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Moment d’éternité

jeudi 1er décembre 2011 par Gilles Charlassier
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Nicholas Angelich
DR

L’intensité d’un concert ne se mesure pas toujours à l’aune de sa durée. Le récital donné ce soir dans les murs du Grand-Théâtre de Bordeaux en offre l’exemple, avec l’interprétation magistrale que Nicholas Angelich proposait des Variations Goldberg de Bach.

Ecrite pour un clavecin à deux claviers, la partition a très tôt suscité la convoitise des pianistes, qui s’en sont emparés. Les grands témoignages qui jalonnent le siècle passé viennent rappeler que la destination instrumentale originelle ne constitue nullement un obstacle – entre autres pour la clarté de la lisibilité polyphonique, ainsi que l’a démontré à un degré suprême Glenn Gould, sans que cela ne disqualifie des approches différentes. La version qu’en donne Nicholas Angelich se montre également attentive à cette exigence, quoiqu’il réserve un peu la netteté au tout début, afin de mieux la distiller ensuite.

La fascination exercée par la performance du pianiste américain vient surtout de cette manière particulière de distendre l’écoulement temporel. La délicatesse du toucher, presque tendre caresse, maintient une certaine retenue initiale et diffuse une lumière tamisée. La main droite veille à mesurer l’éclat de ses intonations, afin de maintenir la progression musicale et émotionnelle des variations successives, révélant la structuration par séries initiées par des Canons chaque fois à un intervalle d’un degré de plus. Le mouvement apparaît d’abord linéaire, avec une division rythmique de plus en plus resserrée à partir dudit Canon. Mais peu à peu, l’évolution s’enrichit d’autres paramètres et la dramaturgie s’étoffe, significativement dès la quatorzième variation, le Canon à la Quinte, au milieu du cycle, ce qui n’est nullement le fruit d’un hasard, mais plutôt l’amplification à un vaste cycle de l’écriture à deux foyers reconnaissable dans la Chaconne de la Partita pour violon n°2 – on a maintes fois évoqué l’ellipse pour représenter la structure des compositions de Bach. Ainsi, de la même manière, la modulation progressive de l’éclairage harmonique dessine un cercle qui parcourt les différentes possibilités recelées par le thème de l’Aria, dans un systématisme qui fait coïncider architectonique et poésie, avec un lyrisme d’une profonde intériorité que fait rayonner le piano de Nicholas Angelich.

La dimension cyclique du recueil, mise à jour avec un engagement sincère, embarque l’auditeur pour un voyage où l’art se tient aux confins de l’éternité. Après cette heure quinze, un bis serait non seulement superflu, mais presqu’une insulte à cette odyssée. Restait au public bordelais à acclamer le ministre de cet office, lequel dédicaçait son enregistrement paru chez EMI à l’issue du concert.

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- Bordeaux
- Grand-Théâtre
- 1er octobre 2011
- Johann Sebastian Bach (1685-1750), Variations Goldberg BWV988
- Nicholas Angelich, piano






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