ClassiqueInfo.com




Mūza Rubackyté à l’Orangerie de Rochemontès

lundi 11 juin 2012 par Laurent Marty

Elle est toujours là, présente discrète et déterminée pourtant, prête à consoler les angoisses d’artistes, à endurer les élucubrations de journalistes, à calmer les colères des critiques. Inlassablement, elle arrange les rencontres, organise ces soirées d’après concert où chacun, dans l’espoir de briller, brûle ce qu’il a adoré quelques minutes plus tôt de peur de se montrer trop enthousiaste. Et elle, mi-marieuse, mi-maternelle, rieuse et un peu sévère aussi, écoute, tempère, rectifie, influence mine de rien.

A combien de concerts sommes-nous allé emporté par son enthousiasme ou simplement par affection ? Catherine Kaufmann Saint-Martin est sans doute la seule attachée de presse capable de faire venir plus de critiques que de public à l’improbable audition d’une chorale d’enfants dans une église sans chauffage au cœur de l’hiver, ou de déplacer tout son carnet d’adresses à un concert d’élèves donnant un opéra occitan. C’est comme ça, personne ne résiste à son charme et à son énergie - et tous nous craignons un peu ses sévérités, le plus sourcilleux se fait petit garçon.
Folle de musique, comme elle le dit elle-même, après une longue carrière (mais on ne dira pas de combien, c’est promis) à la télévision, elle a également tâté de la radio, défendant toujours avec la même joie des artistes qui sont devenus, pour la plupart ses amis.
Il était inévitable qu’elle passe un jour de l’autre côté. Voici donc notre attachée de presse préférée devenue organisatrice de concerts.

Courtes saison, de trois concerts seulement pour l’instant, mais ce dernier en tout cas eût un beau succès public. Il faut dire que le lieu est superbe, l’orangerie du château de Rochemontès à quelques kilomètres de Toulouse. Imaginez le décor. En pleine campagne, au fond d’un parc à la française - on aperçoit le château derrière sa grille - se dresse cette orangerie du XVIIIe tout en briques rouges transformée en salle de musique l’espace d’un concert. Public élégant et nombreux, et Mūza Rubackyté ce soir-là joue les châtelaines en robe longue au piano. On se croirait dans quelque vieux film hollywoodien d’Albert Lewin, et l’on guette en vain l’entrée de George Sanders.

JPEG - 84.8 ko
Mūza Rubackyté
© CV

Avec un engagement total, une passion certaine, un goût prononcé pour les sonorités gourmandes et moelleuses, Mūza Rubackyté restitue au vague à l’âme de Kurlionis tout son caractère improvisé. Instant charmant qui se prolonge avec les pièces de Scriabine, même si ce piano très enrobé suggère plus qu’il n’approfondit leur atmosphère angoissée. Séduisant, mais sans doute plus décoratif que satanique ; la richesse de la sonorité (beau piano bien réglé, d’ailleurs) fait perdre un peu de netteté aux plans sonores, et la volonté d’un legato permanent enlève de la sécheresse et de l’âpreté que l’on prête parfois à ces pages.

Les lieder, plus Liszt que Schubert, enrubannés de rubato et de pédale, manquent un peu de l’inexorable détaché que demande Marguerite au rouet. On remarquera, sans paraître trop vétilleux, quelques ratés dans les traits lisztiens qui tombent parfois à côté.

Concert un peu précieux dont le charme entêtant a quelque chose d’un parfum agréable mais trop lourd, qui plaît et étourdit tout à la fois.

La prochaine saison démarrera le 28 octobre avec un concert Rachmaninov de Marie-Paul Milone au violoncelle accompagnée de Denis Pascal, puis le 13 janvier Marc Coppey, seul cette fois, unira les suites de Bach et Cassadò à la sonate de Kodaly.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez lâ€â„¢insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse quâ€â„¢un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de lâ€â„¢auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, nâ€â„¢hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Seilh
- Orangerie de Rochemontès
- 13 mai 2012
- Mikalojus Konstantinas Ciurlionis (1875-1911), 3 préludes ; 2 nocturnes
- Alexandre Scriabine (1872-1915), Valse op. 38 ; 3 études op. 8 n° 9. 11 et 12
- Franz Schubert (1797/1828) : 5 lieder transcrit par Liszt
- Franz Liszt (1811-1886), Venezia et Napoli : Gondoliera, Canzone et Tarantella (extraits de la 2e année de pèlerinage)
- Mūza Rubackyté, piano






Accueil | Contact | Plan du site | | icone statistiques visites | info visites 842937

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Récitals   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.16 + AHUNTSIC

Creative Commons License