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Matinales classiques à Monte Carlo

vendredi 20 mars 2009 par Cyril Brun
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Antonello Manacorda
DR

Comme il se doit pour une matinale, l’ambiance était détendue à l’Opéra Garnier ce dimanche pour entendre un répertoire éclectique au fil conducteur finement trouvé.

Pour continuer d’honorer l’année Haydn, l’Orchestre Philharmonique en effectif réduit ouvrit le concert par la symphonie n° 65. De Haydn à Mozart, la transition est facile, même si certains accents de cette symphonie sont plus proches de Beethoven que de Cosi fan tutte. Mais choisir deux airs de concerts proches de cet opéra permettait une habile transition vers Stravinsky. Il n’est jamais facile d’intégrer un auteur contemporain à une programmation classique. Mais la référence à Cosi fan tutte justifiait tout à fait un bel extrait de The Rake’s progress. Dans « l’ambito » mozartien, il était facile de glisser sur la symphonie n°5 de Schubert. La proximité des deux compositeurs est telle qu’elle se passe de toute explicitation. Pourtant, dans le détail, les cinq œuvres données cet après midi demeurent très différentes, et il est notable qu’Antonello Manacorda sut tout à la fois marquer les similitudes, tout en en soulignant les différences.

Toutefois, l’interprétation de Mozart comme de Haydn pâtit de la même déficience, si courante de nos jours. Le propre du style classique si métrique et régulier et donc d’une nécessaire fine précision faisait défaut. Certes un défaut discret, mais tenace tout au long de l’exécution. Les habitudes désormais bien ancrées des rubati romantiques, soumettant toute interprétation à la discrétion du chef tendent en effet, à emporter cette nécessaire rigoureuse précision classique. Ainsi dans cet élan, les temps frappés manquaient de précision, laissant un léger flou dans l’unité d’interprétation et quelques discrètes précipitations notamment les pianos subito. Dans le même esprit, la plupart des départs manquaient de rigueur, notamment pour les ouvertures de mouvement ou dans le troisième mouvement, après le silence de rupture. Sur le très bel appel des cors on peut souligner la même entrée approximative des cordes. De même après l’appel de l’harmonie du deuxième mouvement (premier appel trop en dehors, mais second excellent) le départ du thème était quelque peu bousculé. Mais hormis ces points de détails ce fut un très bel hommage à Haydn, particulièrement dans l’excellent finale. Les deux airs de Mozart subirent donc le même traitement. Notons que le manque de précision n’était pas individuel mais collectif : il manquait de l’équilibre et de la précision d’ensemble. Impression renforcée de ce fait par une certaine lourdeur des temps forts et des premiers violons légèrement décalés (disons flous) sur le final du second air. Enfin, si Lisa Larsson ravit le public monégasque par la puissance et la profondeur de sa voix, c’est peut être encore davantage par l’expression très lyrique de son interprétation qu’elle sut donner vie tant à Mozart qu’à Stravinsky. Il y avait toutefois plus de lyrisme dans son interprétation que dans celle de l’orchestre qui se contenta de soutenir la voix. Avec l’air d’Anne Trulov, on retrouvait la même clarté et puissance de voix, mais là encore il y avait quelque chose d’approximatif dans la relation avec l’orchestre. Les deux étaient finalement très indépendants, ce qui contribua peut être à mettre davantage en valeur la chanteuse. A la différence des trois morceaux précédents, l’orchestre se distingua dans Stravinsky par la précision et la finesse, ce qui fut particulièrement sensible et appréciable au changement de tempo parfaitement uni.

Schubert, si l’on excepte les fins de phrases, plus lâchées, comme essoufflées, que réellement achevées, prit vraiment vie. Les accents fortissimo et de belles nuances donnèrent une âme à l’œuvre, même s’il fallut attendre le dernier mouvement pour percevoir vraiment une interprétation. Globalement, en effet, les trois premiers mouvements furent une très belle succession de parties bien exécutée, mais dont on percevait mal l’unité. L’indépendance de la flûte et une certaine approximation des premiers violons dans le deuxième mouvement expliquent peut être une telle sensation. En revanche soulignons l’ensemble des basses (tous instruments confondus) et notamment la belle pédale de contrebasses du second mouvement. Malgré ce manque d’unité cursive, on en n’était pas moins charmé par la beauté des nuances et du chant du troisième mouvement. Comme ressaisi, tout l’orchestre sembla se retrouver sur le finale. Dès l’introduction on pouvait apprécier la précision qui avait fait défaut dans Haydn et Mozart, se laisser saisir par la finesse de jeu et du dialogue entre les instruments. La descente un peu poussive des premiers violons ne gâta pas le très beau finale, témoin, malgré ces remarques, d’une belle matinale, somme toute conséquente juste une semaine après le lourd programme qui avait vu David Lefèvre s’illustrer dans le concerto pour violon de Stravinsky, à l’issue duquel il avait promis à son public de donner lors d’un prochain concert le bis dont une tension musculaire l’avait privé et qu’il se réjouit d’entendre lors du prochain concert …

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- Monte-Carlo
- Salle Garnier
- 08 mars 2009
- Joseph Haydn (1732-1809), Symphonie n°65 en la majeur, Hob. I : 65
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Alma grande e nobil core KV578 ;
Chi sà, chi sà, qual sia KV582
- Igor Stravinsky (1882-1971), The Rake’s Progress : Air d’Anne Trulove
- Franz Schubert (1797-1828), Symphonie n°5 en si bémol majeur, D 485
- Anna Larsson, soprano
- Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo
- Antonello Manacorda, direction






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