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Mantovani-Boulez : tout les rassemble

lundi 1er février 2010 par Philippe Houbert
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Bruno Mantovani
© C. Daguet / Editions Henry Lemoine

Vingt quatre heures après avoir goûté un parfum d’éternité et de perfection avec Chanticleer, les hasards du calendrier musical parisien nous ont maintenu dans cette double atmosphère avec ce concert de l’Ensemble InterContemporain consacré à des œuvres de Bruno Mantovani et Pierre Boulez. Parfaite programmation que celle choisie par le chef Pascal Rophé d’associer Le Sette Chiese et Rituel in memoriam Maderna. On pourrait multiplier les parallèles entre ces compositions.

Quand Bruno Mantovani compose Le Sette Chiese en 2002, l’œuvre apparaît comme tout à fait singulière dans sa production : longue durée (quarante minutes), effectif (grand ensemble divisé en quatre groupes spatialisés), durée de la période d’écriture (plus de six mois).

Quand Boulez compose Rituel en 1974, c’est, à l’époque, une forme d’adieu au grand orchestre, à la fois lassé du travail de chef d’orchestre à New York et plus intéressé par la recherche que symbolisent parfaitement les diverses productions européennes d’Explosante-fixe. Donc, dans un cas, exploration du grand ensemble, dans l’autre, abandon (qui s’avéra non définitif) du grand orchestre.

Passons rapidement sur le parallèle le plus facile : l’Italie, avec cet ensemble architectural à nul autre pareil que représente ces « sept églises » encastrées les unes dans les autres et dont l’entrée se fait par la piazza San Stefano à Bologne ; et évidemment, le grand compositeur et chef d’orchestre vénitien, Bruno Maderna, aîné de 5 ans de Boulez, décédé à 53 ans en 1973.

Œuvres subdivisées toutes les deux en séquences : neuf pour Le Sette Chiese jouant sur divers traitements du matériau musical liés à l’espace (occupation progressive, conflit, focalisation, fragmentation, …), quinze pour Rituel où les impaires, dirigées, font office de répons formant refrains, et les paires constituent des versets en forme de couplets et sont non dirigées.

Compositions mettant en espace divers groupes instrumentaux : quatre pour l’œuvre de Mantovani (« deux ensembles quasiment symétriques fonctionnant généralement dans un principe d’antiphonie, plus un trio formé des instruments les plus graves au fond de la scène, et six musiciens disposés en arc de cercle et en hauteur », nous dit le compositeur) ; huit pour Rituel, allant du seul hautbois (groupe I) à un ensemble de cuivres (groupe VIII), chacun ayant sa propre percussion.
Enfin, un parallèle peut être aussi établi entre deux compositions à l’atmosphère générale de recueillement.

Le Sette Chiese, même si l’œuvre est celle d’un compositeur de 28 ans, reste une des compositions majeures de Mantovani. Comment ne pas être envouté, dès les premières mesures, par ce matériau musical foisonnant, par la succession des séquences créant chacune un climat bien particulier (intégration de bruits quotidiens dans « La Piazza San Stefano » ; long travelling sonore dans « L’église de Saint-Jean Baptiste » ; atmosphère méditative dans « La crypte » ; contemplative dans « La basilique du sépulcre », ….) ?

Nous avouons une fascination particulière pour les pièces médianes (sections 4, 5 et 6) dédiées respectivement à Hervé Boutry, Olivier Messiaen et Jonathan Nott, créateur de l’œuvre lors du festival Musica de Strasbourg en septembre 2002.

L’interprétation donnée en la salle des concerts de la Cité de la musique, sous la baguette de Pascal Rophé, était sensiblement différente de ce que Jonathan Nott ou Susanna Mälkki, ont pu en donner, notamment cette dernière que l’on peut retrouver sur un disque Kairos. Plus contrastée d’une pièce à l’autre mais aussi dans les intensités sonores, donnant ainsi une vision plus dramatique de l’œuvre, à comparer à l’atmosphère plus lyrique de la version de la chef finlandaise. Version passionnante sublimement mise en valeur par un Ensemble InterContemporain, non pas des grands jours, car, avec cette formation, les jours sont toujours grands.

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Pierre Boulez
© Deutsche Grammophon

Rituel in memoriam Maderna est sans doute l’œuvre de Boulez dont l’impact immédiat sur le public est le plus fort. Ceci est bien sûr dû au caractère répétitif, lancinant, rituel de l’œuvre au mode de base très simple. Mais l’architecture en arche asymétrique (amplification sonore de la section 1 à la section 14, déflation instrumentale dans la section 15 qui dure un tiers de l’œuvre) est aussi directement perceptible. Il s’agit donc bien d’une des compositions les plus « simples « de Boulez, sachant que rien n’est jamais simple avec lui et que cette apparente lisibilité architecturale recouvre des assemblages d’une subtilité et d’une virtuosité stupéfiantes.

En tout cas, l’œuvre est définitivement inscrite comme l’un des grands chefs d’œuvre de la musique orchestrale du siècle dernier. Là encore, l’Ensemble InterContemporain, renforcé par l’orchestre du CNSM de Paris, disséminés en octogone dans la salle, fit merveille sous la baguette de Pascal Rophé.

Comme nous le confia Bruno Mantovani à la fin du concert : « c’est incroyable, ils jouent ça comme si c’était « Au clair de la lune. »

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- Paris
- Cité de la Musique
- 23 janvier 2010
- Bruno Mantovani (né en 1974), Le Sette Chiese
- Pierre Boulez (né en 1925), Rituel in memoriam Maderna
- Ensemble InterContemporain
- Orchestre du CNSM de Paris (pour Rituel)
- Pascal Rophé, direction






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