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Macbeth au Grand-Théâtre de Genève

lundi 9 juillet 2012 par Emmanuel Andrieu
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Jennfier Larmore, Lady Macbeth
© GTG/Monika Rittershaus

C’est avec une certaine appréhension que nous nous rendions au Grand-Théâtre de Genève, après les catastrophiques relectures in loco de La Donna del lago et surtout des Vêpres siciliennes l’an passé par le trublion allemand Christoph Loy. Contre toute attente, c’est à un travail très respectueux du livret qu’il s’est livré - loin de toute transposition hasardeuse - récoltant un franc succès auprès d’un public genevois visiblement réconcilié avec lui.

Ainsi, le metteur en scène, adepte du Regietheater, souvent iconoclaste et ne regardant pas aux coupures qui l’arrangent, vient de fournir aux mélomanes - par le sérieux d’une approche restituant la démesure shakespearienne, et avec la connivence du chef allemand Ingo Metzmacher - une « grande » soirée, telle que le Grand-Théâtre n’en avait pas connu, dans le répertoire italien, depuis bien longtemps.

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© GTG/Monika Rittershaus

Se détachant pour une fois de correspondances politiques intentionnellement et souvent arbitrairement recherchées, Christoph Loy semble avoir assimilé la phrase écrite par Verdi, pendant la composition de son premier ouvrage inspiré de Shakespeare : « Le thème de l’opéra n’est ni politique ni religieux, il est fantastique ». Ce qui lui permet, sans sacrifier le sujet intrinsèque de la tragédie, d’orienter sa production dans la voie d’un esthétisme décadent - largement inspiré des films expressionnistes de l’entre-deux guerres - magnifié par l’extraordinaire décor unique - imposant hall d’un château médiéval tout en grisaille - que de Jonas Dahlberg a mis à sa disposition. Il faut aussi évoquer les superbes lumières tamisées et obliques de Bernd Purkabek, qui participent de l’atmosphère oppressante qui règne sur scène.

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Jennfier Larmore, Lady Macbeth
© GTG/Monika Rittershaus

Egalement très attendue (au tournant) était la prise de rôle de la mezzo américaine Jennifer Larmore en Lady Macbeth. Si l’artiste, grande habituée du répertoire belcantiste de Rossini et de Donizetti, émerveille par une ligne de chant irrésistible, est-elle pour autant une Lady Macbeth ? Rappelons que Verdi désirait « une voix laide » pour ce rôle alors que celle de Larmore fait au contraire montre d’un timbre pur et flatteur. La voix manque aussi cruellement de raucité et de volume, et l’actrice ne fait, par ailleurs, jamais peur. En revanche, le contre-Ré bémol de la scène du somnambulisme, si souvent escamoté ou raté, ne lui pose aucun problème.

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© GTG/Monika Rittershaus

Remplaçant Davide Damiani, annoncé souffrant, le baryton italien Franco Vassallo ne convainc pas beaucoup en Macbeth, plus avec une émission engorgée, une puissance vocale limitée et quelques accents véristes hors propos. Néanmoins, il parvient à toucher dans le fameux air du IV « Pietà, rispetto, amore ».

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© GTG/Monika Rittershaus

D’un tout autre format vocal et impact émotionnel s’avère la basse américaine Christian van Horn. Sa voix d’airain possède un grain magnifique et se montre capable d’une gamme surprenante de couleurs. Le rôle de Macduff est confié au ténor italien Andrea Carè, ancien élève de Pavarotti, dont le registre aigu s’avère d’une aisance suprême, mais un legato plus affirmé lui échappe encore. D’excellents comprimari complètent la distribution, avec une mention particulière pour la Dame de compagnie de Natalia Gavrilan.

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© GTG/Monika Rittershaus

En fosse, Ingo Metzmacher sait exalter ce qu’il y a de nouveauté, de force, et parfois d’âpreté, dans la musique de cet opéra qui semble jouer constamment sur des exigences contradictoires. La tension dramatique s’y accompagne de moments de chant à l’ornementation particulièrement délicate, ce qui requiert, à tous les niveaux de l’interprétation musicale, un discours jamais monotone. On saluera enfin le remarquable travail de Ching-Lien Wu sur le chœur maison, constamment entraîné sur la brèche, avec une parfaite homogénéité et une riche palette de nuances.

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- Genève
- Grand-Théâtre
- 26 juin 2012
- Giuseppe Verdi (1813-1901), Macbeth, Opéra en quatre actes. Livret de Francesco Maria Piave et Andrea Maffei, d’après la tragédie de Shakespeare.
- Mise en scène, Christoph Loy ; Décors, Jonas Dahlberg ; Costumes, Ursula Renzenbrik ; Chorégraphie, Thomas Wihlelm ; Lumières, Bernd Purkrabek.
- Franco Vassallo, Macbeth ; Jennifer Larmore, Lady Macbeth ; Christian van Horn, Banco ; Andrea Carè, Macduff ; La Dame de compagnie, Natalia Gavrilan ; Emilio Pons, Malcolm ; Khachick Matevosyan, le Médecin.
- Chœur du Grand-Théâtre de Genève ; direction, Ching-Lien Wu
- Orchestre de la Suisse Romande
- Ingo Metzmacher, direction






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