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Lohengrin, une première wagnérienne à Luxembourg

mardi 1er décembre 2009 par Richard Letawe
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© Björn Hickmann

Grande première ce mois de novembre au Grand-Duché de Luxembourg, avec la représentation scénique d’un opéra de Wagner, ce qui ne s’était jamais produit dans ce pays à la tradition lyrique récente. Cette première se fait avec Lohengrin, dans une production venue du Saarlandisches Staatstheater de Sarrebruck.

Contrairement aux autres partenaires réguliers du Grand Théâtre de Luxembourg, Festival d’Aix, Monnaie de Bruxelles, le théâtre sarrois n’a pas un grand rayonnement international, pourtant, la distribution réunie par cette maison était alléchante, au moins sur le papier…

La mise en scène de ce Lohengrin est ce pendante très décevante, et pour tout dire très provinciale. Outre la laideur des costumes et des décors, et le manque de direction théâtrale, on regrette le télescopage des époques, et surtout l’inadéquation entre la mentalité et la psychologie des personnages du livret, et ce qui est montré. Alors que Lohengrin a pour cadre une société médiévale dans laquelle lignage, ascendance, blasons sont fondamentaux, la mise en scène transpose l’action dans ce qui ressemble à la fin du XIXème siècle, dans une sorte de Secte du cygne, dont tous les membres portent l’uniforme, défilent en rang, et où toute individualité semble bannie.

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© Björn Hickmann

Quelques scènes sont franchement cocasses (Lohengrin et Elsa déballant leurs cadeaux tous blancs, dont un nain de jardin), d’autres totalement en désaccord avec le livret (le jugement de Dieu, que Telramund, tremblant, ne dispute même pas). Le pire est le traitement du rôle-titre, qui arrive et repart une valise à la main comme un commis-voyageur, et est habillé à partir du deuxième acte comme un magicien à Las Vegas, dont on s’attend à ce qu’il sorte des lapins de son chapeau. Et ce n’est pas la présence continuelle d’un jeune garçon en slip, figurant le duc Gottfried, qui apportera de la poésie à cette mise en scène misérable et poussiéreuse.

Avec Peter Seiffert en Lohengrin, la distribution était effectivement prometteuse. L’acteur n’a jamais brûlé les planches, et ce n’est pas une production aussi rudimentaire qui en fera un acteur spontané ; il ne semble cependant pas trop s’en faire, et assume avec bonhomie les errements de la direction d’acteur. Vocalement, sa composition est admirable, en dépit d’un premier acte prudent, à l’émission assez raide. La suite est somptueuse, en particulier le troisième acte, où le ténor arrive au sommet de ses moyens et de son inspiration, faisant admirer son souffle inépuisable, son timbre encore magnifique de clarté, son éloquence, sa sincérité et la sensibilité de son lyrisme. Chapeau bas alors pour ce magnifique chanteur, qui reste dans ce rôle, et malgré quelques jeunes concurrents, une référence actuelle.

Il est dommage que l’Elsa de Petra Maria Schnitzer soit ce soir en aussi piètre forme : la voix a encore un timbre relativement plaisant, mais semble délabrée, la justesse est de plus en plus aléatoire, les aigus sont bas et rauques, le chant est plat, manquant d’ampleur et de chaleur.

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© Björn Hickmann

Le reste de la distribution est plutôt convaincant : noblesse et assurance du très bien chantant Christoph Fischesser en Heinrich, et un impeccable héraut, Stefan Röttig. Olafur Sigurarson est un Telramund au format vocal un peu étriqué, et aux graves assez faibles. C’est cependant un interprète intelligent, qui utilise ses faiblesses pour donner plus de relief à son personnage, et dont le chant est assez mordant, et les aigus très bien assurés. Enfin, on a droit avec Michaela Schuster à une Ortrud au chant très expressif.

Bien préparés, les chœurs sarrois, sans être d’un beauté extraordinaire, font preuve de vaillance et de cohésion, et sont plutôt bons du point de vue scénique.

On aurait donc pu passer une belle soirée musicale s’il n’y avait eu dans la fosse le Saarländische Staatsorchester, qui, pour ce qu’on a pu en juger ce soir, est une formation de troisième rayon, aux timbres rustiques, aux cordes manquant de souplesse et de discipline, et aux bois faiblards. Seuls les cuivres, compacts et bien en place, tirent leur épingle du jeu. Constantin Trinks a fort à faire pour mener l’ensemble à bonne fin. Il lambine souvent, mais évite que les accidents prennent une trop grave ampleur.

Pour terminer avec cette décevante première wagnérienne, regrettons enfin l’excès d’enthousiasme du public, non pas parce que cette représentation était indigne de ces applaudissements, mais parce que d’autres productions récentes, bien plus abouties et homogènes (Jenufa, Dame de Pique), ont parfois été tièdement accueillies au Grand Théâtre.

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- Luxembourg
- Grand Théâtre
- 14 novembre 2009
- Richard Wagner (1813-1883), Lohengrin. Opéra romantique en trois actes, livret du compositeur
- Mise en scène, Michael Sturm ; Décors et costumes, Stefan Rieckhoff ; Dramaturgie, Berthold Schneider ; Reprise de la mise en scène, Kristina Gerhard
- König Heinrich, Christof Fischesser ; Lohengrin, Peter Seiffert ; Elsa von Brabant, Petra Maria Schnitzer ; Friedrich von Telramund , Olafur Sigurdarson ; Ortrud, Michaela Schuster ; Der Heerufer des Königs, Stefan Röttig ; Herzog Gottfried, Alexander Volkov ; Vier Edle, Jevgenij Taruntsov, Rupprecht Braun, Guido Baehr, Jiri Sulzenko
- Der Opernchor des Saarländischen Staatstheaters, Der Extrachor des Saarländischen Staatstheaters, Das Kammerensemble Püttlingen ; Chef des chœurs, Jaume Miranda
- Das Saarländsche Staatsorchester
- Constantin Trinks, direction











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