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Luisada et les Modigliani : des noces impossibles

vendredi 30 octobre 2009 par Carlos Tinoco
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Jean-Marc Luisada
© Catherine Cabrol

On ne peut que savoir gré à Jean-Marc Luisada d’inviter pour une de ses cartes blanches de l’année le Quatuor Modigliani pour lequel nous avons les oreilles de Chimène et que nous ne réentendrons pas à Paris avant longtemps. Mais pourquoi vouloir jouer avec eux un quintette de Schubert si c’est pour se soucier aussi peu d’écoute mutuelle ? Cette curieuse Truite aux bonds chaotiques a cherché en vain sa respiration. Heureusement, on pouvait se consoler avec le Lever de soleil dans lequel les Modigliani sont décidément magistraux.

Reconnaissons à Jean-Marc Luisada, en plus d’un toucher indéniable, un univers musical qui lui est propre et dont la fantaisie est souvent séduisante. Mais ce trait devient un handicap pour la musique de chambre s’il empêche de dialoguer avec les partenaires. En récital, ces rubatos savamment dosés font parfois merveille ; l’autre jour cette succession d’accelerando et de rallentendo, souvent intéressants mais toujours imprévisibles, a contraint les Modigliani et Christophe Dinaut à un numéro d’équilibriste constant pour que l’ensemble ne s’effondre pas complètement. Du coup, pour savoir comment les Modigliani respirent dans Schubert (car nous maintenons, à la réécoute de leur Haydn, que la respiration est leur atout le plus remarquable), on repassera. Comment lâcher ses phrasés quand le terrain est à ce point miné ? Bref, cette Truite asthmatique aura surtout servi à entendre les qualités instrumentales de Christophe Dinaut (celles des Modigliani ne nous surprennent plus) qu’on espère entendre dans un contexte plus favorable.

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Quatuor Modigliani
DR

Mais, parce qu’il fallait un chanceux en cette matinée, c’est Loïc Rio qui a tiré le bon numéro. Il a échappé au champ de mine et n’a eu à tenir sa partie que dans le quatuor Lever de soleil, ce qu’il a d’ailleurs fait avec sa grâce habituelle. Pour lui, un concert parfait en somme. Car, si l’on omet le fait que François Kieffer a mis un peu de temps à entrer pleinement dans son jeu, l’ensemble du quatuor s’est montré fidèle à ce qu’il avait déjà montré au Louvre dans cette œuvre. On a assisté à une interprétation ciselée à l’extrême, où il nous a semblé entendre parfois une liberté encore plus aboutie que l’année dernière. Nous les comparions alors aux Italiano (notamment pour leur Beethoven) ; il nous semble, à les réécouter, qu’ils sont une synthèse savante d’une certaine tradition américaine (qu’on irait chercher chez les Juilliard ou chez les Lasalle), pour l’équilibre et la charpente de leur jeu, et d’une tradition viennoise débarrassée de ses traits les plus idiosyncrasiques, pour la subtilité du phrasé. Un critique disait l’autre jour fort justement que le Brahms de Dohnanyi (sur lequel nous reviendrons dans un autre article) était un Brahms pour gens cultivés, on peut en dire autant de leur Haydn : le jeu des Modigliani n’est pas expressionniste, il n’est pas échevelé, et une écoute superficielle pourrait faire croire qu’il manque de caractère, parce que le geste n’est jamais ostentatoire. Mais c’est justement cette intégrité, ajoutée à toutes les qualités que nous avons déjà décrites, qui laisse soupçonner un possible Schubert sublime. On attend confirmation.

Jean-Marc Luisada se produira le 13 juin prochain à l’Eté musical d’Horrues dans un récital Chopin.

Le Quatuor Modigliani sera présent au douzième festival Musique et nature en Bauges qui se déroulera du 17 juillet au 22 août 2010.

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- Paris
- Théâtre du Châtelet
- 18 octobre 2009
- Joseph Haydn (1732-1809), Quatuor en si bémol majeur op. 76 n° 4 Hob.III/78 « Lever de soleil »
- Franz Schubert (1797-1828) : Quintette pour piano et cordes en la majeur op. 114 D.667 « La truite »
- Jean-Marc Luisada, piano
- Christophe Dinaut, contrebasse
- Quatuor Modigliani : Philippe Bernhard, violon ; Loïc Rio, violon ; Laurent Marfaing, alto ; François Kieffer, violoncelle.






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