ClassiqueInfo.com




Lyrique-en-Mer 2012 : La Cenerentola

lundi 20 août 2012 par Richard Letawe

Le festival Lyrique-en-Mer se coupe en quatre pour son public ! Alors que la dernière liaison maritime vers le continent quitte Belle-Île en début de soirée, le festival affrète depuis trois ans maintenant un bateau qui amène dans l’après-midi les spectateurs qui séjournent sur le continent, et les ramène à leur port de départ [1] après les représentations. Cela fait de longues soirées (retour au port après une heure du matin) et il est évidemment un peu dommage de devoir quitter un paradis tel que Belle-Île après seulement quelques heures de séjour, mais se rendre à l’opéra en bateau a quelque chose de magique, et le retour, en pleine nuit, les dernières notes de La Cenerentola à peine éteintes, pour une heure de croisière est un moment qui marque dans une carrière de mélomane.

Le festival insulaire n’en est pas à une singularité près : il fait aussi preuve d’originalité en montant des productions lyriques dans l’arsenal de la citadelle, un endroit qui n’a rien pour faire un théâtre, sinon qu’on peut y disposer les sièges des spectateurs : les colonnes soutenant le plafond sont épaisses et placées en plein milieu de la salle, il n’y a pas de places pour des décors, pas de fosse d’orchestre, pas de dégagement latéraux ni de coulisses, et pourtant, grâce à l’ingéniosité de l’équipe artistique, on y passe de superbes soirées lyriques, sans avoir jamais l’impression de manquer de quoique ce soit par rapport à production « normale ». Le principal problème que pose ce lieu tout en longueur est de trouver une emplacement pour l’orchestre. Pas de fosse, mais aussi très peu de place, car toutes les entrées et sorties des chanteurs doivent se faire par l’arrière de la scène. On le place donc sur une petite moitié de l’arrière scène, ce qui fait qu’il ne peut guère compter plus d’une douzaine de musiciens. Une réduction de la partition orchestrale est donc obligatoire, qui est l’œuvre du directeur musical Philip Walsh. Dans une œuvre plutôt légère comme La Cenerentola, cette réduction fonctionne très bien dans l’ouverture, la petite formation instrumentale, tonique et aiguisée, sonne admirablement, et dès que les chanteurs font leur apparition, l’oreille se fait très rapidement à la légèreté du tissu orchestral. Excellent adaptateur de partitions, Philip Walsh est aussi un très bon chef, car placé dos à l’action, il dirige avec vivacité, sans hésitation et surtout sans décalages avec ses chanteurs, ce que bien des noms plus huppés n’arrivent pas à faire en étant face à la scène…

Les chanteurs justement, jeunes, venus pour la plupart d’outre-Atlantique, et inconnus chez nous, forment une distribution d’un niveau surprenant. Elle est ici dominée par le sémillant Dandini de Jonathan Beyer, belle voix de baryton à l’émission franche, au chant plutôt soigné malgré une légère tendance à aboyer. Sa haute stature, tout à l’opposé de celle de son maître Don Ramiro, lui permet de composer un faux-prince crédible, à l’allure qui en impose, mais sait aussi se montrer sensible face à la détresse de Cendrillon.Celle-ci est chantée avec beaucoup de talent par Karin Mushegain, dont le timbre un peu monochrome n’est pas le plus riche qui soit, mais qui possède néanmoins une voix puissante, bien posée, à la projection facile. L’interprète est touchante, trouvant les accents adéquats à toute la palette d’émotions que son personnage traverse au cours de l’œuvre. Sa rencontre avec le prince est ainsi un beau moment de tendresse et de joie, et le pardon qu’elle accorde à sa détestable belle-famille est d’une sincérité palpable. Un sans-faute donc pour cette jeune artiste, qui éclipse très légèrement son Don Ramiro Javier Abreu, un ténor gracieux, dont les aigus sont parfois un peu instables et la projection confidentielle, mais au style vocal très sûr, et au timbre séduisant et ensoleillé.

L’Alidoro de Christopher Job est irréprochable, bien chantant, très noble, alors que le Magnifico de Jason Switzer fait oublier ses quelques travers vocaux, même si on n’attend pas de son personnage un leçon de belcanto, par une performance d’acteur réjouissante, montrant aussi bien sa prétention ridicule, sa méchanceté vis-à-vis de sa belle-fille et son obséquiosité envers les puissants. Enfin, une Cenerentola a besoin d’une paire de sœurs qu’on prend plaisir à détester. C’est le cas ce soir avec Louise Pingeot et Joanna Wernette, l’une aussi maigrichonne que l’autre est dodue, mais toutes les deux aussi fausses et mesquines que possible, avec une mention pour la seconde qui en plus de très bien chanter, propose un numéro de séductrice plantureuse absolument déjanté.

Après les chaleureux applaudissements d’un public conquis, et il faut le souligner particulièrement respectueux, il ne nous restait plus qu’à descendre de la citadelle vers le port pour rejoindre notre bateau pour une croisière nocturne, un moment de rêve offert par un festival pas comme les autres.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez lâ€â„¢insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse quâ€â„¢un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de lâ€â„¢auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, nâ€â„¢hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Le Palais
- Citadelle Vauban
- 06 août 2012
- Gioachino Rossini (1792-1868) , La Cenerentola ; Dramma giocoso en deux actes, livret de Jacopo Ferretti d’après Charles Perrault
- Richard Cowan, mise en scène ; Marlis Senoner, lumières ; Aya Roppongi-Vecile, Amélie Ruffin, costumes ; Martin Schreiner, assistant à la mise en scène
- Karin Mushegain, Angelina ; Javier Abreu, Don Ramiro ; Jonathan Beyer, Dandini ; Jason Switzer, Don magnifico ; Christopher Job, Alidoro ; Louise Pingeot, Clorinda ; Joanna Wernette, Tisbe
- Ensemble orchestral
- Philip Walsh, direction

[1qui varie en fonction des dates entre Port-Navalo, Quiberon et La Trinité-sur-Mer






Accueil | Contact | Plan du site | | icone statistiques visites | info visites 842335

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Opéra   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.16 + AHUNTSIC

Creative Commons License