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Magyar Madness au Lincoln Center : rangez les camisoles

jeudi 22 octobre 2009 par Thomas Deneuville
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The Orion String Quartet
© Lois Greenfield

Ce dimanche, par un temps à ne pas mettre un goulasch dehors, la Chamber Music Society du Lincoln Center offrait un programme consacré à la musique hongroise.

C’est dans le flambant Alice Tully Hall du Lincoln Center qu’avait lieu ce concert intitulé Magyar Madness (Folie Magyare), d’après la pièce éponyme du compositeur américain David Del Tredici. Le programme comportait une sélection de Danses Hongroises de Brahms, le troisième quatuor de Bartok, le quintette pour piano n°2 de Dohnanyi et la susnommée pièce de David Del Tredici (création New Yorkaise).

Alessio Bax et Anne-Marie McDermott ouvraient avec un arrangement pour piano quatre mains de Danses Hongroises de Brahms (numéro 6, 10 et 5). Dès les premières mesures l’alternance de lassú (phrase lente) et de friss (phrase rapide), caractéristiques des csárdás hongroises, donnait le ton. Même si la première danse était peut-être un peu plus hongroise que Brahms ne l’aurait souhaité (Anne-Marie McDermott, dans son enthousiasme, a décroché quelques ornementations fort … dissonantes !) l’ensemble était propre et le plaisir que les deux musiciens éprouvaient à jouer ces pièces très connues était communicatif.

C’était ensuite au tour du Quatuor Orion d’aborder le quatuor n° 3 de Bela Bartók. Considéré comme l’un des premiers ethnomusicologues, Bartók fût également l’un des premiers, avec Kodaly, à découvrir la vraie musique hongroise au cours de longues années de collecte. C’est l’une de ces mélodies paysannes, véridiquement magyare, que Bartók nous livre dans le deuxième mouvement de ce quatuor. Le premier, quant à lui, est basé sur une cellule mélodique brève que le compositeur soumet à de multiples transformations (inversion, diminution, augmentation, …). Le Quatuor Orion, imposant de musicalité était le fil conducteur du concert. Fort à son aise tout au long du programme, la formation affichait une cohésion sans faille, sans l’ombre d’un souci d’intonation. Chaque compositeur était servi d’une sensibilité pensée, adaptée, malgré le grand écart stylistique que cela représentait ce jour-là.

Le quintette pour piano n°2 de Dohnanyi voyait le retour d’Anne-Marie McDermott, qui se fondait avec grâce au Quatuor Orion. Rien de bien remarquable dans cette pièce composée en 1914 qui doit beaucoup, dirait-on, à Fauré pour l’harmonie et à Brahms pour la forme. Le canon qui ouvrait le troisième mouvement restait le seul point culminant de cette pièce.

L’entière seconde partie du programme était consacrée à Magyar Madness de Del Tredici, composée en 2006 pour le Quatuor Orion et le clarinettiste David Krakauer. Le titre est une référence directe au groupe Klezmer de Krakauer qui avait encouragé le compositeur à écrire quelque chose dans ce style mélismatique. La pièce s’articule en trois mouvements. Passionate Knights, le premier, débute sur une cadenza flamboyante pour clarinette soutenue par les cordes. Peu après, les thèmes de la première partie sont introduits avant d’être repris et transformés. Une autre cadenza clôt paisiblement le mouvement. Contentment est un interlude court pour cordes en sourdine qui n’est autre qu’une transcription pour quatuor d’une mélodie pour baryton composée par Del Tredici il y a une dizaine d’années. Ce second mouvement est l’occasion pour le compositeur californien d’exposer sa maitrise de la texture de quatuor. L’écriture, idiomatique, est évocatrice de certains quatuors de Beethoven mais l’harmonie, très XIXème, reste plate. Magyar Madness, le final de vingt minutes donne à nouveau une chance à David Krakauer d’exposer sa technique mais cette fois dans un langage plus Klezmer : il active avec brio tous les registres de son instrument, d’un chalumeau austère aux aigus lacrymaux. Les glissandi ainsi qu’un vibrato court finissent de charger la ligne mélodique d’un caractère qui se veut Ashkénaze. La musique Klezmer, depuis son renouveau aux Etats-Unis dans les années 70, fait partie de la culture New Yorkaise et le public du Lincoln Center aura su apprécier ces références. Même si, rythmiquement, le troisième mouvement nous tire agréablement de la torpeur de l’interlude, il reste thématiquement pauvre. Manque de chance, Del Tredici s’est inspiré du Divertissement à la Hongroise Op. 54 de Schubert où, dans le rondo, le thème revient de plus en plus orné alors que l’accompagnement s’anime. Il nous ressert donc les mêmes mélodies attendues, encore et encore … Alors que l’on commençait à se faire à l’idée, au milieu du mouvement, David Krakauer quittait la scène côté cour tandis que le quatuor chaussait ses sourdines de plomb. Le passage bitonal (le quatuor et la clarinette jouaient simultanément dans deux tonalités différentes) qui suivait, où la clarinette jouait en coulisse, ne suffisait malheureusement pas à renouveler l’intérêt pour cette pièce. Le public eût toutefois l’air d’apprécier qu’on le divertisse un dimanche pluvieux et réservait au compositeur, présent, une standing ovation (même si la plupart des gens debout l’étaient surtout pour remettre leur manteau).

Rien de bien dément ce dimanche, donc. Carnegie Hall présentait, en février, un programme à la fois bien plus « fou », magyar et humble à la fois.

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- New York
- Alice Tully Hall, Lincoln Center
- 18 octobre 2009
- Johannes Brahms (1833-1897), sélection de Danses Hongroises pour piano quatre mains (WoO)
- Bela Bartók (1881-1945), Quatuor à cordes no. 3, Sz. 85, BB 93
- Ernst von Dohnanyi (1877-1960), Quintette pour piano n°2 en Mi-bémol majeur Op.26
- David Del Tredici (né en 1937), Magyar Madness pour clarinette, deux violons, alto et violoncelle
- The Orion String Quartet
- David Krakauer, clarinette
- Alessio Bax, Anne-Marie McDermott, piano











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