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Méditerranée sacrée

vendredi 25 novembre 2011 par Laurent Marty
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© François Passerini

En prélude à la sortie de leur disque « Méditerranée sacrée » chez L’Empreinte digitale, Joël Suhubiette et Les Eléments offraient en concert ce programme dans le lieu même de l’enregistrement, la chapelle de l’Hôtel-Dieu de Toulouse – belle acoustique, il est vrai.

On pourrait prendre prétexte du programme en forme d’anthologie de liturgies méditerranéennes en diverses langues « sacrées » pour exalter un œcuménisme aussi vague que dans le vent - pour filer la métaphore marine. Fil conducteur pas vraiment convaincant, d’ailleurs : les œuvres choisies ne peuvent prétendre dresser un panorama véritablement significatif de la culture méditerranéenne ; trop d’époques, de pays et de cultures en sont absents. Reste la cohérence de textes qui, tous, interrogent notre rapport au sacré et une interprétation qui leur donne un même élan, une forme d’unité esthétique. Et, surtout, l’émotion, forte, prenante qui s’en dégage.

Car, à la sortie de ce concert, on n’est pas tant marqué par l’intellectualisme supposé d’un prétexte historico-géographico machin-chose, que simplement ému. Voilà qui est bien difficile à quantifier, à décrire : la fameuse éloquence du « presque-rien. » Mais assez tourné autour du pot, commençons.

Alors, oui, décrivons, pour la tantième fois, Les Eléments : la cohésion des chanteurs, l’homogénéité et la beauté de son, la perfection de l’intonation dans des partitions parfois difficiles. Cela au service d’un grand raffinement interprétatif, car Joël Suhubiette n’est pas homme à laisser un détail dans l’ombre et on admire sa capacité à faire naître autant de couleurs sans avoir besoin de beaucoup varier les tempos ou de brusquer les ambiances. Il en ressort une impression générale de douceur contemplative, ce qui n’exclut nullement la puissance d’un beau pupitre de sopranos.

Le disparate du programme fait naître de subtils rapprochements, les archaïsmes de Petrassi rehaussent le chromatisme aventureux de Gesualdo, le chant mozarabe réinventé de Zad Moultaka devient frère des chants de pèlerins du Livre Vermeil de Montserrat.

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© François Passerini

Le concert était en fait organisé autour de deux œuvres importantes commandées par le chœur. La première, mise en musique de fragments des Bacchantes d’Euripide par Alexandros Markos, tient assez de ce que Fellini a fait du Satyricon de Petrone. Le même vent balaie le début, dont la musique émerge telle une mosaïque à demi effacée sortant des sables, même aspect fragmentaire, à la fois intrigant et hiératique, même traversée d’éclairs violents. Le disque rend assez mal compte de cette pièce, déroutante à la seule écoute, car il y rentre une dimension scénique importante qui, seule, lui donne tout son sens.

Les pièces de Zad Moultaka sont une très belle découverte. Ce compositeur franco-libanais mêle ses diverses influences, entre Orient et Occident, avec une grande virtuosité dans les effets vocaux : micro-intervalles, utilisation du sifflement en harmoniques, effets d’écho. Tout cela au service d’un langage très accessible, d’une grande clarté, et d’une vraie qualité d’émotion. Le résultat est à la fois dépaysant et prenant, ambitieux et pourtant simple.

Très beau concert, qui fait un disque de grande qualité, avec un seul défaut, mais de taille : l’harmonie de tant de beautés diverses rend un peu frustrante la dispersion du programme. On voudrait plus de Gesualdo aussi magnifiquement interprété, plus de Lotti, plus de Petrassi (malheureusement absent du disque), plus de tout !

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- Toulouse
- Chapelle de l’Hôtel-Dieu
- 08 novembre 2011
- Salomone Rossi (1570-1630), « Barekhu » et « Kaddish »
- Giacinto Scelsi (1905-1988), « Ave Maria » extrait de Three Latin Prayers
- Antonio Lotti (1665-1740), Crucifixus, à 8 voix
- Goffredo Petrassi (1904-2003), « Et Incarnatus » ; « Crucifixus » extraits des Tre Cori Sacri (1980-83)
- Zad Moultaka (1967), « Mèn èntè » sur un texte de Halaj
- Lama sabaqtani (2009), inspiré par les Sept dernières paroles du Christ en croix
- Alexandros Markeas (1965), Trois fragments des Bacchantes (2009) sur des textes d’Euripide
- Livre vermeil de Montserrat (XIVè siècle) : « O Virgo splendens hic in monte celso »
- Tomas Luis de Victoria (1548-1611) : « O vos omnes »
- Carlo Gesualdo (1560-1613) : « Jerusalem » ; « Surge » ; « O vos omnes » ; « Aestimatus sum » extraits des Répons des ténèbres du samedi saint
- Les Eléments
- Joël Suhubiette, direction











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