ClassiqueInfo.com



Masur/National/Strauss : à quoi bon ?

mercredi 28 décembre 2011 par Philippe Houbert
JPEG - 27.1 ko
Kurt Masur
© Sasha Gusov

Aller écouter des artistes ayant dépassé les 80 ans, c’est un acte étrange et quelque peu malsain : mélange d’admiration, d’espérance de voir ses meilleurs souvenirs ravivés, de crainte de les voir déçus, d’envie de se dire plus tard « qu’on y était », à ce fameux dernier concert donné à Paris. Autant dire que la subjectivité du critique règne dans ce genre de concerts. Avouons très clairement qu’elle l’a été lors du dernier concert parisien en date donné par Kurt Masur, à la tête de l’orchestre qui fut le sien de 2001 à 2008 (il en est d’ailleurs toujours directeur musical honoraire).

Très étrange programme, entièrement consacré à Richard Strauss, mais pris à rebours chronologiquement, des Métamorphoses de 1945 au Till de 1895, en passant par un extrait du Chevalier à la Rose de 1910. Donc, après Dohnanyi, Jurowski, Nelsons, Welser-Möst (pour ne citer que les chefs entendus personnellement ces trois dernières années)), Kurt Masur donnait sa vision des Métamorphoses. Très vite, nous comprîmes que le chef allemand allait tirer l’œuvre du côté de la caricature de la sacro-sainte grande forme allemande, avec signifiant et signifié, sort fait à chaque mesure. Autant dire, très loin des visions plus élégiaques que Vladimir Jurowski (avec le Chamber Orchestra of Europe) et Franz Welser-Möst (avec Cleveland) avaient su imposer. L’œuvre quasi ultime de Strauss ne mérite nullement, de notre point de vue, d’être triturée, secouée (ah ! ces coups d’accordéon du début), violée (que de changements de tempo !). Du moins cette version très symphonique eût pu retenir l’attention si elle avait été supportée par un orchestre de premier plan, comme les deux cités ci-dessus. Mais, bien au contraire, et de façon assez parallèle au désastre dans lequel l’Orchestre de Paris s’était noyé sous la baguette d’Andriss Nelsons, le National fit ici étalage de ses insuffisances, la première d’entre elles étant la totale hétérogénéité de style entre les pupitres. Reconnaissons tout de même une belle dernière partie, enfin rendue à une unité d’expression. Mais c’était bien tard pour sauver cette vision d’un chef d’œuvre.

On en voudra presque plus à Kurt Masur d’avoir voulu imposer dans ce bien court programme le charcutage du finale de l’acte 3 du Rosenkavalier. Pris trop loin dans la partition, amputé du retour de la Maréchale et de Faninal, dirigé à un tempo d’enfer ne souffrant aucun souffle poétique, définitivement gâchée par une Maréchale et une Sophie de second plan, cette fin d’acte sembla bien peu théâtrale. Seule Andrea Hill, dans cet étalage de médiocrité, put faire vague illusion en Oktavian. C’est dire !

Pour terminer, Kurt Masur dirigeait un Till qui, à défaut d’espièglerie, était orchestralement en place. Mais à quel prix ? Tempo lentissime, lourdeur teutonne, cette merveille d’orchestration retrouvait, le temps d’un soir, tout ce que Debussy pouvait y détester. Seule la fin échappa au ratage.

On espère que Kurt Masur gardera assez de santé pour revenir à Paris bientôt et effacer cette bien mauvaise soirée.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez l’insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse qu’un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de l’auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, n’hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Paris – Théâtre des Champs-Elysées
- 24 Novembre 2011
- Richard Strauss (1864-1949), Métamorphoses pour 23 cordes ; Finale de l’Acte 3 de « Der Rosenkavalier » ; Till Eulenspiegels lustige Streiche, poème symphonique opus 28
- Sophie, Valentina Farcas ; la Maréchale, Cornelia Ptassek ; Oktavian, Andrea Hill
- Orchestre National de France
- Kurt Masur, direction











Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 551233

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Musique symphonique   ?

Site réalisé avec SPIP 2.1.8 + AHUNTSIC

Creative Commons License