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Mireille à Marseille : Un merveilleux voyage dans la Provence du XIXe siècle

jeudi 28 mai 2009 par Hélène Biard
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©Christian Dresse

Après l’échec de ses deux derniers opéras, Philémon et Baucis en 1860 et La reine de Saba en 1862, Charles Gounod s’était mis à la recherche d’un nouveau livret pour sa prochaine oeuvre après avoir voyagé en Italie pour oublier ses déboires précédents. Séduit par le poème de Frédéric Mistral Mirèio ou Mireille, le compositeur entre immédiatement en contact avec le poète qui l’invite sur le champ pour qu’il puisse s’imprégner de l’atmosphère si particulière de la Provence de Mireille.

C’est entre Paris et la Provence que Gounod se met à composer sa Mireille, mais la création qui lieu le 19 mars 1864 se passe si mal que l’oeuvre est retirée après une dizaine de représentations. Le public et la critique réagissent très mal face à la scène du Rhône et à la scène de la Crau, qui sont si réalistes qu’elles choquent. Gounod, furieux, est alors contraint de modifier, voire de mutiler, son oeuvre plusieurs fois, mais rien n’y fait, l’échec est encore au rendez vous au cours des années qui suivent. Au cours de ces multiples modifications Mireille prend une forme en trois actes, puis repasse en cinq actes avec le mariage de Mireille et Vincent, et une valse-ariette est ajoutée après maintes pressions de la Carvalho qui avait créé le rôle. Après 1901, de nouvelles retouches ont été faites sans l’accord de Gounod décédé en 1893. L’oeuvre ne sera plus reprise et c’est grâce à Reynaldo Hahn que Mireille renaît sous sa forme d’origine en 1939 avec succès. Mais si Mireille est enregistrée au disque, soit en intégrale (Cluytens, 1954 ou Plasson, 1979), soit en extraits, l’opéra de Gounod connaît une nouvelle période de vaches maigres en ce qui concerne les scènes lyriques. L’opéra de Marseille a la très bonne idée de nous en proposer une nouvelle version, la seconde après celle de 1997, dans une très belle mise en scène et avec une distribution plutôt homogène.

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©Christian Dresse

Robert Fortune qui règle la mise en scène de cette production nous invite à un voyage dans la Provence de Gounod et de Mireille, à la fois si proche et si lointaine avec ses codes et ses tabous. Les décors de Dominique Pichou et les costumes de Rosalie Varda, superbes, aident encore à remonter dans un passé en fin de compte pas si lointain qu’il n’y paraît, surtout en ce qui concerne les codes de classes : « richesse et pauvreté s’accordent mal ensemble » nous dit Taven. Les artistes sont dans un écrin où ils peuvent évoluer sans crainte et contribuer ainsi à la réussite de la soirée. Les chorégraphies de Josyane Ottaviano ajoutent une très belle touche de vie aux scènes les plus joyeuses.

La distribution réserve de très belles surprises mais aussi quelques déceptions. La jeune soprano coréenne Hye Myung Kang est une très belle Mireille, malgré quelques faiblesses dans le premier final où la voix blanchit et où quelque fausses notes apparaissent. L’ensemble de la prestation n’en est cependant guère affecté. Elle chante sans difficultés « Trahir Vincent... Mon coeur ne peut changer » et la terrible « scène de la Crau », qui est le morceau de bravoure de l’opéra. En outre la diction, si importante dans le répertoire français, est excellente et il n’est nul besoin de suivre les surtitres pour comprendre facilement la jeune femme.

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©Christian Dresse

En revanche, le Vincent de Sébastien Guèze ne convainc guère ; il apparaît timide au point de « marquer » son rôle pendant toute la première partie. Les aigus sont tendus et sans éclat, et quand le jeune homme chante à pleine voix dans la seconde partie, les défauts apparaissent avec plus de force, notamment les fausses notes ici et la, et ce malgré une diction impeccable.

Les autres rôles donnent de très belles satisfactions avec l’excellente Taven de Marie Ange Todorovitch, le Ramon sans faiblesses d’Alain Vernhes et l’Ambroise parfait de Jean Marie Frémeau. Déception en revanche en ce qui concerne l’Ourrias de Lionel Lhote qui apparaît terne et arrogant. Le jeune homme semble avoir oublié que les bouviers sont des hommes fiers et courageux : les couplets « Si les filles d’Arles sont reines » donnent l’image fausse d’un homme violent et impitoyable. D’autre part, il chante faux pendant tout le troisième acte où, par ailleurs, la scène du Rhône voit le choeur des jeunes filles mortes d’amour supprimé, ce qui ôte un peu du fantastique censé accompagner cette scène. Prometteuse également Eduarda Melo dans le rôle de Vincenette qui sert de messagère à Taven après que Vincent ait été blessé par Ourrias jaloux au Val d’enfer.

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©Christian Dresse

Cyril Diederich donne une aura exceptionnelle à cette soirée, bien que l’ouverture soit donnée sur un tempo étonnamment rapide. On apprécie cependant la très belle prestation de l’orchestre qui fait sonner la musique de Gounod avec un réel plaisir, et l’excellence des choeurs qui sont remarquablement préparés par leur chef Pierre Lodice, tant musicalement qu’au niveau de la diction. Dernier regret, dans le bouleversant final de l’opéra, nous constatons que la ligne de Mireille est supprimée pour ne laisser que le choeur chanter. Malgré ces deux suppressions qui n’ôtent que quelques minutes de musique, c’est à une soirée de premier plan que nous avons assisté.

Cette production de Mireille par l’Opéra de Marseille mérite donc que l’on s’y arrête malgré les imperfections et les hésitations des soirs de première.

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- Marseille
- Opéra municipal
- 20 mai 2009
- Charles Gounod (1818 1893), Mireille. Opéra en cinq actes sur un livret de Michel Carré, d’après Mistral
- Robert Fortune, mise en scène ; Irène Fridricci, assistante à la mise en scène ; Dominique Pichou, décors ; Rosalie Varda, costumes ; Philippe Groperrin, lumières ; Josyane Ottaviano, chorégraphie ; Pierre Lodice, chef des choeurs
- Hye Myung Kang, Mireille ; Sébastien Guèze, Vincent ; Lionel Lhote, Ourrias ; Alain Vernhes, Ramon ; Jean Marie Frémeau, Ambroise ; Marie-Ange Todorovitch, Taven ; Eduarda Melo, Vincenette ; Julien Dran, Andreloun ; Bernard Imbert, le passeur ; Gérard Grégori, l’arlésien ; Joanna Malewski, Clémence ; Sophie Desmars, la voix du ciel
- Chœur de l’Opéra de Marseille
- Orchestre de l’Opéra de Marseille
- Cyril Diederich, direction






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