoper sont venus fixer à la vue de tous. On peut également citer à la fin de l’opéra le joli parallèle qui est tiré entre les vies futures des deux couples reconstitués : Zaida et Selim boivent du thé sur des poufs et des tapis, alors que Fiorilla et Geronio rentrent dans un intérieur typique du début des années 1960, lui en singlet, elle en cache poussières. Mais en Italie ou en Turquie, les hommes sont partout les mêmes : un match de foot à la télévision et plus rien ni personne ne les fait décoller de leur fauteuil. On a également droit au gag de la caravane durant l’ouverture : des dizaines de gitans sortant par petits groupes d’une minuscule roulotte. En plus d’être simple et drôle, la mise en scène a le mérite de pratiquer un humour relativement fin, et de ne pas surcharger l’action avec des gags extérieurs. C’est le livret qui compte ce soir, Loy a décidé de lui donner son illustration personnelle, mais en lui faisant confiance. Ayant subi récemment sa mise en scène de l’Enlèvement au sérail morne et intellectualisante, nous n’en sommes que plus étonné.

Depuis le début de notre séjour munichois, nous avons été à chaque fois ravi par la qualité des distributions proposées. Ce soir encore, nous entendons une équipe soudée, aux individualités de haut niveau, et collectivement très soudée, chacun semblant s’amuser énormément, et pousser ses partenaires à se surpasser.

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© Wilfried Hösl

Chanteuse un peu fantasque, Alexandrina Pendatchanska trouve en Fiorilla un rôle à la mesure de son grand talent. Très élégante dans des tenus qui la mettent en valeur, elle révèle un beau tempérament d’actrice, tout en produisant un chant d’une qualité exceptionnelle, sensuel et vibrant, à la vocalisation spectaculaire et à l’étendue dynamique impressionnante. Chantant souvent piano, elle est séduisante, insinuante, féline avec Selim, mais quand elle est avec son mari, ou quand son jeune amant l’ennuie, elle se fait impérieuse, courroucée et capricieuse, avant de retrouver simplicité et humilité lorsqu’elle se croit rejetée par son mari, et donnant alors un magnifique air « squalida veste, e bruna » au souffle long et aux colorations splendides.

Quinze ans après avoir enregistré le rôle dans l’excellente intégrale Marriner chez Philips, Simone Alaimo reste un Selim de premier plan. La voix a un peu durci, et le vibrato est un peu plus prononcé, mais le timbre a gardé une belle part de sa séduction, le souffle est long, le chant est noble et stylé, et l’aigu conquérant. Carlos Chausson est un Don Geronio impeccable, acteur comique, ballotté par les événements, mais au chant mordant, souple et puissant.

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© Wilfried Hösl

Tirant les ficelles de cette comédie, et progressivement recouvert de bandages à mesure qu’il reçoit les coups de ses cobayes, le Prosdocimo de Roberto De Candia est un peu rustique, avec son timbre peu coloré aux aigus ouverts, mais le chant est puissant, et la diction superbe. David Alegret est physiquement très crédible en bellâtre napolitain. Emise par ce grand bonhomme, sa voix de ténor léger rossinien, un peu frêle, surprend quelque peu. Passée la surprise, on se régale de cette voix assez nasale, à la technique irréprochable et aux aigus solaires. La seule déception vient de la Zaida de Valentina Kutzarova, à la voix ni belle ni souple, et à la technique rudimentaire.

Vieux routier du circuit italien, Maurizio Barbacini dirige l’œuvre de manière professionnelle, sans génie, mais avec compétence et en obtenant de son orchestre bavarois un style rossinien assez soigné. Il tient bien le plateau, et mène l’ensemble à bon port sans problème. Les quelques sifflets qu’il reçoit aux saluts, très chaleureux pour tous les autres protagonistes, nous semblent franchement injustes.

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- Munich
- Prinzregententheater
- 25 juillet 2007
- Gioachino Rossini (1792-1868), Il Turco in Italia, Dramma buffo en deux actes sur un livret de Felice Romani
- Mise en scène, Christoph Loy ; Décors et costumes, Herbet Murauer ; Lumières, Reinhard Traub ; Chorégraphie, Jacqueline Davenport ;
- Selim, Simone Alaimo ; Donna Fiorilla, Alexandrina Pendatchanska ; Don Geronio, Carlos Chausson ; Don Narciso, David Alegret ; Prosdocimo, Roberto De Candia ; Zaida, Valentina Kutzarova ; Albazar, Maximilian Schmitt
- Chor der Bayerischen Staatsoper ; Chef de chœur, Andrés Máspero
- Das Bayerisches Staatsorchester
- Maurizio Barbacini, direction






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