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Mehr Licht ! Mehr Philippe Herreweghe !

samedi 30 octobre 2010 par Philippe Houbert
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Philippe Herreweghe
DR

C’est à un superbe programme titré « Das Licht » (la Lumière) que Philippe Herreweghe nous a conviés en l’église Saint-Roch, en plein cœur de Paris. Concert dédié à ce que la musique romantique allemande a de plus secret : la grande tradition chorale héritée de la Renaissance.
On sait, depuis la résurrection de la Passion selon Saint Matthieu de Bach par Mendelssohn en 1829, l’importance que le renouveau de la musique chorale a pu avoir dans l’Allemagne romantique, tant du point de vue de la pratique musicale que dans le renforcement du sentiment national. Cette quête d’une sorte d’âge d’or culminera bien évidemment dans Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg de Wagner, mais les périodes médiévale et renaissante inspireront aussi tous les compositeurs romantiques allemands, de Mendelssohn et Schumann à Mahler en passant par Brahms et Bruckner. C’est aux derniers nommés que Philippe Herreweghe consacra l’essentiel du programme.

Le concert débutait avec le premier des deux Motets, pour chœur mixte a capella, de l’opus 74 de Brahms : « Warum ist das Licht gegeben den Mühseligen ». On a peine à croire que cette pièce, extrêmement poignante par son austérité et alternant, en ses quatre parties, lamentation de l’affligé, prière intense, espoir en la miséricorde divine et attente apaisée de la mort, soit contemporaine de la souriante et pastorale deuxième symphonie (été 1877). La perfection atteinte par Herreweghe à la tête de son Collegium Vocale Gent, renforcé par l’Accademia Chigiana de Sienne, créa, d’entrée de concert, un standard de qualité qui ne fit que se confirmer pièce après pièce. Au point de laisser le public sans voix et sans réaction durant toute la première partie du concert.

De ce motet brahmsien, Philippe Herreweghe donne une version plus apaisée, moins expressionniste que certains enregistrements.
Suivait, pour rester dans la même atmosphère, un très curieux arrangement de l’Andante du Quatuor « La jeune fille et la mort » de Schubert, dû au trompettiste et arrangeur Steven Verhaert, membre de l’ensemble belge I Solisti del Vento qui exécutait cette version.
Pari assez fou que d’arranger pour un ensemble de vents et de cuivres une œuvre aussi bien écrite pour les cordes ! Pari presque réussi tellement l’atmosphère ainsi créée nous emmenait très loin dans le temps, du côté des pièces des Gabrieli ou, plus précisément de la fanfare introductive de la Musique pour les funérailles de la reine Mary de Purcell. Malheureusement, on ne peut pas dire que les variations les plus exigeantes techniquement (la 2 et la 5) aient bénéficié d’une exécution assez précise, l’acoustique très réverbérée de Saint Roch ne facilitant pas les choses.

Infime réserve que celle touchant cet arrangement car le reste de la soirée retrouva le niveau annoncé avec le motet de Brahms.
Avant que de revenir à ce dernier compositeur, Philippe Herreweghe nous proposa une pièce rare d’un compositeur qui l’est tout autant en France : Peter Cornelius. Personnage aussi étrange que le professeur du même nom, Cornelius est aujourd’hui essentiellement connu pour son opéra-comique Le barbier de Bagdad. D’un catholicisme très conservateur, même pour l’époque, il composa bon nombre de pièces chorales dans la dernière partie de sa vie, dont un bref Requiem, écrit en 1863. Cette composition n’a rien à voir avec le texte latin traditionnel mais met en musique un poème de Friedrich Hebbel, grande figure du second romantisme allemand, et auteur d’une trilogie intitulée ….. les Nibelungen. Ce Requiem est une œuvre tout à fait étonnante, avec une première partie nous rappelant l’univers schumannien, puis une grande envolée sur les vers les plus fantasmagoriques (« Alors les saisit la tempête. Qu’eux, se serrant les uns contre les autres, ont défié dans le ventre de l’amour, et elle les poursuit en rageant à travers les contrées désertiques sans fin ») qui nous transporte du côté de Liszt et Wagner, dont Cornelius fut un proche à Weimar et à Vienne. L’œuvre retrouve, pour conclure, l’atmosphère apaisée du début. Il faut ici saluer l’extraordinaire travail de Herreweghe pour rendre toutes les nuances de l’œuvre, maîtriser l’acoustique du lieu dans la partie la plus véhémente, et nous donner cette vision de clair-obscur dans laquelle l’œuvre baigne en sa conclusion.

La première partie du concert s’achevait avec le Chant de funérailles (Begräbnisgesang), opus 13 de Brahms, œuvre où le chœur est accompagné par 2 hautbois, 2 clarinettes, 2 bassons, 2 cors, 3 trombones, un tuba et les timbales. Composition typiquement brahmsienne, comme le premier concerto pour piano pour l’être aussi, réunissant le traitement de textes anciens (ici, un poème de Michael Weisse datant de 1531), le reflet de sentiments personnels (résignation devant la mort, interrogation sur le but ultime de la vie) et la tonalité d’ut mineur qui hantera bon nombre de sommets ultérieurs. La marche initiale fait irrésistiblement penser au second mouvement du Requiem allemand, alors que l’absence de partie de soprani durant les trente premières mesures annonce le début du chef d’œuvre à venir.

Ce qu’Herreweghe obtient ici du Collegium Vocale Gent et de l’Accademia Chigiana est proprement ahurissant de perfection, qu’il s’agisse de la montée crescendo soulignant la résurrection ou de la prière apaisée annonciatrice des dernières pages de la Rhapsodie pour alto, choeur d’hommes et orchestre.

Après une courte pause, les deux chœurs et l’ensemble I Solisti del Vento se retrouvaient pour la Messe en mi mineur d’Anton Bruckner. Composition, comme souvent chez Bruckner, révisée plusieurs fois après sa composition, dédiée à l’évêque de Linz, grand admirateur de Palestrina, cette messe est totalement empreinte de l’art choral du XVIème siècle, de Josquin à Lassus. Le Kyrie, hiératique, avec son splendide étagement des entrées enchaîne avec un Christe qui transperce le cœur. Le Gloria est, comme il convient, le mouvement le plus symphonique, offrant des ruptures de ton et d’intensité propres aux premiers travaux orchestraux du compositeur. La redoutable double fugue sur l’Amen fut conduite avec une rare maîtrise, de même que le Credo au sublime « Et incarnatus est ».

Suit un Sanctus qui, tel les grands adagios de symphonies à venir, nous emmènera dans les cimes, sur lesquelles le « Qui venit » du Benedictus suivant nous laissera. Et que dire de l’Agnus Dei conclusif, à la mélodie tournant sur elle-même, et qu’Herreweghe prendra plaisir à nous redonner en bis ?

Le chef nous avait déjà présenté l’œuvre dans un disque qui a désormais une bonne vingtaine d’années. Compte tenu de ce que nous avons entendu à Saint Roch, il est permis d’espérer que, après avoir donné une seconde version discographiques des grands chefs d’œuvre choraux de Bach, Philippe Herreweghe nous proposera une nouvelle Messe en mi mineur de Bruckner. Le double chœur belgo-italien est superlatif et l’ensemble I Solisti del Vento offre un bien bel accompagnement.

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- Paris
- Eglise Saint Roch
- 26 octobre 2010
- « Das Licht »
- Johannes Brahms (1833-1897), « Warum ist das Licht gegeben », Motet opus 74 n°1 pour chœur mixte a capella
- Franz Schubert (1797-1828), Andante du Quatuor « La jeune fille et la mort », arrangement pour instruments à vents de Steven Vorhaert
- Peter Cornelius (1824-1874), Requiem « Seele, vergiss sie nicht », pour chœur mixte a capella
- Johannes Brahms (1833-1897), « Begräbnisgesang », opus 13, pour ensemble à vents, timbales et chœur mixte
- Anton Bruckner (1824-1896), Messe n° 2 en mi mineur, pour choeur à huit voix et ensemble à vents
- I Solisti del Vento
- Collegium Vocale Gent
- Accademia Chigiana Siena
- Philippe Herreweghe, direction






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