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Magnifique Elixir d’amour à l’Opéra de Lille

samedi 22 janvier 2011 par Richard Letawe
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Renato Girolami ; Bülent Bezdüz
© Frédéric Iovino

L’Opéra de Lille débute 2011 avec une toute nouvelle production de l’Elixir d’amour qui sera montée à partir du mois prochain à Saint-Etienne, et continuera ensuite sa carrière à Rouen, Angers et Nantes, et finalement à Limoges en novembre prochain.

Il n’est pas facile de mettre lElixir d’amour en scène, l’œuvre légère et fantaisiste ne résistant pas à tous les traitements qui la font tomber parfois dans la farce grossière ou la niaiserie. C’est un écueil qu’évite Richard Brunel qui réalise une mise en scène subtile, à la fois gaie et sérieuse, qui prend au sérieux les personnages et les situations, souvent à la limite du tragique. Le rôle de Nemorino est ainsi particulièrement soigné, qui de benêt maladroit comme il est trop souvent montré, est ici un jeune homme déterminé, au caractère entier, dont le désespoir face à la froideur de l’attitude d’Adina l’amène à des solutions radicales, qui s’avèrent efficaces, mais périlleuses… Autre personnage attachant, celui de Dulcamara, qui promène son ennui de voyageur de commerce blasé et ne s’anime qu’au moment où il lance son numéro de bonimenteur. Il va cependant s’intéresser de près au cas de Nemorino, qui le sort de sa torpeur, et surtout à celui d’Adina qui le trouble et lui laisse manifestement le regret d’une vie moins solitaire.

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Olga Peretyatko ; Bülent Bezdüz
© Frédéric Iovino

L’action se déroule dans un cadre année moderne crédible, qui ne parasite pas l’action et qui permet quelques dispositifs intéressants, comme la scène de démonstration de Dulcamara, savoureusement rehaussée par des publicités télévisées, ou bien encore la scène très amusante où Nemorino est assailli dans une discothèque par un essaim de jeunes filles qui ont appris qu’il était désormais un riche héritier. Inventif mélange de gravité, d’humour et de tendresse, très fin psychologiquement, le travail de Brunel est un véritable accomplissement, rendant parfaitement compte du double jeu de dupes qui se joue dans cette pièce, et confirme qu’il fait partie des metteurs en scène à suivre aujourd’hui.

C’est l’Orchestre de Picardie qui est dans la fosse pour cette production. Il se comporte bien, malgré des textures instrumentales un peu opaques, et une certaine rudesse des cordes. Il est placé sous la direction très alerte d’Antonello Alemandi, qui livre une interprétation soignée et très attentive au confort des chanteurs.

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© Jean-Louis Fernandez

Cette soirée se distingue également par une distribution de très haut niveau, qui est pour chacun des membres à la hauteur des exigences belcantistes. Dans le rôle assez effacé de Gianetta, Hanna Bayodi-Hirt est impeccable, alors que le personnage hâbleur de Belcore est interprété avec brio par Claudio Loconsolo, physique de paracommando, grande voix de fauve, légèrement caverneuse, mais qui évite les aboiements et ne brutalise pas la ligne de chant. Dans le rôle de Dulcamara, Renato Girolami, à la musicalité irréprochable, tout en finesse et en sobriété, réalise une prestation qui nous console de ne jamais avoir entendu son maître Sesto Bruscantini, dont il est assurément un digne héritier.

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Olga Peretyatko ; Bülent Bezdüz
© Jean-Louis Fernandez

Bülent Bezdüz n’a pas l’extrême facilité d’aigu qui serait idéale pour Nemorino, mais son timbre assez grave, sa voix large, la sûreté et la puissance de son chant donnent à son personnage toute la noblesse et la profondeur requises par la mise en scène. Sa ligne de chant est d’une souplesse magnifique, ses phrasés élégants, et surtout il émeut par un investissement et une sincérité très réels, sans être larmoyant ou compassé.

Enfin, terminons en beauté avec la pulpeuse Adina d’Olga Peretyatko, qui réalise un véritable festival belcantiste, ravissant l’auditoire par un timbre chaud et fruité, des aigus dardés avec une précision chirurgicale, et par des vocalises d’une justesse et d’un aplomb merveilleux. L’interprète est en prime très convaincante sur le plan dramatique, faisant passer son personnage par touches successives de la femme sûre d’elle, dédaigneuse et dominatrice, à l’amoureuse tendre et angoissée, qui comme Nemorino joue son va-tout avec son engagement au régiment, frôle le précipice en feignant de vouloir épouser Belcore.

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Olga Peretyatko ; Renato Girolami
© Jean-Louis Fernandez

On ne se lasse pas de repenser à cet étonnant spectacle, dont tous les composants étaient parfaitement imbriqués, au même niveau d’excellence.

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- Lille
- Opéra
- 12 janvier 2011
- Gaetano Donizetti (1797-1848), L’Elisir d’Amore. Melodramma giocoso en deux actes sur un livret de Felice Romani
- Mise en scène, Richard Brunel ; scénographie, Marc Lainé ; lumières, Mathias Roche ; costumes, Claire Risterucci ; maquillage/coiffure, Magali Ohlmann ; dramaturgie, Catherine Ailloud-Nicolas
- Olga Peretyatko, Adina ; Bülent Bezdüz, Nemorino ; Guido Loconsolo, Belcore ; Renato Girolami, Dulcamara ; Hanna Bayodi-Hirt, Giannetta
- Chœur de l’Opéra de Lille, Yves Parmentier, chef de choeur
- Orchestre de Picardie
- Antonello Allemandi, direction





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