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Macbeth à Bastille : voyage en eaux troubles

vendredi 1er mai 2009 par Hélène Biard
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©Ruth Walz / Opéra national de Paris.

14 Mars 1847, Teatro alla pergola de Florence : c’est la création du nouvel opéra de Verdi, Macbeth. Le compositeur a tiré son sujet de la pièce éponyme de Shakespeare et confié l’écriture du livret à Francesco Maria Piave, auquel il a envoyé des instructions très précises. Néanmoins Piave jette l’éponge et Verdi le remplace par Andréa Maffei qui suivra scrupuleusement les désirs du compositeur. Piave s’en plaindra d’ailleurs à Verdi qui ne lui en tiendra pas rigueur puisque les deux hommes collaboreront ensuite pour d’autres oeuvres. Cependant Verdi modifiera son opéra en 1865 et cette fois il sera créé en français au Théâtre lyrique de Paris. Entré au répertoire de l’Opéra de Paris en 1984, Macbeth a été redonné dans la production d’origine trois ans plus tard. Gérard Mortier a souhaité faire une nouvelle mise en scène pour cette troisième reprise et l’a confié au russe Dmitri Tcherniakov qui avait déjà réglé la mise en scène d’Eugène Onéguine en début de saison. Le moins que l’on puisse dire c’est que cette nouvelle production, en coopération avec l’opéra de Novossibirsk, fait couler de l’encre tant la mise en scène déroute et pose question d’un bout à l’autre du déroulement du spectacle.

Ce qui frappe d’entrée c’est la présence permanente d’un rideau transparent sur lequel apparaît régulièrement un plan de ville sorti tout droit d’un ordinateur qui zoome et dézoome grâce à google earth. C’est ainsi que nous passons tour à tour d’un village, ou d’un quartier construit en bois, censé représenter la forêt, à une belle maison bourgeoise dont nous ne voyons que le salon et dans lequel se passent toutes les scènes qui ont lieu en principe dans le palais de Macbeth. Nous regrettons aussi que tout le fantastique ait disparu alors que c’est un aspect essentiel de la pièce de Shakespeare : les sorcières sont remplacées par le peuple, le spectre de Banco et les apparitions du dernier acte elles passent également à la trappe. On voit ainsi le malheureux souverain donner de grands coups de moulinets dans le vide, jouer plus ou moins au jeu de massacre pendant le banquet final du deuxième acte, et crier sa terreur sur une scène sans fantômes ni apparitions dignes de ce nom. Exaspérante aussi la sonorisation qui gâche plus qu’autre chose certaines scènes (lecture de la lettre par Macbeth et non par son épouse, finale du I entre autres). Une autre incohérence frappante est la réunion des sicaires qui doivent assassiner Banco, et qui se fait en sa présence.

En ce qui concerne la direction d’acteur, elle est faible et les artistes ne doivent compter que sur leur talent, dans des costumes qui n’en sont pas puisque ce sont de simples tenues de ville : Macbeth et Banco par exemple fêtent la victoire en smoking, une flûte de champagne à la main. Bref, on constate avec tristesse que Dmitri Tcherniakov et son équipe n’ont pas eu beaucoup d’idées de génie dans la mise en scène qui leur a été confiée.

Dans un tel contexte le cast de ce Macbeth se montre vaillant. Annoncée souffrante au début de la représentation Violetta Urmana surprend par une vitalité et une énergie inégalables, et seul l’aigu final de la scène du somnambulisme est escamoté ce qui est un moindre mal après avoir vu et entendu une Lady Macbeth ambitieuse et mordante à souhait. Dimitri Tilkiakos dans le rôle-titre souffre de la sonorisation intempestive, de l’ascendant d’une Lady remarquable mais surtout d’une voix trop courte pour une salle comme Bastille ; cette belle voix de baryton au timbre chaleureux est cependant appréciable. Dans le court rôle de Banco, on retrouve Ferruccio Furlanetto, un habitué de cette scène. Il apparaît d’abord peu à l’aise mais donne quand même une interprétation honorable de son personnage et « studia tuo passo o mio figlio » passe très bien. Excellent comédien il donne à son Banco un aspect humain qui tranche radicalement avec la morgue du couple Macbeth/Lady. Saluons aussi le très beau Macduff de Stefano Secco qui avait séduit notre collègue dans Don Carlo donné également à Bastille la saison dernière et son aria « Figli, o figli miei... Ah la paterna mano » est très bien chanté. Dans l’ensemble les autres rôles secondaires sont correctement interprétés. Notons qu’une alternance est prévue pour les trois dernières représentations de la série pour les personnages de Macduff, Banco et Lady Macbeth.

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©Ruth Walz / Opéra national de Paris.

Dans la fosse, le jeune chef grec Téodor Currentzis, dont ce n’est pas le premier passage à l’Opéra de Paris, fait montre d’un bel enthousiasme, mais il est parfois brouillon et, en ces occasions, couvre les artistes et les choeurs qui évoluent sur le plateau. A sa décharge, la sonorisation qui s’invite aux moments les plus dramatiques de l’action est plus un boulet qu’une idée lumineuse. Nous apprécierions cependant d’entendre un peu moins certains pupitres, les vents notamment, au profit d’une plus grande homogénéité générale de l’orchestre. Quant aux choeurs, dirigés par Alessandro Di Stefano, si la préparation musicale est visiblement meilleure que la saison passée, la diction est franchement mauvaise et il faut tendre l’oreille pour arriver à comprendre ce qu’ils chantent ; néanmoins reconnaissons que la mise en scène ne les met vraiment pas en valeur : on ne les voit que dans la « forêt », et ils sont invisibles le reste du temps.

La déception que nous cause ce Macbeth est donc due essentiellement à une mise en scène inefficace sur le plan dramatique et inadéquate sur le plan des décors et costumes. Si une telle transposition peut passer pour d’autres oeuvres, elle n’est vraiment pas du meilleur effet ici. Nous aurions également souhaité voir à la baguette un chef plus expérimenté, même si Currentzis fait de réels efforts pour donner à la musique le souffle et l’élan voulus par le Verdi de 1847. On entend cependant de très belles choses sur scène et c’est ce qui sauve en partie la représentation.

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- Paris
- Opéra Bastille
- 26 avril 2009
- Giuseppe Verdi (1813-1901), Macbeth
- Mise en scène, décors et costumes : Dmitri Tcherniakov ; lumières : Gleb Filshitinsky ; co-costumière : Elena Zaytseva ; Réalisation de la vidéo : Léonid Zalessky, Ninjas Films
- Macbeth : Dimiti Tiliakos ; Lady Macbeth : Violetta Urmana ; Banco : Ferruccio Furlanetto ; Macduff : Stéfano Secco ; Malcolm : Alfredo Nigro ; Medico/Domestico : Yuri Kissin ; Sicario : Jian-Hong Zhao ; Apparizione I : soliste de la maîtrise des Hauts de Seine ; Apparizione II : Denis Aubry ; Apparizione III : Vania Boneva ; Duncan : Jean-Christophe Bouvet
- Choeurs de l’Opéra National de Paris ; Maîtrise des Hauts de Seine, Choeur d’enfant de l’Opéra National de Paris. Chef des choeurs : Alessandro Di Stéfano
- Orchestre de l’Opéra national de Paris
- Theodor Currentzis, direction






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