ClassiqueInfo.com




Monsieur de Pourceaugnac

jeudi 26 avril 2012 par Gilles Charlassier

Une fois n’est pas coutume, c’est autant de théâtre que de musique qu’il est question dans ces colonnes. La comédie-ballet Monsieur de Pourceaugnac constitue un des témoignages d’une des plus célèbres collaborations artistiques renseignées par l’histoire, et dont Le Bourgeois Gentilhomme reste l’avatar à la fois le plus fameux et le plus accompli. S’il est heureux que cette association créatrice retrouve les grâces des salles, qui lui redonnent leur lustre musical d’antan, Monsieur de Pourceaugnac assure essentiellement un divertissement des plus agréables, ce que la production présentée par l’Opéra de Rennes a parfaitement compris, et justifie le succès mérité qu’elle rencontre auprès du public.

Car l’intrigue de la pièce reprend les éléments les plus balisés de la farce : deux jeunes gens qui s’aiment, Julie et Eraste, voient leurs projets contrariés par l’ambition du père de la jeune fille de la marier à un bourgeois de province, Monsieur de Pourceaugnac, vieux et ridicule. Avec la complicité de Nérine et Sbrigani, une entremetteuse et un fourbe napolitain, ils vont faire échouer les projets d’Oronte, le patriarche, et mettre en fuir le limougeaud. La principale vis comica de l’ouvrage réside dans les scènes de parodie médicale – la poursuite des seringues au premier acte – dans le plus pur esprit de Molière, et dans les quiproquos qui s’enchaînent sans répit, avec une crédibilité assez minimale, mais suffisante pour maintenir la complicité du spectateur.

Le travail de Vincent Tavernier a le mérite de ne pas chercher d’arrière-plans à l’œuvre, et fait confiance à la théâtralité de ses acteurs. Les décors de couleurs vives de Claire Niquet campent l’espace symbolique où se déroule l’action, avec une mobilité propice à la versatilité comique. Le personnage éponyme est vêtu d’un rouge flamboyant où se condense magnifiquement sa risible arrogance si aisément bernée. Le tout est servi par des acteurs remarquables, à commencer par le rôle-titre tenu par Pierre-Guy Cluzeau. Les ressources des mimiques d’expression et des intonations de la voix sont exploitées avec un juste équilibre, calibrant le ridicule à la juste mesure, assez pour stimuler les zygomatiques de l’assistante, mais pas trop pour ne point obérer la crédibilité de la naïveté et de l’aveuglement de Monsieur de Pourceaugnac – une caricature authentique du bourgeois de province en goguette à Paris qui conserve une fraîcheur étonnante, preuve que les archétypes ne se soucient guère des transformations sociales. On applaudit naturellement à la couleur méridionale imprimée par Laurent Prévot à la tromperie de Sbrigani, tandis que l’on trouve beaucoup de truculence dans les docteurs de Mélanie Le Moine et Marie-Alexandre Ferrier. Marie Loisel attendrit en Julie tandis que Maxime Coste fait éclater la juvénilité d’Eraste.

La part musicale, confinée au divertissement, ne manque pas d’atours, vêtue de chamarres sobres et efficaces par Les Musiciens de Saint-Julien. François Lazarevitch ne cherche jamais à forcer les accents, préservant l’homogène élégance de la musique de Lully, à laquelle un soupçon de robustesse ne déparerait point. Au moins se maintient-on dans le registre léger et évite-on ainsi toute rhétorique excessive. Si David Lefort et Jean-Louis Serre assume avec un brio autant théâtral que musical leurs parties respectives, la qualité de la diction laisse parfois à désirer, reproche que l’on ne saurait faire à Marie-Louise Duthoit, mais dont le timbre vertement acidulé ne chatoie pas toujours les tympans de manière favorable. Mais ces menues réserves n’entament pas le plaisir éprouvé au cours de ces deux heures entractes que même les enfants n’ont pas vu passer.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez lâ€â„¢insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse quâ€â„¢un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de lâ€â„¢auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, nâ€â„¢hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Rennes
- Opéra
- 31 mars 2012
- Jean-Baptiste Poquelin dit Molière (1622-1673) et Jean-Baptiste Lully (1632-1687), Monsieur de Pourceaugnac. Comédie-ballet en trois actes de Molière et Lully. Texte de Molière et musique de Jean-Baptiste.
- Mise en scène, Vincent Tavernier ; Décors, Claire Niquet ; Lumières, Carlos Pérez ; Costumes, Erick Plaza-Cochet ; Chorégraphie, Marie-Geneviève Massé.
- Comédiens : Pierre-Guy Cluzeau, Monsieur de Pourceaugnac ; Marie Loisel, Julie ; Maxime Coste, Eraste/Second Suisse ; Mélanie Le Moine, Nérine/Le Premier Docteur/L’Exempt ; Laurent Prévot, Sbrigani ; Marie-Alexandre Ferrier, Le Deuxième Docteur/Oronte ; Quentin-Maya Boyé, L’Apothicaire/Premier Suisse
- Chanteurs : Marie-Louise Duthoit, Prologue/La Paysanne/Lucette/L’Egyptienne ; David Lefort, Prologue/Le Paysan/Second Avocat/l’Egyptien/Premier Docteur chantant ; Jean-Louis Serre, Prologue/Second Docteur chantant/Premier Avocat/Polichinelle.
- Danseurs de L’Eventail
- Les Musiciens de Saint-Julien
- François Lazarevitch, direction.






Accueil | Contact | Plan du site | | icone statistiques visites | info visites 837820

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Théâtre musical   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.16 + AHUNTSIC

Creative Commons License