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Matthias le galérien

lundi 9 janvier 2012 par Philippe Houbert
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Matthias Goerne
© Marco Borggreve

La période des fêtes conduit-elle le mélomane à pouvoir accepter des choses qu’il recevrait plus difficilement à toute autre époque de l’année ? C’est la question que l’on pouvait légitimement se poser à l’issue du concert du 17 décembre donné en la grande salle de la Cité de la Musique. Le grand, l’immense Matthias Goerne était supposé donner trois cantates, deux signées Johannn Sebastian Bach, la troisième de son illustre contemporain, le très prolifique Christoph Graupner. Pour compléter ce programme, l’orchestre de chambre de Bâle (Kammerorchester Basel qui n’a rien à voir avec le prestigieux Basler Kammerorchester de Paul Sacher) devait interpréter une Suite de Telemann et le concerto pour hautbois, violon et cordes de Bach.

Trop de conditionnel dans cette introduction car, entre ce qui fut annoncé dès l’arrivée dans l’enceinte de la Cité et ce que nous entendîmes réellement, cela se traduisit par :

. l’annonce d’un Matthias Goerne souffrant et obligé d’alléger sa participation : exit la cantate de Graupner !

. le remplacement de la hautboïste Kerstin Kramp par Marcel Ponseele.

. la réduction de la Suite de Telemann à sa seule Ouverture, sans la moindre information préalable, ni postérieure d’ailleurs.

. l’ajout du Concerto pour la Nuit de Noël de Corelli

Voilà pour le respect du public ! Une fois dit cela, permettons-nous quelques doutes sur la pseudo souffrance de Matthias Goerne. Si on limite l’évaluation des deux cantates de Bach données ce soir-là, la Cantate BWV 158 « Der Friede sei mit dir » et la célèbre BWV 82 « Ich habe genug », à la seule participation du baryton allemand, on ne peut que rejoindre ce que l’on a l’habitude de dire à son égard : qualité du timbre, raffinement de l’expression, sens des nuances, vision rhétorique du texte chanté … tout ce qu’il nous donnait été baigné d’une grâce, d’une élégance, d’une force intérieure qui ne pouvaient susciter que la plus profonde admiration. Malade, ce génie ? Vous rigolez ! La preuve en est qu’il donna en bis l’air de basse extrait de la première cantate de l’Oratorio de Noël, « Grosser Herr und starker König », sans la moindre apparence de faiblesse physique.

Pour le reste, qu’il s’agisse de l’accompagnement instrumental des cantates ou des pièces instrumentales, nous eûmes droit au pire du pire de ce qu’une certaine tendance de l’interprétation baroque peut produire aujourd’hui. Une Suite de Telemann réduite à son seul mouvement initial, expédié vite fait mal fait (nombreux décalages) ; une violoniste leader de l’orchestre, Julia Schröder, dont la notice nous apprend que « sa curiosité la pousse vers des domaines aussi variés que le tango, l’improvisation et le jazz manouche » et dont on regrette que les leçons prises avec la grande Chiara Banchini aient été oubliées au profit de cette « curiosité » (mon dieu ! quel style désordonné ! quel étalage de vulgarité dans ses notes prises par en-dessous !) ; un Orchestre de chambre de Bäle « fabio-biondisant » à l’extrême le Concerto opus 6 n°8 de Corelli, chaque note se trouvant surlignée, et la si belle musette à peine bien en place ; et, comble du comble, Marcel Ponseele, le même qui nous a fait rêver au sein de la Petite Bande, de l’orchestre de chambre d’Amsterdam, de la Chapelle Royale, de l’Orchestre des Champs-Elysées, venu là cachetonner, n’offrant que de plats phrasés, une sonorité désagréable dans l’Adagio du Concerto de Bach. Non, les conditions sans doute rendues difficiles du fait des changements de programme et d’instrumentiste n’expliquent pas tout. Le respect du public était bien aux abonnés absents ce soir-là, et le pauvre Matthias Goerne avait beau, dans « Ich habe genug », essayer de jouer les Bons Pasteurs rassemblant les brebis égarées, la tâche était trop vaste.

Une nouvelle pierre noire à la saison de musique ancienne et baroque de la Cité de la Musique.

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- Paris
- Cité de la Musique, salle des concerts
- 17 décembre 2011
- Georg Philipp Telemann (1681-1767), Ouverture de la Suite pour hautbois, trompette, cordes et continuo en ré majeur TWV 55 :D1
- Arcangelo Corelli (1653-1713), Concerto grosso en sol mineur opus 6 n°8 « Pour la Nuit de Noël »
- Johann Sebastian Bach (1685-1750), Cantates « Der Friede sei mit dir » BWV 158 ; « Ich habe genug » BWV 82
- Matthias Goerne, baryton
- Julia Schröder, violon
- Marcel Ponseel, hautbois
- Kammerorchester Basel











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