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Maurizio Pollini : Brahms, avec noblesse.

lundi 19 juillet 2010 par Carlos Tinoco
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Maurizio Pollini
© Philippe Gonthier

On pourrait ergoter longuement à propos de l’intérêt musical de l’arrangement de Webern du Ricercare de l’Offrande Musicale, à propos de la manière dont la direction de Peter Eötvös a su ciseler la pièce de Lachenmann ou des manques de cette même direction dans le premier mouvement du concerto n°1 de Brahms, mais un esprit majestueux a relégué au loin ces considérations : en ce concert, le piano de Maurizio Pollini était d’une telle hauteur de vue que rien d’autre n’a compté.

Finalement, s’il y a quelque chose qui nous a échappé dans ce concert, c’est la cohérence du programme. Inscrit dans le cadre des « Pollini perspectives », on se doute qu’il a été décidé en accord avec le pianiste, dont on connaît la culture et la force de pensée. Pour autant, tous les arguments spéculatifs n’y feront rien : si la sobriété de l’approche du premier concerto de Brahms par Pollini peut en faire un pont entre classique et modernité, la différence des registres, à tous égards, entre ces œuvres, fait de leur juxtaposition une acrobatie intellectuelle pour le moins contestable.

D’ailleurs, ce n’est pas ce concert qui nous aura réconciliés avec le Ricercare de l’Offrande Musicale revu par Webern. Certes, la direction de Peter Eötvös est précise et le LSO lui répond parfaitement, mais sans un travail extrêmement fin sur l’accentuation, cette pièce donne toujours l’impression d’un Bach complètement dévitalisé, dont il ne resterait qu’une structure étale. Pour ce qui est de l’œuvre de Lachenmann, malgré le travail sur les timbres et l’articulation qui a su réveiller notre écoute, on voit mal en quoi la curiosité sympathique qu’elle a éveillée en nous nous préparait au choc de la suite.

Car il fut bien question de cela avec le concerto n°1 de Brahms. Non pas du fait de la direction du chef, qui a mis un bon mouvement à écouter son soliste, que du majestueux piano de Pollini. Là où le chef se perdait en ralentendos un peu convenus, le jeu de Pollini avançait tout droit avec une densité et une cohérence rarement entendues dans ce concerto. Aucun effet, l’épure, soutenue par une articulation implacable. Il fallut attendre le deuxième mouvement pour que la force du geste de Pollini semble enfin faire loi pour l’orchestre. Et quel geste ! Une agogique parcimonieuse et parfaitement contrôlée ; des couleurs et un ambitus dynamique également marqués par la volonté inflexible d’un virtuose qui a cessé depuis longtemps de se prouver qu’il savait tout faire et qui ne s’occupe plus que de l’essentiel, du chant. La traversée de ce deuxième mouvement fut, pour nos oreilles si peu habituées à une telle hauteur, littéralement sidérante. On n’a sans doute pas été le seul puisque, autant le premier mouvement avait laissé le sentiment d’une lutte sourde entre un chef et un soliste qui ne partageaient pas la même vision de l’œuvre, autant Eötvös a semblé dans le finale rejoindre pleinement le mouvement puissant impulsé par Pollini, ce qui, somme toute, est d’un excellent chef. Les ultimes arpèges ont laissé pantelant un public qui paraissait avoir conscience de l’importance de ce qui venait de se dérouler : Pollini est, en effet, un de ces rares musiciens qui font bien plus qu’interpréter une œuvre, ils y ouvrent des perspectives inoubliables.

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